Une ligne frontière

« Connaître véritablement, c’est connaître l’essentiel, s’y engager, y pénétrer, par le regard, non par l’analyse, ni par la parole. Cet animal, bavard, tapageur, tonitruant, qui exulte dans le vacarme (le bruit est la conséquence directe du pêché originel), Il faudrait qu’il fût réduit au mutisme, car jamais il n’approchera des sources inviolées de la vie s’il pactise encore avec les mots. Et tant qu’il ne sera pas affranchi d’un savoir métaphysique superficiel, il persévéra dans cette contrefaçon d’existence, où il manque d’assises, de consistance, et où tout chez lui porte à faux. »

Emil Cioran, « L’arbre de vie » » in « La chute dans le temps », p.25, Gallimard, 1964.

« Anatomical Man » from the Limbourgh brothers’ Très riches Heures du duc de Berry (1415). The Latin inscriptions describe the zodiac signs’ properties according to the four complexions (hot, cold, wet, dry).

Les langues de leurs guerres, ensorcelées par un manque de savoirs,
Le noir des yeux fardés, la fermeture de l’Esprit et le flou des visages,
la voix des spectres d’où s’est retirée toute présence,
les murmures étouffés par les murs des médias,
dans cette voix désincarnée, personne ne s’y éprouve,
c’est le spectre audio sculptée, la forme souffrante, empêchée ;
une sculpture machine, roulante, nickel, en cours d’interactivités …
Des programmes médiatiques forts, reliés, loin, par des immenses abandons, dans l’industrie du rien, s’agitent les armées des Automates …

Et les mots et les images par vagues incessantes, tombent un à un, inutiles, aux cœurs des orages, dans les rouages guerriers, mécaniques, sémantiques, par les vecteurs idiots, la langue de bois tape sur un faux sol, une fausse structure,
et plus rien n’advient comme vivant, expressif, sensible et organique … Je vois l’ailleurs rêvé de ces mondes « tautistes » ; la bascule froide et inerte, l’utopie monstre des décideurs experts, naviguant sûrs d’eux mêmes, en mises en ordres fermes, géo terreurs subtils et absurdes commandements, rien de réel ne perce les vitres transparentes de leurs langages, des zébrures en zigzag feront des rires parmi nous, bienvenus…

Dans les doublures des mots signes seront tissées des rencontres,
qui poussent sur les déchets des mondes ; par les mortels paradoxes,
à contre-temps, contre lieux, proviennent l’Art, l’expérience de l’ami.e et la consolation, quand je revêt les vêtements bariolés de ton monde, de vos alertes précisions, les formes symboliques surviennent sans attentes, seules, vives et sans prévisions, elles soutiennent et structurent des dynamiques de courages, des formes d’interactions, les foyers dont les lumières illuminent leurs visages, les sens des usages, ah reconnaître l’absence de séries, de généralités, de répétitions, ou de temps prototypes ; l’habitude sortie du rack et des décisions des machines …

Poursuivre le chemin ouvert sur les lignes de crêtes, s’apprivoiser ensemble, voir les symboles écrits sur les feuilles blanches, les autels des autres dieux, un être vivant, un jour, dans nos futurs, va les lire, un jour ou une nuit, et ressaisir la passion créative et la mise en forme de nos pensées ; il y a la catastrophe survenue dans le temps, la psyché dévastée, l’adhérence au digital des objets perçus, de tout contacts sensibles ; l’ordre communicant, la conversion vers le digit-fétiche et la survivance de la seconde nature ; au delà d’une guerre de la conformité et du désastre, la « Médiacratie » construit des territoires négatifs, en milles séries.

Entre l’anarchie capital et la violence des guerres ; la ligne des contrôles extrêmes, ces zones d’ombres multiples, n’apparaissent nulle part … Seules des voix sorties de l’enfer viennent nous dire, nous montrer, l’expérience de la douleur vivante et les savoirs précis, familiers et étranges, et dans l’entre-deux, rien n’est facile ou donné d’avance, car il faut bien du courage pour survivre et nous dire, par la voix, ce qui est et devient, vulnérables, derrière les vidéo-drames puissants, les médias prisons, les fausses corniches qui ne soutiennent rien, les volontés d’extermination et de perdition des formes d’existences vivantes.

MP – 15112025

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