La dévoration

Au creux des bâtiments rigides, nos âmes demeurent, figées,
Affreuse, fixe, sans couleurs vivantes, cette grammaticale terreur,
a pris tout le spectre d’isolement et la fonction morte ; sortie/entrée.
Une altération froide ; machine frêle battante dans le cœur de pierre,
qui dévore toutes leurs extrémités ; mort et vie, tout proche du silence,

Il est toujours, sans question, posé le niveau fixe de l’eau boueuse,
question d’une même linéarité noire et ses liaisons de cercles d’opale.
Sanglante et sans espoir ; l’aube brûlée du monde a terni tout l’horizon,
Rien ici n’est plus jamais dit, su, écrit, comme avant,
Rien de ce qui est fait, ô symboles, n’arrive encore aux consciences.

Des anges de pluie provoquent les sombres colères,
des grands tenanciers de l’ordre et leurs funèbres protocoles.
Écriture sacrée et signaux sans vies, font des verbes glaciaux,
Ils hurlent seuls devant la mort et son habillage de spectres,
et travaillent pour détruire les otages pris sur nos batailles.

Et tout autour là, un nouveau monde si blanc-liquide approche,
Une naissance d’astres et de langues fragiles, sans comptants,
Qui vont jeter les grenouilles multiples, bavardes et croassantes,
Celles qui stationnent, droites et coupables, bien en vue,
dans la dévoration lente, silencieuse, des morts.

M.P.
13122019

Absente

Je t’aperçois dans la nuit au loin, ta silhouette de matières,
peaux translucides vitrifiées par le même orage,
avalées par les nuages d’une obscure force mentale,
dont les linéaments solides espèrent par devers toi.

Marche devant cette ombre grande, fébrile, transpercée,
toi qui enveloppe dans la blancheur de tes seins,
par une grande douceur, la terrible complexité.
Espère encore en nous ; légèreté, fragilité et cendres.

Il ne reste rien du passé ; à peine une solitude d’étoiles,
pour revenir doucement terminer mon sang,
que tu bois maintenant dans nos ventres ouverts,
il ne reste rien du futur ; à peine une fixe éternité.

Par nos visages et nos cheveux emmêlés,
l’horizon ne sera plus jamais muet.
Ne vivant que des gestes fébriles et fantômes,
par ce chemin, tu peux vivre enfin libre,
avec moi et nous autres qui t’aimons.

Je sais comment venir ici, près du sable et des nuages,
bercés par les feuillages doux de tes mains.
Si douces et peureuses par le passé figé,
qu’elles n’osent nous toucher.

MP – 07/01/2020

Le sommeil

Un chat blanc tâtonne près du portail,
D’une patte de craie, douce et agile,
Le soleil revêt les coupures d’écaille,
De sa caresse presque immobile,

La maison est remontée sur la dune,
Pour voir l’océan et sa demeure vaine,
Cette brise d’eau étale en ces lieux dénués de lunes,
Goutte d’un humide désert, balayé par la rose,
Coule à l’infini dans la poitrine du monde.

Les murs, ici, ne laissent pas filtrer la lumière,
Seuls s’effritent en petits fragments de nacre,
Seulement quand il fait froid, après minuit,
Et que vient jouer la toile aux filins de soie,
Une musique de seigles amers et de solitude.

Quelle est cette lente nuée, qui de toutes fins a pris le mouvement ?
Cette musaraigne aux bonds rapides, qu’étouffait la respiration du dormeur ?
Il n’y a rien au milieu des pièces fraîches,
Que l’appel qui gît au centre du visage
Dont le tranchant s’arme de patience.

MP – 12/09/2019

Neptune

Les poissons gris nagent dans les bassins de Neptune,
Dotés de nageoires longues et frêles, argentées,
Dans les masses d’eaux plus sombres que la nuit,
Avec des mâchoires plantées sur leurs gorges d’écailles,
Ils tournent sans fin, formant des cercles d’artistes morts,

Et pénètrent chaque basalte lumineux et or,
En une danse concentrique vers la fin de minuit.
Pleins sont leurs sacs d’arêtes dures comme l’ivoire,
Et le soleil est tombé dans le fond des entrailles,
Des poissons gris où s’amoncellent les vénéneux cris.

Montant sur la brise d’air viciée à l’ombre des yeux,
Qui fixent, immobiles, les chemins gorgés de feux,
Les astres rutilent à l’horizon des vases brisés,
Et le froid pénètre les frondaisons mortes,
En glaçant les os, aussi fins qu’une lame effilée.

Les rayons droits de la lune sont venus le soir,
Mettre des habits de lumière à la terre jaunissante,
Près des rochers durs où s’écrasent les regards,
Des picotements sur la peau métallique et lisse,
Les poisson gris nagent dans les bassins de Neptune.

MP – 12/03/2020

L’Espérance

Formes organiques, fières et vitales,
de tes yeux-vagues d’océans,
mon sang d’écume qui bouillonne,
et la plaine des sons devenue immense,

J’ai devant les nuages difformes,
l’éclaircie lumineuse de ton visage
Celui qui guide à tout sens,
et hors des mondes figés,

Libre de tous les mouvements,
par la seule volonté du futur,
Ferme, entière et solide,
qui nous amène plus loin encore,

Dans le tissu sombre du manteau de certitudes,
Devenir sa propre existence,
au travers de nous autres, blessés,
Accomplir l’achevé de l’acte-monde parfait,

Tu peux croire en la joie, la liberté…
et en l’amour libre des mots d’infinis,
Croire pour aimer et montrer le sel de notre futur,
Croire pour ne plus souffrir,

J’ai le sens charnel de nos souvenirs et des corps vivants,
Leur expérience qu’impriment les gestes et les paroles,
Dans les habits rouge-sang de nos échanges,
par delà le sommeil des monstres.

MP – 10022020

Insectes

Masse grouillante aux habits liquides,
Tu glisses sur l’étendue d’eau livide,
Pleine et entière est ta robe de poussière,
Mille pattes vibrantes au son du vent dans les feuillages,
Entend-tu la musique des sphères du silence ?
Celle dont les portées statiques creusent
Un lit aux bords élimés dans l’offrande de midi ;
L’attroupement de créatures malaxe un long cri
Qui monte dans la gorge du promeneur endormi,
Telle une flèche d’or à la pointe aiguisée,

Perce le cristal du plafond qui découvre et brûle l’horizon,
Rivière qui danse sous l’œil à demi ouvert
Et coule dans la foison du lierre, s’agrippant,
Rivière noire, chantant au milieu des thorax brûlés,
Qui transperce le voyageur sans visage, ni raison.
Le chemin du serpent humide et frais,
Au seuil du portique rempli de chairs,
Là, découvert, gisent les amas d’os blanchis par la vague,
D’où se meuvent les flammes sans couleur, ni chaleur,
Des figures par milliers, s’agitent dans le couloir.

Du lieu sans fenêtre où se réfugient les grands errants,
Des guerriers sans mobiles autres que la faim tenace,
Arrachent et mangent leurs nerveuses terminaisons ;
L’électricité grésillent dans leurs longues antennes,
Pour que revienne la lumière froide du rampant,
Vois-tu partout s’extraire de la masse brûlante,
L’épais liquide chaud et gluant,
Des ténèbres venues noircir l’intérieur de l’œil,
Clignotantes de rouge sang et de cuivre,
Parmi les ombres surgissant, vois la brûlure sans fin.

MP – 13102019

Mobilius

Ralentis, l’œil du tourbillon noir,
Eaux et méduses que le repli du sable éjecte,
Quand nocturne tombe et étouffe notre cœur,
Sous les battants de nos lentes paupières.
Le grain de l’humus fécond, vibre,
Tu respires, Aube, un air invisible, une fraîcheur,
Noyée des gouttes d’huile et de soleil,
Qui rampe doucement sur les jetées,

Les algues poussent au fond du port,
Un cri d’éponge grasse et de poison
Qui brûle l’arbre debout contre la panne,
Isolé du temps, devenu vieux,
Le hêtre seul, a quitté toutes forces
Et ses racines coulent dans le sol.
Autour où tout est mort déjà une fois,

Règne le silence de sel, cruel et blanc,
Autour où tout est mort déjà une fois.
Trempé de béton grisâtre, ce délicieux parfum,
Tapi au centre des rochers verts, battent,
Des chevelures grises, disparaissent au fond des flots,
Comme des appâts jetés au hasard de la pêche.
Raisins, coutures, grappes sur l’écaille de ton sein,
Reflètent la chrysalide des nuages sucrés,

Cette myriade au long cercle veineux.
Que revienne la chaleur, l’accroche brûlante,
Les formes de l’étrange aimée,
Car des pierres chaudes fument encore
Derrière les portes des fabriques d’aurores,
Bâtiments noircis des corps qui saignent,
Ton œil, Aube, renversé d’effroi.

MP – 14/06/2019

L’obscurité

Derrière la porte aux gisants regroupés, défilent
Les spectres blancs diaphanes, avec leurs coiffes
D’os et de feux rouges et or qui brûlent,
Les hautes sphères de leurs crânes s’enfilent,
Au creux des mains tendues vers le ciel.

Lames d’anguilles noires et luisantes,
Babillent dans leurs bouches qui pénètrent la nuit,
De muettes suppliques courent par les rues sales.
Chats de lunes noires, se reposent sans bruit,
Partout glisse le pelage de suie, la graisse mouvante.

Les tentacules du soir, remplies de rêves, s’emmêlent
Dans le silence immense du corps sans vie
Viennent crier les lumières à la vitesse si fluide,
Les armes blanches au bord des lèvres gonflées,
Celles dont les frappes gémissent comme des cordes,

Instruments du vent par la trachée expulsent,
Les grands bâtiments gris de l’âcre liquide,
Où se perdent les vagabonds d’une foule sans nom.
ô fiel du silence dont l’enveloppe agresse,
Tout l’entour de la peau nue couchée sur le soir,

La terreur grandit derrière la vitre du son,
Et dans le fantôme du monde endormi battent les cœurs,
Accrochés ensemble, à la façon d’un vêtement
D’où sortent les scarabées à la coque bleue et jaune,
Des petits soleils mobiles sur des pattes grésillent.

Flammes de nuit à la traînée des silences,
Lèchent les quatre murs du caveau sans visage,
Droit, près du tertre de poussière ocre et sale,
L’incendie noir glisse dans les jardins, et déforme
La vision mue dans l’espace infini.

Muette est la grande suiveuse aux longs doigts, frétille
Parmi les mutants aux antennes dressées ;
Le voile du mort gigantesque s’est ramassé,
En une boule de carbone mâchée par les siècles,
Par le temps qui marque son invincible puissance,
Par l’invisible présence du chien poissé d’encre.

Le garde du tombeau tient dans sa mâchoire ouverte
Le bouquet de granit qui frappe dans les têtes,
Des aspirants frêles, à la lumière, aveugles et las,
Ceux qui grattent à la porte close, remplie de voix,
Le basalte frotte des musiques sans lumières.

MP – 24/01/2020

Les bêtes meurent en silence

Fuseaux de chairs muettes, aux membres serrés,
Dans la gueule métallique des serpents,
Avalent la lame cristal, le pistolet et la tâche sombre,
Sur les caractères taillés profond avec ton sang,
La lumière blanche des aveugles qui perce les vitres,
Dans tes seules terreurs vides et si longues.

Le cadran rigide par le découpage froid des aiguilles,
A inséré les heures mornes dans le paysage stellaire,
Scansion des minutes vides et du froid silence,
Des bêtes opaques et des lettres-chiffres allumés,
D’où surgissent pareils, les ouvriers du néant,
Ceux-là qui dressent sur des crocs, tes squelettes,

Habillées d’un blanc-seing affreux,
Dire, et écrire ramassés dans les nuages de cris,
Invisibles morsures à peine dans le chant du mortel,
Des nuits ou se jettent les eaux de leur calcul glacé,
L’essaim de spectres noirs sous la voûte du ciel,
Du menteur silence, industrieux, inerte et figé,
Le vivant ancien tout prêt, heureux, déjà pris.

Empaqueté dans la nuit d’obscurités, sous vide,
Sous le format viande et rouge graisse, nœuds, nervures,
Flammes nouées où circulent les immenses appétits,
Des hystériques humains à l’imitation sacrée et débile,
Qui font des singeries, des ventres, des filaments,
Autour de l’axe froid de leur même silhouette.

Le même axe tendu avalé en marchant,
Par le goulot d’étranglement, le trou vide et leur visage mort,
Des corps à n’en plus finir, seuls ré-agissants
Sont jetés ensemble, devant la ligne de foule,
De longues carcasses rouges et os, fumantes et tremblantes,
Emportés par l’envie, le bruit et la fureur,
Aussi lente que la mort qui persiste.

En avalant obstiné, tous les jours,
La même nuit blanche et rouge, et les masses débiles,
Que creusent leurs orbites folles, paniquées,
Et fait des hommes, enfants et femmes
des marionnettes riantes, remplies de viande,
Il reste à supporter,

Le chemin qui mène leurs figures proches vers l’ailleurs,
Partout glisse l’enveloppant silence,
le visage de l’ange est fermé,
Ce grand désordre du spectre tout blanc,
Ne reste pas ici, bête, car c’est ta mort.
Et ses cohortes d’attente, de charognes et d’insectes.

M.P. 08.12.2019

Exil

La pierre basaltique fourbissait des armes pour l’attente,
Au long des rivières d’argent que la lune pénétrait,
Lumières et traces faisaient du bruit dans les ondes,
Grésillante, la chaleur pleine, vivait, vibrante,
L’oreille était une plaie découpée à l’arme blanche,
Un crocodile bleu, ouvert, en deux morceaux de ventre frais,
Et l’appétit montait dans le cercle de sang.

Depuis les longs tuyaux, enroulés autour du coquillage de mer,
Nous écoutions tomber la pluie sur le rocher,
Taché sur la pierre de bronze reposait un crâne Fendu,
aux deux extrémités en attente d’être pris
Dans les mains habiles des pêcheurs de lunes,
Ceux qui sortaient à peine à la nuit tombée,
Et revenaient à l’aube pendus à des rideaux rouges.

Le poisson femme nageait près du lac à l’eau scintillante,
Creusée d’une intention de nature si forte, la chevelure folle,
Les membres joints en une nage muette, il brillait,
En attendant que passe le temps de l’abîme.

Le soir déploya ses ailes à l’ombre du lac,
Les grandes feuilles de menthe près du rivage,
Lancées par le vent, à toute vitesse, dans les couloirs,
Devinrent plus pâles qu’à l’accoutumée, givreuses et fières,
Les grandes habitations de fer gardèrent enfouies,
Les poitrines nues perlées d’une once de sang doré,
Sous le sable chaud, nageait le poisson femme.

Les fentes de la stèle clignotaient par intermittence,
De vagues chaleurs diffuses à l’heure de minuit,
L’avaleuse d’obscurité, la belle Sirène, bavardait,
Sur le tapis entrelacé, la queue de poisson ramassée,
Près du corps d’écaille à la caresse douce,
Elle vidait sa bouche des couleurs de l’aurore.

Le spectacle dura des lustres vieux, et nombreux attendions,
Nous, pêcheurs de lunes et de mort, la levée de la brume folle,
Dans le visage des feuilles, aux traits d’une rosée mauve.

Avachies sur la pente des solitudes, les pendules à l’œuvre,
Postées depuis l’œil ouvert, les échafauds microscopiques,
Nous attendions la venue de l’eau de pluie, l’odeur de la lavande.

MP – Septembre 2019