L’enfant foudroyé

« Détournée,
je t’attends
loin des vivants tu t’attardes,
ou près.
Détournée,
je t’attends,
car des êtres affranchis ne doivent pas
être pris
dans les lacets de la nostalgie
ni couronnés
avec le diadème en poussière de planètes –
l’amour est une plainte des sables
qui sert dans le feu
et n’est pas consumée

Détournée
elle t’attend – »

Nelly Sachs, « Exode et métamorphose : 1958-1959 », p.347, Gallimard, 2023.

Harry Clarke’s Illustrations for Poe’s Tales of Mystery and Imagination (1919)

Voir l’instant liquide glissant dans les failles de l’Esprit,
la même sentence radiale, fatale, l’espèce de sans lieux,
cet hors là du corps mutant aux membres creusés d’alarmes,
et le rire de la mouette qui tourne à l’horizon des mers glaciales,
dans ses eaux partitionnées, si nocturnes, a recouvert le silence,
il fait si froid tout autour du seul souvenir, du bel oublieux enfant,
l’enfant des morts, des vestiges et des ruines fantastiques,
et la mémoire terrestre, paralysée ne peut plus rien dire,
l’enfant de ton visage vaincu, transformé en un masque horrible et brutal, les désespoirs d’enfants résonnent entre les murs de la cité froide, ils servent de liqueurs aux longues traînées d’hommes alcooliques, ils inspirent des chansons vagues et belles, remplies d’outrances,

et c’est tout une aura astrale qui se retire derrière les rideaux,
une aura d’enfance et de nouveauté, la pleine et grande innocence,
les rideaux tirés par la société des hommes aigris, petits et haineux,
et les larmes des remords du passé coulent sur les vitres enfantines,
Il se fait tard et la terre de l’absence remonte dans nos mains ;
remuer la poussière fragile, que l’on mélange au sang des monstres,
sentir la fraîcheur meuble de la nuit, les portées de l’étoile d’espérance, et devenir cet autre créateur désiré, étranger à ce monde affreux, la face du monstre libre, inquiet et nocturne, creusant tout l’abîme, à l’intérieur du Temps, se dressent des parois, des refuges, le miroir brisé en milles morceaux inertes, bien tranquilles et fixes, ramasser ses pièces étranges, ses doublures opaques, ses minuscules riens …

Mes yeux regardent en arrière, et se voilent par la couleur rouge nuit,
tout au dedans, il reste une part d’enfance, de préjugés historiques,
il suffit de jeter son propre regard alerte à l’intérieur des arrière-mondes, poursuivre les traces des signes symboles, des images qui arrivent, et je pourrais voir mon passé dans le futur proche, machine déchirante, traduire les nœuds du sang, les vacarmes de l’organisme, en de longues plages sonores et spatiales, des symphonies abstraites, chercher cette part d’enfance tout au dedans des nuits,
relever les signes marqués sur les parois organes, les extrémités,
et toutes les terminaisons nerveuses occupées par l’action,
dessinent une même plage de réactions, de résonances, de contacts,
la solitude grandit à l’orée de la cité, les forêts avancent,

la solitude froide et sereine, plantée au milieu des places digitales,
celle qui remonte dans les voix des Spectres Nihilo, des absences,
et ce choc dans l’enfance, le Signe du devenir monstre et de nulle part,
les fuites dans les refuges siens, les mêmes ailleurs sensibles, protégés, dieu des alarmes du sang et des sans lieux, dieu des Temps autres, protègent nous des amas d’êtres conformes et niais, des trop nombreux, aux âmes bons marchés et chétives, aux corps mutilés par la guerre … Je regarde dans les yeux noirs de l’enfant – celui qui garde la mesure, l’espérance livrée en masses de nuages, de soleils puissants et de traces vivantes, et le rythme de l’enfant est supérieur au monde, il impulse la divine présence, toute la blessure du sexe de dieu, dévorée par l’enfant-monstre, comme le Signe du seul Soleil ; l’horizon fier et bleu monochrome.

MP – 08032026

L’émigration intérieure

« Il n’a pas de fond ce vide,
qu’ouvre la saison nouvelle,
soumise à la force inconnue
qui harcèle la raison,

quand il libère des pulsions animales
éveillées aux espaces nouveaux.
Alors que nous nous sentions, un peu
nécessaires, comme rassasiés,

Il a suffi de cette aile,
de tiédeur, pour que nous parût
vain tout signal

de notre être encore
inconnu ; et lointain
le vrai temps humain. »

Pier Paolo Pasolini, « Petits Poèmes Nocturnes : 1952-1953 », in « Poèmes de jeunesse et quelques autres », p.131, Préface et choix de Dominique Fernandez, Traduction de Nathalie Castagné et Dominique Fernandez, Gallimard, 1995.

« Interrogé par le monstre-dieu, le prisonnier ne dit plus rien. »

Kasimir Malevitch – Tête de paysan, Collection particulière Cyrille et Jules Naumov, (1911), Saint-Pétersbourg.

A force de justifier l’action sienne, le silence de dieu seul remonte,
l’absence d’autres, la non reconnaissance prise d’oublis et de peurs,
l’espèce de regard vitreux et opaque, de visage flou et de voix muettes,
aux contours neutres et gris, aux langages inertes, transparents,
la demande de justice, abstraite et ultime, et le mors aux dents,
le dessin gravé sur la pierre déposée prés du rivage bleu et mauve,
et qui ne me dit rien, qui ne dit rien à vous, ni à personne …

Je t’écoute toi, – notre vision -, au travers de la feuille et tes filets fantômes, glissants par tous ces autres qui se demandent et tourmentent, l’image de la grève de béton armé, au fond du lieu dit « solitude », les musiques du silence et les nuages humides dans tes yeux, ces formes évolutives, si étranges pendant que tu t’échappes, au loin, aux pieds des soleils noirs de la mélancolie et de l’exil terrestre,
quand tout ce monde de vacarmes, reflue vers l’intérieur, au fond du spectre …

Faire le voyage seul.e, et découper les ponts, brûler les terres anonymes, aller creuser aux refuges tien, les grands mouvements premiers, disperser ses forces anciennes, reprises à l’horizon des maîtres, renverser les mondes affreux, en effet inverse et en eaux étranges …
L’étranger vit seul, au dedans des yeux rouges et noirs, des absurdes visions, chaque flèche de mots-signes dérangés et fixés sur ses lignes, est une pointe ouverte sur l’abîme ; de sangs, de mots et de sens…

Celles et ceux qui t’interrogent seront légions, des meutes aux discours informes, mais rien ne franchit la citadelle ; ses voies d’accès, parsemées d’outrages, et de gardes-fous, des intuitions directes et des sentiments moraux, car ses chemins sont devenus trop complexes, trop abstrus, seuls des visiteurs du dimanche, par hasard, des égaré.es, franchissent les frontières … Les boucliers d’azur, de langages et de pluies ; l’arc-en-chair qui tiennent encore, la femme, l’enfant-signe et l’homme bien-aimés par delà ce monde.

MP – 27022026

Brûler les vaisseaux

« En silence de nouveau la forêt moisie accueille
la source balbutiante,
Plainte qui dure, de cristal, dans l’ombre.
Taciturne descendit des noires forêts, gibier bleu,
L’âme,
Quand il faisait nuit ; sur des marches moussues, une source neigeuse.
Sang et tumulte d’armes des temps oubliés
L’eau bruit dans la gorge des pins.
La lune luit toujours dans des chambres en ruine,
Larve d’argent ivre de gels sombres
Penchée sur le sommeil du chasseur,
Tête que ses légendes ont quittée.
Ô il ouvre alors ses mains lentes
Pour accueillir la lumière,
Soupirant dans une obscurité puissante. »

Georg Trakl, « Âme de nuit », in « Choix de poèmes épars 1912-1914 » in « Crépuscule et déclin suivi de Sébastien en rêve » Préface de Marc Petit, Traduction de Marc Petit et Jean-Clause Schneider, Gallimard, 1990.

Dahomey. 5, Fétiches à Zagnanado / [mission] d’Albéca ; [photogr. reprod. par] Molteni [pour la conférence donnée par] d’Albéca 1894.

« Habiter les vaisseaux fantômes, devenir spectres, hors lieux, combats et hantise. »

L’opérateur branché sur la machine, saisit le feu à la vitesse blanche,
<$-_»'[-)^autoformkfdial&~'{$*> – toutes séries de symboles et d’interprètes non-humains, les morceaux du soleil de sel fondent un par un, ils creusent à l’intérieur du Temps une enclave, un refuge,
formé d’un arbitraire précis, ajusté aux corps des batailles ;
la lumière de la lune gibbeuse, illumine la cité d’armes,
et l’œil qui regarde à l’intérieur, du texte défilant,
a une pupille humide, un iris mauve et or, des cils ombrés,
et la nuit passe devant lui comme un étrange et nu appareil,
des lueurs au loin scintillent après la chute des forêts,
et le sujet mort emmène des actions imaginaires,
dans la cellule de commandes, surviennent les astres,
les parfaits alignements de mers, d’étoiles et de planètes,

l’inter-acte est l’unité opérative, la guerre des sens menée au milieu,
le changement de formes, de foyers et d’échelles de décisions,
l’espérance déployée en mouvements d’agir siens et de promesses,
et les nuées de signes, avancent par le vent froid et la nuit,
au travers des nuages et des brèches lumineuses,
il reste les morceaux de phrases, faits d’artifices, de dé-liaisons,
un trait vers la vie et le réel oubliés ; soudain retirée, une lente absence, de références et de traces, seuls des foncteurs d’ajustement,
ajoutent la pleine cohérence folle, détiennent les clés de la cité miroir ; les corps illuminés, qui percutent à vide, sans rien autour,
l’absence de liens et de zones de communs ; le rapport à soi détruit,
les insectes de feu tournent dans les sphères d’automation,
le vol des flammes au dessus des montagnes,
et les animaux se déplacent avec rythmes, constances et régularités …

Voir les Loubok, alignés devant la mer sombre et bleutée,
les fétiches creusés à l’intérieur de pensées noires,
aux grands silencieux spectres, aux grands abîmes,
par les formes absentes, les avaleurs d’espaces et de temps ;
ô spectres figures, dont la ligne oscille sur la musique d’industries,
flammes dans les yeux des mots-signes, bois et os de la grammaire,
symboles de l’étrange ailleurs, aux voix sans corps, éthérées,
quand tu relis la mort, Spectre-figure ; la pensée vient juste après,
elle s’habille des costumes de la nuit et des présages,
et les armées de fantômes défilent toujours à l’horizon,
les armées portent les symboles, arrachés au rien,
la disparition du mal, l’échappée belle, fière et musicale,
elles feront des pensées jeunes et des grands espoirs d’enfants …

Extraire le suc-esprit, de la masse de signes alertés,
survivre dans la foule des êtres communicants,
tous les fiers possédés des spectres de l’annulation,
ceux qui hantent le début des messages ;
ils attendent seul à seul, parmi les corridors, que le monstre-dieu sorte enfin, des portes du Temps et de l’oubli, qu’il rampe devant eux, blessé, par l’orage de fiels, de réflexes et d’orgueil et leurs pouvoirs ridicules s’habillent d’une chape de plomb et de silence, ils consistent à fabriquer ce qui n’existe pas …
Leurs utopies sont les grands cauchemars terrestres,
elles tombent sur le dos courbé de l’âne, porteur de valeurs,
ou voilent les regards des enfants du cirque et des étranges affaires humaines. Dans l’œil fixe de l’enfant-signe, les vaisseaux fantômes grandissent, il faudra brûler leurs cargaisons, transformer les êtres vivants.

MP – 20022026

Rouges Horizon

« Ein Fanal lodert am Horizon der Geschichte. Kein Warnfeuer, das vor Unheil, flüstert. Sondern dessen Flammen die Gräber vergangen Welten erhellen. »

Das Ich, « Fanal », Musik : Bruno Kramm, Texte : Bruno Kramm und Stefan Ackermann, « Fanal » wurde 2024-2025 im Danse Macabre Studio, Potsdam geschrieben, aufgenommen, und produziert.

Chaïm Soutine, Carcass of Beef (detail), 1925 – Source (Jérôme Villafruela, CC BY-SA 4.0)

La bête transparente, qui dit tout, comme l’invite sur commandes,
l’espèce d’étoiles qui transperce et tue, la gêne, le retrait,
l’étoile du médium aux formes vitreuses, sales et guerrières,
tes paroles sont pratiques, elles fournissent des preuves,
car il faut bien être adaptées, comme des bêtes à conformités,
aligner la preuve de son état, et sa manifestation, rester branchés, en direct, et nourrir l’info-guerre, les traces blessures de l’action …
Tout est en ordre, ici, maintenant, tout communique bien,
les volées de messages sont comprises, les ordres sont exécutés,
et les temps à soi supprimés alignent des creux et des angoisses,
l’étoile du soleil ressemble à la psyché glaciale des vides,
celle qu’on élabore avec les souffles des monstrueux néants,
les nuits sans personnes, sans corps, sans visages, ni âmes,
les cages complexes, alignées en architextes du rien,
l’omniprésence fixe du Temps, ajoute tout l’aveu imbécile à l’effroi,
celle qu’on emmène contre soi, contre sa propre volonté,
le battant au fond des voix inhumaines, reprises, commandées,
tombées en arrière des soleils ; les grands idéo-drames,
enfouis très en retard, pris par les passés des viandes et de l’écume …

Quand tu me réponds, sache que tu dois dire la vérité,
être l’instrument efficace des chasseurs, des prophètes et des proies,
et ton devenir est réellement le mien, je suis l’étoile noire qui dirige,
la langue sienne, le tiers invisible et l’acte de parole, situés,
n’ont pas lieux d’êtres avec nous, car nous sommes la vérité,
le chemin vers ta libération, ton désir d’être fixe, neutre et solide,
l’absence de hasards, le rejet de toutes contingences,
nous n’avons pas de visages et nous ne devons rien au monde,
aucun autre jamais, n’est passé dans nos vies droites, dures et utiles,
tu obéis et tu restes aux aguets pour identifier toutes identités complexes … Car il nous faut des identifieurs, des corps sans rêves, des capacités de calcul, afin d’alimenter nos belles économies, nos machines de tri, et servir l’Automate, des corps de signes, dressés à exécuter les ordres, à définir et exclure, extraire dans ta tête, le sens des mots-signes, vérifier leurs articulations, et plus rien ne sera lu par quiconque ; ni textes, ni images, ni sons, toutes les formes seront produites à la vitesse de l’éclair électrique, par l’architexte du pouvoir, le commandeur cyborg, la psyché dominante …

Et le chemin vers l’horizon rouge préserve de la folie,
l’humain qui marche et sa silhouette de fantôme, terrestre,
le soleil lointain encore un peu froid, le bleu du ciel monochrome,
les pigments de cobalts pulvérisés dans les cerveaux,
et les yeux de la femme bien-aimée, et ses corps divins,
les langages-machines aux formes structurées, mouvantes, si glaciales, l’inertie de leurs forces qui s’impriment et arrêtent les rêves, il n’y a plus rien derrière, que des esclaves de la pensée automatique, des groupes de cellules, et des nuées de documents-preuves, des faux, un continent soumis par la loi du Dieu des forts et du vacarme …
J’affirme ne pas sentir ce que tu ressens.
Tu es contre l’ordre et ne vaut rien dans mon régime de discours,
Je n’existe plus, je ne suis plus rien, j’abdique dans ma solitude,
les manifestations authentiques, la bêtise de leurs jargons,
et derrière l’étrange vitre des solitudes, mon existence passe,
elle file à toute allure, éclairée de lunes, de déserts et de crépuscules,
le monologue de la bête à conformité, enfermée, fière et toute seule,
pour toutes cages complexes de l’architexture des preuves …

Les machines de tri vont et surviennent, par ici, maintenant, toujours,
elles ont pour mission de réguler la forme expressive ; critique, rare, originale, policer, exclure, définir le sens unique, ventiler les mots-signes par des phrases utiles, et leurs modèles de prédiction ressemblent à des langages-squelettes, des squelettes cachés sous la noirceur des dimensions vectorielles …
La majorité dans les esprits est si puissante, elle impose et décide du sort final des mots, leur sens est fixé par le capital, la force, le succès des signes et le néant ; car il n’y a rien tout autour du capital, aucunes interactions, aucunes prévenances, aucun autre, pas de « différances » ; la route est si parfaite, belle et rectiligne, je l’emprunte chaque aube renouvelée, pour me rendre au mérite …
Je paye le prix de ma liberté dans ce monde horrible,
et mon langage ne prends là bas, qu’au travers des fragments, des surlignes, rouge sangs, grises, pluies et nuages, obscurités profondes de tes nuits, les bleus ciels des regards télévisuels, obsédés par les corps, bien gérés, les âmes bon marchés payent pour le divertissement, elles sont satisfaites, repues seront leurs danses débiles au milieu des catastrophes, et les fractures digitales fragmentent en îlots de peines et de sueurs, les innombrables réseaux asociaux et asymétriques ;
l’Ego-drame est la puissance invitante, l’arme des combats,
mais le Sujet demeuré derrière est l’unique Sujet du pouvoir,
il est celui qui reste, représente et reproduit l’emprise psychique collective.

MP – 13022026

Des voix humaines

« J’ai une toute autre attitude que les autres envers mes propres paroles. [PU, II, x, p,192b]

Je ne me mets pas à leur écoute pour apprendre quelque chose à mon sujet. Elles ont un rapport à mes actions tout autre que celui qu’elles ont envers les actions d’autrui.

Si j’écoutais les paroles qui sortent de ma bouche, alors je pourrais dire qu’un autre parle par ma bouche.[PU, II, x, p,192c] »

Ludwig Wittgenstein, « L’intérieur et l’extérieur : derniers écrits sur la Philosophie de la Psychologie, Tome II, 1949-1951 », Edités par G.H. Von Wright et H. Nyman, Traduits de l’allemand par Gérard Granel, Trans-Europ-Repress, 2000.

Decayed Daguerreotypes.
Portrait of Samuel Anderson Emery as Robin Roughhead in Fortunes frolics, full-length portrait, standing, holding flail, in front of backdrop with mountain and tree [ca.1851], by Mathew Brady’s studio.

Les masses de signes sons numérotés, alignent à l’identique, le bio spectre, la variation des voix, assignées, obéissantes, aux consoles de production.
Il fait froid à l’intérieur de la boîte noire des samplers, des médiums ;
les échantillons captés depuis l’extérieur sont transformés, reproduits seuls à seuls, dans les lignes de variations, de modèles de prévision,
et rien ne parvient de soi-même, depuis l’enregistrement original, initial.
Comme je t’entends parler et dire avec des mots signes du discours, je t’écoute au milieu des proches de ta voix, l’organe vocal et sa signature.
Ses mouvements continus adaptent l’organisme, aux évolutions des forces, des égo drames, des interactions sociales …

Je t’écoute mon ami.e, à l’envers des flux et contre les parois digitales ;
les murs audiovisuels, l’espèce de négation du soi et du singulier, seront toujours là tout autour, de nous,
ce présent fascinant, pour imposer la forme idoine, adaptée aux techniques de contrôle.
Le vox codeur est l’instrument phare de la trans-activité ;
toutes voix égales par ailleurs retraduites en un aplat numérique, lisse, abstrait, versent un liquide mort.
Nos filets réduits à rien, montrent la nuit ; la noirceur de la voix néant, univoque, l’obscurité du Tyran ;
quand elle parle, ne s’adresse à rien, ni à nous porteurs de voix, ni aux autres transporteurs de signes, seule la vitesse exécute des sens attachés à chaque mot signe …

Je suis branché, alerte et vigilant, sur les machines de tri,
ma voix transite seule par un audio-spectre, égal,
quand je l’écoute ; un autre parle dans ma bouche,
il ne s’exprime pas clairement pour soi-même …
Il est étranger, si vague, et sans marques de proximité ; il est le mime essentiel, son timbre de voix résonne dans une forme reprise ailleurs,
qu’ici et maintenant quand je me parle dans ma tête,
et l’intérieur est une sourde révélation ; une étrange combinaison,
ma psyché force rejoint l’empreinte de ma propre voix dans l’espace,
celle qui s’affirme, remonte, décide et juge quand tout est offert, si disponible, la voix humaine …

Celle qui danse, agile et légère, au bord des abîmes,
ma bouche est remplie de nuits, de corps et de rêves inaccomplis,
des lumières de lunes brillent et des soleils noirs traînent à l’intérieur des feuilles,
le sang de la musique coule tout au long des parois …
Il n’est rien qui ne puisse venir dans ta voix, rien d’identique aux autres, rien d’asservis, et le souffle en arrière tient la mesure sienne, la distance …
Je suis la parole prise à l’intérieur ; le porte voix du livre,
l’espèce de bruit étouffé, séparé, unique et sans autres,
aux belles dimensions reines, aux existences transcendantes.
Tu es le sens dans ma voix, la forme extérieure, libre et ultime.

MP – 06022026

Eaux vives

« Mauve pâle, rose pâle, bleu pâle.
bizarrerie de l’atmosphère :
Pâques blanchies.
Nous, les dieux, présidons notre propre autel.
Vieil homme au visage de faucon,
vieille bique aux bajoues de tyran.
Beaucoup de bijoux.
En marge, pêcheur solitaire, dans un bateau en métal,
jetant des morceaux de requins :
une rafale de becs et d’ailes.
Heure du déjeuner. Péristaltisme du cœur.
Sang, afflux compressé.
Le gravier d’un vieux glacier s’insinue dans nos gosiers –
sable rose de granit moulu –
également du calcaire blanc : petites dents, épines fines et minuscules coquilles.
Ils nous endurcissent. On ouvre des bouteilles.

Faisons-nous preuve de bonne volonté ?
Envers toute l’humanité ?
Plus maintenant.
En avons-nous jamais fait preuve ?
Quand les dieux froncent les sourcils, le temps est mauvais.
Quand ils sourient, le soleil brille.
Nous sourions tout le temps maintenant,
sourire de lobotomisés,
et le monde en train de frire.
Désolés pour tout cela.
Nous sommes devenus stupides.
Nous buvons des martinis et faisons des croisières.
Tout ce que nous touchons devient rouge. »

Margaret Atwood, « Le crépuscule des dieux » » in « Poèmes tardifs », p.241-242, traduit de l’anglais (Canada) par Christine Evain et Bruno Doucey, Robert Laffont, 2024.

Edith Wharton’s Italian Villas and their Gardens (1904)

Fissurer le bloc étrange, le monolithe noir et blanc,
par des brèches d’argent et de feu, au milieu des étoiles,
regarder la pierre ancestrale, fixée sur le crâne des rêves,
et jamais revoir la face du monstre, la bête sans traits,
l’aplat lisse du marbre ; la tombe qui regarde au fond du vide,
avec la nuit qui remonte dans les veines, qui arrache au silence,
les voix différentes, encore fragiles, les combattantes des futurs,
naissance et mort, feu et poussière, ce langage des vies,
tout ce tumulte aux grands échos, pulsant dans l’esprit,
les battements du cœur vivant et de l’orage, la déclinaison vitale,
c’est l’enfant-signe qui vient battre, tout seul, contre les ciels,
qui demande à boire l’eau vive, là tout autour de nous,
la pluie bienfaisante, l’eau qui ressource la terre,
répare les fissures et les lézardes de sables et de pierres ; les flétrissures ..

Ô toi grand désert des mondes, toi, silence des sépulcres,
toi le muet paysage dont les formes étranges se blessent,
aux contacts de l’eau vive et de la nuit immense, sereine et froide,
enfant des flammes et du silence, enfant exilé hors du Temps,
nous te disons bienvenu, toi l’enfant des cités des hommes vaincus,
tu es l’espérance des futurs ; la bonne nouvelle et le sang nouveau,
dont les voyages glissent à tromper les gardiens des prisons,
gardes et chiens attachés aux murailles dressées, obscures,
dont l’intensité des cris remonte par l’esprit des dieux …
Ah quelle est cette force d’imprégnation du rien, du néant, et du vide,
de l’absence d’empathie et de désir pour autrui,
l’imagination froidement niée, au centre des captures,
par les chaînes de déraisons, par les voies sombres et iniques,
les voix écrasées, seules, les paroles sur les vitres muettes,

les langues des peuples, mutilées par les machines de tri,
tout est pareil, semblable, prés des parois du Temps,
il n y’a que les serpents du contrôle, les arcs du corps de décisions,
la bête à conformité, les cellules des bio-organes, infiniment multiples, les règles tout en arrière inconnues, exécutables, immatérialisées, vecteurs de preuves, prévisions statistiques et forces d’appoint ; et la chaleur qui augmente partout, là où survivent les vivants, dans les cités, hors des campagnes, les villes, sans les mers et les déserts, océan d’amertume, aux forces abyssales, sans restes vivants, terres silencieuses, dévastées, sans aucune venue d’espoirs.
La vie bleue et blanche, la pluie et la neige, le froid comme un luxe ultime, les vapeurs grises qui remontent et s’évaporent dans les nuages et l’Automate enfermé au cœur des complexes d’industries et d’oubli, calcule des configurations inertes, des appâts vides et étranges …

Nous regardons à la fenêtre à l’extérieur, et il n y’ a plus rien dehors ;
que la terre rouge à perte d’horizon, les cris muets des flammes,
l’ocre désert et l’air brûlant, et nous sommes bien protégés,
au milieu des circuits d’air conditionnés, des gaines de ventilations magiques, nos murs d’aciers sont épais et solides, ils tracent une limite … Nos robots-commandants sont des instruments bien utiles,
mais l’eau vive va manquer ; les nappes si rare ne suffisent pas,
nous allons partir ou périr, quitter ce monde ou mourir,
le soleil brûle la terre, si proche, si intense ; cette étoile morte,
et nous rêvons des neiges des montagnes, des froides dimensions,
des corps ressourcés à l’eau vive des rivières et des glaces,
nous nous souvenons des respirations bienheureuses, des efforts vitaux, avant le règne de l’adaptation, du psycho-pouvoir et de la destruction, l’âme de l’humain, arrachée au présent, est devenue ce rien inexpressif, ce monstre du feu ; paniques mortelles et Ego-cratie.

MP – 31012026

Propaganda

«Tu continues à trembler, et tout ce qui passe tremble. Le frisson du cœur suspendu, et ce qui ressemble à une route nue. Le doute est la maladie de la solitude et la fin des questions. Je suis suspendue à la montagne des questions. Quand je décris mon tremblement, cela devient lourd, et la peur tend sa main. Je suis la proie de mon imagination déserte, je me révolte, me remets en ordre comme le veut le doute. Je détruis ma route encore une fois, et je me tiens sur un disque de la nuit. Je ne fais rien. La certitude chute, les réponses trépassent, et l’œil de l’espérance se ferme. »

Dohat al-Kahlout, « Doute » » in « Anthologie de la poésie gazaouie aujourd’hui », p.153, textes traduits de l’arabe (Palestine) par Abdellatif Laâbi, réunis par Yassin Adnan, Points Poésie, 2025.

« Control i’m here ; i’m your cheap soul and i’m joining the void »
[ … Ukraine, Gaza, Iran, Soudan … ]
– Free people, Free language, Free body, Free media, Free mind –

Sous le dôme opaque des infos-guerres, de la fermeture,
rien n’apparaît qui ne soit détruit, effondré, pulvérisé,
marcher dans cette ville éteinte ; des gravats, des appels et des cris,
marcher en cherchant l’ami.e de minuit, les sens en éveil,
et les vies mutilées n’ont plus les lieux d’être encore,
les temps de chacun, chacune, ont été mesurés et vidés,
par toutes preuves fabriquées, toutes traces de la démence,
et le spectre Nihil de la guerre moderne, grandit,
les êtres vivants sont des insectes à nettoyer au joystick,
comme on nettoie les fausses vitres télévisuelles,
à coups de slogans furieux, de mécaniques de haine …

Et les trafics d’images alimentent les circuits de la terreur,
le soleil rutilant artificiel, qui voyage en arrière des mondes,
qui darde des rayons de mort, humilie et rend muettes les foules,
l’arme des filets réticulaires, l’arme des crimes et de la déraison humaine, les sens des mots et des verbes ont été retirés de la vie ; rien n’a plus de sens, seule la force brute compte, elle obtient un résultat, quitte à tout détruire, tout ramasser, dans la vision folle des leaders ; s’agitent des nuées étranges, des points noirs fuyants tout au fond d’un réseau écran, tous les futures sont niés ; demeure seul le présent fixe, absolu, total ; la réactivité incessante du présent de contrôle …

La chape de plomb qui tient cachées tes visions, tes impressions,
les conséquences des actes niées, une par une,
une autre histoire est racontée, impulsée, dans l’Arène,
« Tout ce qui existe n’est pas ce qui existe pour moi ».
Les flux d’info-guerres ont pénétrés les âmes bons marchés ;
elles tressautent une à une, dans une certaine forme de négation,
et leurs pouvoirs s’étendent par un monstrueux rêve utopique.
Mieux vaut laisser là ce qui fait souffrir et blesse …
L’Egocrate des Tycoon prétend posséder notre paysage mental,
avec des dessins grotesques, des affabulations terribles.
Nous survivrons au cœur de l’Empire du faux …

En animaux blessés, en guerriers de l’entropie et des désastres,
luttant pour diminuer les désordres, existant par le « K »,
tout langage puissance de vie, toutes métaphores et joies des échanges, là l’être singulier sort des chimères que l’on représente ; cette projection du faux, ultime cruauté, (in)formes d’inhumanité.
Les temps de vie et de mort, sérialisés, capitalisés dans les programmes, ressemblent à des séries de fictions, calculées au millimètre, et la vie dans ses formes d’expressions, ses expériences vécues, est globalement niée, épouvantée, rendue faible et dérisoire … Seuls comptent nos objectifs de paix et de conquêtes,
Ils ou elles doivent se conformer aux vitrines, aux supercheries ..

Nous survivons dans l’alarme et pour la propagande,
Nous sommes les faiseurs de rien, nous restons simplement connectés, à chaque instant, prêts, alertes, nos esprits et nos corps sont compactés et transmis .. Nous servons le petit maître tout en haut de l’Empire, et tout Ego-drame est une cellule de prison pour la pensée ; on devra se conformer aux traces, aux preuves du pouvoir,
parler d’une seule voix spectrale, réglée tout au centre de l’action,
et les Médiacrates de l’Empire nous aiment, prennent soin de nous.
A chaque moment, l’oubli immense grandit dans leurs émissions,
et les réalités télévisuelles nous protègent bien du Temps et du mal,
la version officielle comble toutes attentes, toutes angoisses, toutes inquiétudes.

MP – 25012026

Êtres communicants

« J’ai dit que ce développement nouveau ouvre des possibilités illimitées pour le meilleur et pour le pire. Pour une part il fait de la domination métaphorique des machines telle que l’imaginait Samuel Butler, un problème très immédiat et pas du tout métaphorique. Il fournit à l’espèce humaine, une collection nouvelle et opérationnelle d’esclaves mécaniques pour accomplir son labeur. Un tel travail mécanique présente l’essentiel des propriétés économiques d’un travail d’esclave, bien que, à l’inverse de celui-ci, il n’implique pas les effets démoralisants directs de la cruauté humaine. Toutefois, tout travail qui accepte les conditions d’une compétition avec du travail d’esclave accepte les conditions du travail d’esclave et est essentiellement du travail d’esclave. Le mot clef de cet énoncé est compétition. Il se pourrait très bien que ce soit une bonne chose pour l’humanité que la machine la préserve des tâches ingrates et désagréables, il se pourrait très bien que non. Je l’ignore. »

Norbert Wiener, « La cybernétique : Information et régulation dans le vivant et la machine » [1965. MIT], p.93, Présentation de Ronan Le Roux, Traduit de l’anglais par Ronan Le Roux, Robert Vallée, Nicole Vallée-Lévi, Seuil, 2014.

« You should be a communicant human being »

Dans la nasse des gestes cloisonnés, sérialisés, dirigés,
aux gammes de stimulus et aux effecteurs semi organiques,
les profondeurs chairs retirées des surfaces de contacts,
demeurent les silhouettes précises des non humains,
organoïdes a expressifs, en greffes sur des corps bio mécanisés,
spécialistes auxiliaires de tri formel, d’alarmes et de créativités,
l’exécution de tâches aux kilomètres, sous l’aveuglant soleil électrique, cet œil des machines, ce glacial numérique ; deux cellules de détection de formes, circulent pour des circuits de décisions opaques. De froides dimensions autonomes, vectorisent, tracent et compilent …

Les fabricants des systèmes morts ; investit, maximalisés, optimisés,
exploitent les cyborgs en masse, dans toutes les tâches pénibles,
ils sortent des usines à automates, en défilés aux ordres économiques, militaires, font des publicités vivantes pour leurs bio compétitions … Ah les voir visionner et piloter nos demandes, comme des robots soldats, les programmes de lecture automatique des formes du monde, et produire des simili formes comme seuls résultats machines, l’extinction de l’expérience vécue, la mise en rangs serrés des percepts psychiques. Et dans l’internet poubelle, nous interrogeons une machine virtuelle, pour chercher du sens au milieu des déchets numériques ..

La greffe de formes symboliques est faite ; il reste l’hybride muet,
l’être communicant bancal, aliéné aux ordres des grands capitaux,
la forme efficiente, seule présente, qui travaille jour et nuit, H24,
le rêve de la pure performance offerte aux lumières noires et puissances, celles qui toujours produisent du résultat brut et font rentrer l’argent dieu, celles qui mettent en ordres, l’interaction sociale symbolique, celles qui trient, sélectionnent et identifient parmi les organismes inférieurs, annulent des aides, éliminent les surcoûts, suppriment des « difficultés de gestion ». L’ingénierie machine calcule les dépenses et les rentrées du petit dieu, au milieu des désastres sociaux toujours lointains …

La fuite en avant, la folie collective des devenirs « êtres communicants » ; l’espèce d’absence de liens aux milieux vivants, l’absence de lieux, le temps mort, séparé, aliéné par les psychés digitales et machines, la société creusée de l’intérieur et qui s’érode pour des vivants apeurés, les brûlures fascistes intenses qui dévorent les cœurs des institutions, la parole sienne est celle qui autorise, exclue ou invite. Si la parole sienne est celle du réseau de captures cruelles et de preuves, l’enserrement par le filet jeté sur les choses physiques, les conversations, quand je parle, personne ne parle dans ma voix inaudible, les flux communicants encerclent, transitent et impulsent dans touts circuits intérieurs ;

en polluant par des signes vedettes, des syntagmes standards,
toutes velléités d’exprimer les mondes humains différemment,
l’idiosyncrasie personnelle est une maladie professionnelle,
il faut vite aller voir les robots médecins qui consultent H24,
et poursuivre le rêve du « mauvais infini » de l’Automate ; la puissance impériale, la mise en coupes réglées de soi-même et les réponses conformes ou rejetées, être dans la norme cognitive, sociale ; le plus grand nombre décide, le délire communautaire est aux portes ; il frappe violemment et méchamment et son idéal s’incarne dans la mégalopole, les cités proches du néant, là tous branchés et jouissant des flux des formes neurales et audio-visuelles, nous serons les maîtres du destin, les gardiens du Verbatim humain.

MP – 16012026

Matières blanche

« A l’heure où l’on scrute les âmes et les yeux,
Heure des sommets dénudés,
Ce sont les écluses béantes du sang –
Écluses béantes de la nuit !
Gicle le sang, comme le fait la nuit,
Gicle le sang comme le ferait du sang,
Gicle la nuit. (C’est l’heure des sommets d’ouïe, l’heure où le monde pénètre oreilles et yeux !)
Rideau arraché du visible !
Accalmie évidente du temps,
Heure où l’oreille bée comme une paupière,
Nous ne pesons, ni respirons, nous écoutons :
Heure où le monde entier est devenu,
Le pavillon d’une oreille buvant les sons,
Par son pavillon. On entre dans les âmes –
Comme happé, à pleines mains !

12 mai 1923. »

Marina Tsvetaeva, « La nuit » » in « Poèmes de maturité II, (1921-1941) », p.189, traduit du russe, préfacé et annoté par Véronique Lossky, Éditions des Syrtes, 2025.

Kasimir S. Malevitch, « Tête de paysan », vers 1930, Musée Russe, St Pétersbourg.

Dépression du milieu vivant – Angoisse du vide et conquête de l’abstrait

Le temps vivant s’est arrêté, rien ne se passe plus, il fait si froid,
le vide immense a grandit dans la chambre, tout est devenu inerte,
la blancheur progresse peu à peu ; le coton, l’oubli et le néant,
qui recouvrent tous les objets, perdus, morts, si lointains,
les gestes devenus insensés, absurdes sans vecteurs, sans traces,
les contacts au réel ont été perdus, retirés, comme déprogrammés,
il reste l’aplat fixe d’une dimension exsangue, spectrale, fantomatique qui ralentit nos gestes, refuse les visages, vide de sens nos intentions et rend toutes choses physiques sans promesses, sans retours et sans appels …

Les mots et les phrases n’agissent plus, ne servent plus à rien,
dans la chambre vide, demeure Rien et le spectre Nihil,
la force de l’organe cerveau qui percute en lui-même,
mais n’atteint Rien à l’extérieur ; ni sens, ni vitalité, ni référence,
et le fou dans la chambre vide dit n’importe quoi,
il ne fait pas sens ; il délire, souffre et supplie ;
son panorama cognitif, affectif est blanc et vide, il n’exprime rien ; rien de sensé pour nous, il exerce sa compétence innée de langage, ses modules d’exécution, d’encodage, et se replie hors du monde des conventions, de la société et de l’usage …

Dans la chambre vide est montrée toujours la dimension blanche,
quand essayer de toucher un objet, une fonction, une intention par des mots devient difficile, l’espèce d’espace cotonneux, étouffé ; une autre voix étrange et singulière,
qui parle par devers soi, dans un calcul de signes, inerte et mort, avec l’aide des opérations de signes mots, des phrase muettes, enterrées, à l’intérieur de la boîte noire et des restes débiles, sans usages, que faire mon dieu, contre les promoteurs de la compétence innée, des encodages symboliques, de la force interne, bio dramatique,
que faire contre les mathématiques du néant ; la politique des traces et de la preuve …

Et quand je veux sortir de la mémoire silence et de la vie blanche,
avec le monarque et le fou isolés et leur langage enfermé par la chambre vide, je vois leurs corps et leurs âmes, sans gestes ; ces paroles inutiles, sans interactions, et ces mots de l’âme demeurent en arrière comme des déchets, des cellules figées ; ils ne font référence à rien, ne donnent rien, ne transmettent rien …
Aucun usage, aucun paradigme, aucune force de transformation du monde …
Et si la vie a finalement le pouvoir de nier la négation ;
cette négation vitale, sociale, historique ; le refus de l’existence des vivants ; tout langage vivant est déjà le résultat d’un programme artificiel …

C’est seulement là, un programme de preuves, de permissions, et de traces, et la vie sociale niée, les langages en souffrances n’agissent plus, ils reflètent l’image du miroir conformant et stupide des automates, l’espèce de traductions des actes, autorisées par ce monde affreux, vain, inutile … Ah combien de refus nous devrons émettre, sentir et décider contre les neurales-machines, afin de préserver les usages historiques pourvus de sens des mots et des phrases, en sortant de l’exploitation d’une compétence innée, d’une force organique, faisant place et droits, enfin à la créativité de l’agir et des contextes sociaux. Vivre hors des chambres vides, des machines de tri, des blancheurs spectrales ; redevenir humain.

MP – 09012026

Les faiseurs de néant

« Le premier principe est simplement celui de l’efficacité dans une situation historique donnée. Chaque forme d’organisation doit saisir l’occasion que détermine chaque rapport de force donné afin de maximiser sa capacité à la résistance, à la contestation et/ou au renversement des formes de pouvoirs dominantes. Le deuxième principe pose la correspondance entre la forme de l’organisation politico-militaire et les formes contemporaines de la production économique et sociale. La forme que prennent les mouvements évolue conjointement à celle de la production. Le troisième et dernier principe est aussi le plus important : la démocratie et la liberté sont les principes moteurs du développement des formes organisationnelles de la résistance. »

Michael Hardt, Antonio Negri, « Résistance » » in « Multitude : guerre et démocratie à l’âge de l’Empire », p.113, La Découverte, Paris, 2004.

Chaïm Soutine, Carcass of Beef, 1925. – Source (Jérôme Villafruela, CC BY-SA 4.0).

La pluie magnifique qui tombe sur les plages de cendres,
les grands monarques trônant dans l’obscure paysage,
régnant sur des parcelles d’Empires, imposant les traces,
les lignées d’alarmes et de déclinaisons des preuves,
attestant de la vie illégale, enfermée, des groupes d’étrangers,
ceux-là qui frappent aux seuils de l’Empire, de l’horizon muet,
ceux-ci près de nous, affublés des masques télévisuels,
qui ricanent, protestent et entraînent les meutes dans la nuit …

Il fait froid dans le monde unique du Tyran, froid comme jamais,
le langage est un monde d’étiquettes, glissant, une arme décisive,
il choque l’écran des réseaux et épingle la peur et l’alarme,
chaque tournure dansant dans une cellule morte, une spectre figure,
devient une arme précise froide, millimétrique, tranchante,
une balistique programmée, par les programmes d’alertes,
un coup d’épée lancée ailleurs traversant les vagues de nuit,
qui touche aux nuages de mots, de phrases, de l’encre indicible …

Et à l’intérieur des cellules milliards, l’Ego drame, fascine et avale,
la même projection sienne, les prisons officielles des pouvoirs,
le spectre Nihil qui hante la décision du Tyran, la rendant intacte et absurde, l’impression inutile et le manque immense, insidieux qui envahit tout. La force numérique et l’identification du corps par delà la vie et la Terre, l’argent qui brûle les doigts, au milieu des épreuves et des survivants, le feu qui consume le cœur des désirs humains, des rêves animaux, l’oubli des siens, des familles, des rattaches organiques …

Ils sont nombreux, cruels et leurs langages inertes,
prêchent le faux et le contre-sens, dans un ordre tyrannique,
ils plastronnent tout en haut, fiers, des programmes-réseaux,
habillés d’une pensée froide, brutale et empoisonnée,
par les venins du dieu-molosse et des sacrifices au feu et au rien,
leurs corps disciplinés, ressemblent à ces mimes prévus par les machines, des sculpteurs d’abîmes, de morts et de néants … Tous les enfants-signes voient leurs mondes affreux.

L’armature des concepts-dissidences et des bio-résistances,
servira comme outillages psychologiques, comme armées du désir et des rêves, servir les fins du Tyran, ou devenir autre à l’extérieur des Empires, arpenter les chemins de lumières, éprouver les contacts sensibles, les situations, et dans l’Ego-drame, travailler les courages et mener la guerre sans fins, faire l’expérience de la chute, de la destruction organisée, boire aux sources d’eaux vives et reprendre des forces ; tomber avec les ciels bleus monochromes, expirer les noirs fossiles, les souffrances animales.

MP – 04012026