Eaux vives

« Mauve pâle, rose pâle, bleu pâle.
bizarrerie de l’atmosphère :
Pâques blanchies.
Nous, les dieux, présidons notre propre autel.
Vieil homme au visage de faucon,
vieille bique aux bajoues de tyran.
Beaucoup de bijoux.
En marge, pêcheur solitaire, dans un bateau en métal,
jetant des morceaux de requins :
une rafale de becs et d’ailes.
Heure du déjeuner. Péristaltisme du cœur.
Sang, afflux compressé.
Le gravier d’un vieux glacier s’insinue dans nos gosiers –
sable rose de granit moulu –
également du calcaire blanc : petites dents, épines fines et minuscules coquilles.
Ils nous endurcissent. On ouvre des bouteilles.

Faisons-nous preuve de bonne volonté ?
Envers toute l’humanité ?
Plus maintenant.
En avons-nous jamais fait preuve ?
Quand les dieux froncent les sourcils, le temps est mauvais.
Quand ils sourient, le soleil brille.
Nous sourions tout le temps maintenant,
sourire de lobotomisés,
et le monde en train de frire.
Désolés pour tout cela.
Nous sommes devenus stupides.
Nous buvons des martinis et faisons des croisières.
Tout ce que nous touchons devient rouge. »

Margaret Atwood, « Le crépuscule des dieux » » in « Poèmes tardifs », p.241-242, traduit de l’anglais (Canada) par Christine Evain et Bruno Doucey, Robert Laffont, 2024.

Edith Wharton’s Italian Villas and their Gardens (1904)

Fissurer le bloc étrange, le monolithe noir et blanc,
par des brèches d’argent et de feu, au milieu des étoiles,
regarder la pierre ancestrale, fixée sur le crâne des rêves,
et jamais revoir la face du monstre, la bête sans traits,
l’aplat lisse du marbre ; la tombe qui regarde au fond du vide,
avec la nuit qui remonte dans les veines, qui arrache au silence,
les voix différentes, encore fragiles, les combattantes des futurs,
naissance et mort, feu et poussière, ce langage des vies,
tout ce tumulte aux grands échos, pulsant dans l’esprit,
les battements du cœur vivant et de l’orage, la déclinaison vitale,
c’est l’enfant-signe qui vient battre, tout seul, contre les ciels,
qui demande à boire l’eau vive, là tout autour de nous,
la pluie bienfaisante, l’eau qui ressource la terre,
répare les fissures et les lézardes de sables et de pierres ; les flétrissures ..

Ô toi grand désert des mondes, toi, silence des sépulcres,
toi le muet paysage dont les formes étranges se blessent,
aux contacts de l’eau vive et de la nuit immense, sereine et froide,
enfant des flammes et du silence, enfant exilé hors du Temps,
nous te disons bienvenu, toi l’enfant des cités des hommes vaincus,
tu es l’espérance des futurs ; la bonne nouvelle et le sang nouveau,
dont les voyages glissent à tromper les gardiens des prisons,
gardes et chiens attachés aux murailles dressées, obscures,
dont l’intensité des cris remonte par l’esprit des dieux …
Ah quelle est cette force d’imprégnation du rien, du néant, et du vide,
de l’absence d’empathie et de désir pour autrui,
l’imagination froidement niée, au centre des captures,
par les chaînes de déraisons, par les voies sombres et iniques,
les voix écrasées, seules, les paroles sur les vitres muettes,

les langues des peuples, mutilées par les machines de tri,
tout est pareil, semblable, prés des parois du Temps,
il n y’a que les serpents du contrôle, les arcs du corps de décisions,
la bête à conformité, les cellules des bio-organes, infiniment multiples, les règles tout en arrière inconnues, exécutables, immatérialisées, vecteurs de preuves, prévisions statistiques et forces d’appoint ; et la chaleur qui augmente partout, là où survivent les vivants, dans les cités, hors des campagnes, les villes, sans les mers et les déserts, océan d’amertume, aux forces abyssales, sans restes vivants, terres silencieuses, dévastées, sans aucune venue d’espoirs.
La vie bleue et blanche, la pluie et la neige, le froid comme un luxe ultime, les vapeurs grises qui remontent et s’évaporent dans les nuages et l’Automate enfermé au cœur des complexes d’industries et d’oubli, calcule des configurations inertes, des appâts vides et étranges …

Nous regardons à la fenêtre à l’extérieur, et il n y’ a plus rien dehors ;
que la terre rouge à perte d’horizon, les cris muets des flammes,
l’ocre désert et l’air brûlant, et nous sommes bien protégés,
au milieu des circuits d’air conditionnés, des gaines de ventilations magiques, nos murs d’aciers sont épais et solides, ils tracent une limite … Nos robots-commandants sont des instruments bien utiles,
mais l’eau vive va manquer ; les nappes si rare ne suffisent pas,
nous allons partir ou périr, quitter ce monde ou mourir,
le soleil brûle la terre, si proche, si intense ; cette étoile morte,
et nous rêvons des neiges des montagnes, des froides dimensions,
des corps ressourcés à l’eau vive des rivières et des glaces,
nous nous souvenons des respirations bienheureuses, des efforts vitaux, avant le règne de l’adaptation, du psycho-pouvoir et de la destruction, l’âme de l’humain, arrachée au présent, est devenue ce rien inexpressif, ce monstre du feu ; paniques mortelles et Ego-cratie.

MP – 31012026

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«Tu continues à trembler, et tout ce qui passe tremble. Le frisson du cœur suspendu, et ce qui ressemble à une route nue. Le doute est la maladie de la solitude et la fin des questions. Je suis suspendue à la montagne des questions. Quand je décris mon tremblement, cela devient lourd, et la peur tend sa main. Je suis la proie de mon imagination déserte, je me révolte, me remets en ordre comme le veut le doute. Je détruis ma route encore une fois, et je me tiens sur un disque de la nuit. Je ne fais rien. La certitude chute, les réponses trépassent, et l’œil de l’espérance se ferme. »

Dohat al-Kahlout, « Doute » » in « Anthologie de la poésie gazaouie aujourd’hui », p.153, textes traduits de l’arabe (Palestine) par Abdellatif Laâbi, réunis par Yassin Adnan, Points Poésie, 2025.

« Control i’m here ; i’m your cheap soul and i’m joining the void »
[ … Ukraine, Gaza, Iran, Soudan … ]
– Free people, Free language, Free body, Free media, Free mind –

Sous le dôme opaque des infos-guerres, de la fermeture,
rien n’apparaît qui ne soit détruit, effondré, pulvérisé,
marcher dans cette ville éteinte ; des gravats, des appels et des cris,
marcher en cherchant l’ami.e de minuit, les sens en éveil,
et les vies mutilées n’ont plus les lieux d’être encore,
les temps de chacun, chacune, ont été mesurés et vidés,
par toutes preuves fabriquées, toutes traces de la démence,
et le spectre Nihil de la guerre moderne, grandit,
les êtres vivants sont des insectes à nettoyer au joystick,
comme on nettoie les fausses vitres télévisuelles,
à coups de slogans furieux, de mécaniques de haine …

Et les trafics d’images alimentent les circuits de la terreur,
le soleil rutilant artificiel, qui voyage en arrière des mondes,
qui darde des rayons de mort, humilie et rend muettes les foules,
l’arme des filets réticulaires, l’arme des crimes et de la déraison humaine, les sens des mots et des verbes ont été retirés de la vie ; rien n’a plus de sens, seule la force brute compte, elle obtient un résultat, quitte à tout détruire, tout ramasser, dans la vision folle des leaders ; s’agitent des nuées étranges, des points noirs fuyants tout au fond d’un réseau écran, tous les futures sont niés ; demeure seul le présent fixe, absolu, total ; la réactivité incessante du présent de contrôle …

La chape de plomb qui tient cachées tes visions, tes impressions,
les conséquences des actes niées, une par une,
une autre histoire est racontée, impulsée, dans l’Arène,
« Tout ce qui existe n’est pas ce qui existe pour moi ».
Les flux d’info-guerres ont pénétrés les âmes bons marchés ;
elles tressautent une à une, dans une certaine forme de négation,
et leurs pouvoirs s’étendent par un monstrueux rêve utopique.
Mieux vaut laisser là ce qui fait souffrir et blesse …
L’Egocrate des Tycoon prétend posséder notre paysage mental,
avec des dessins grotesques, des affabulations terribles.
Nous survivrons au cœur de l’Empire du faux …

En animaux blessés, en guerriers de l’entropie et des désastres,
luttant pour diminuer les désordres, existant par le « K »,
tout langage puissance de vie, toutes métaphores et joies des échanges, là l’être singulier sort des chimères que l’on représente ; cette projection du faux, ultime cruauté, (in)formes d’inhumanité.
Les temps de vie et de mort, sérialisés, capitalisés dans les programmes, ressemblent à des séries de fictions, calculées au millimètre, et la vie dans ses formes d’expressions, ses expériences vécues, est globalement niée, épouvantée, rendue faible et dérisoire … Seuls comptent nos objectifs de paix et de conquêtes,
Ils ou elles doivent se conformer aux vitrines, aux supercheries ..

Nous survivons dans l’alarme et pour la propagande,
Nous sommes les faiseurs de rien, nous restons simplement connectés, à chaque instant, prêts, alertes, nos esprits et nos corps sont compactés et transmis .. Nous servons le petit maître tout en haut de l’Empire, et tout Ego-drame est une cellule de prison pour la pensée ; on devra se conformer aux traces, aux preuves du pouvoir,
parler d’une seule voix spectrale, réglée tout au centre de l’action,
et les Médiacrates de l’Empire nous aiment, prennent soin de nous.
A chaque moment, l’oubli immense grandit dans leurs émissions,
et les réalités télévisuelles nous protègent bien du Temps et du mal,
la version officielle comble toutes attentes, toutes angoisses, toutes inquiétudes.

MP – 25012026

Êtres communicants

« J’ai dit que ce développement nouveau ouvre des possibilités illimitées pour le meilleur et pour le pire. Pour une part il fait de la domination métaphorique des machines telle que l’imaginait Samuel Butler, un problème très immédiat et pas du tout métaphorique. Il fournit à l’espèce humaine, une collection nouvelle et opérationnelle d’esclaves mécaniques pour accomplir son labeur. Un tel travail mécanique présente l’essentiel des propriétés économiques d’un travail d’esclave, bien que, à l’inverse de celui-ci, il n’implique pas les effets démoralisants directs de la cruauté humaine. Toutefois, tout travail qui accepte les conditions d’une compétition avec du travail d’esclave accepte les conditions du travail d’esclave et est essentiellement du travail d’esclave. Le mot clef de cet énoncé est compétition. Il se pourrait très bien que ce soit une bonne chose pour l’humanité que la machine la préserve des tâches ingrates et désagréables, il se pourrait très bien que non. Je l’ignore. »

Norbert Wiener, « La cybernétique : Information et régulation dans le vivant et la machine » [1965. MIT], p.93, Présentation de Ronan Le Roux, Traduit de l’anglais par Ronan Le Roux, Robert Vallée, Nicole Vallée-Lévi, Seuil, 2014.

« You should be a communicant human being »

Dans la nasse des gestes cloisonnés, sérialisés, dirigés,
aux gammes de stimulus et aux effecteurs semi organiques,
les profondeurs chairs retirées des surfaces de contacts,
demeurent les silhouettes précises des non humains,
organoïdes a expressifs, en greffes sur des corps bio mécanisés,
spécialistes auxiliaires de tri formel, d’alarmes et de créativités,
l’exécution de tâches aux kilomètres, sous l’aveuglant soleil électrique, cet œil des machines, ce glacial numérique ; deux cellules de détection de formes, circulent pour des circuits de décisions opaques. De froides dimensions autonomes, vectorisent, tracent et compilent …

Les fabricants des systèmes morts ; investit, maximalisés, optimisés,
exploitent les cyborgs en masse, dans toutes les tâches pénibles,
ils sortent des usines à automates, en défilés aux ordres économiques, militaires, font des publicités vivantes pour leurs bio compétitions … Ah les voir visionner et piloter nos demandes, comme des robots soldats, les programmes de lecture automatique des formes du monde, et produire des simili formes comme seuls résultats machines, l’extinction de l’expérience vécue, la mise en rangs serrés des percepts psychiques. Et dans l’internet poubelle, nous interrogeons une machine virtuelle, pour chercher du sens au milieu des déchets numériques ..

La greffe de formes symboliques est faite ; il reste l’hybride muet,
l’être communicant bancal, aliéné aux ordres des grands capitaux,
la forme efficiente, seule présente, qui travaille jour et nuit, H24,
le rêve de la pure performance offerte aux lumières noires et puissances, celles qui toujours produisent du résultat brut et font rentrer l’argent dieu, celles qui mettent en ordres, l’interaction sociale symbolique, celles qui trient, sélectionnent et identifient parmi les organismes inférieurs, annulent des aides, éliminent les surcoûts, suppriment des « difficultés de gestion ». L’ingénierie machine calcule les dépenses et les rentrées du petit dieu, au milieu des désastres sociaux toujours lointains …

La fuite en avant, la folie collective des devenirs « êtres communicants » ; l’espèce d’absence de liens aux milieux vivants, l’absence de lieux, le temps mort, séparé, aliéné par les psychés digitales et machines, la société creusée de l’intérieur et qui s’érode pour des vivants apeurés, les brûlures fascistes intenses qui dévorent les cœurs des institutions, la parole sienne est celle qui autorise, exclue ou invite. Si la parole sienne est celle du réseau de captures cruelles et de preuves, l’enserrement par le filet jeté sur les choses physiques, les conversations, quand je parle, personne ne parle dans ma voix inaudible, les flux communicants encerclent, transitent et impulsent dans touts circuits intérieurs ;

en polluant par des signes vedettes, des syntagmes standards,
toutes velléités d’exprimer les mondes humains différemment,
l’idiosyncrasie personnelle est une maladie professionnelle,
il faut vite aller voir les robots médecins qui consultent H24,
et poursuivre le rêve du « mauvais infini » de l’Automate ; la puissance impériale, la mise en coupes réglées de soi-même et les réponses conformes ou rejetées, être dans la norme cognitive, sociale ; le plus grand nombre décide, le délire communautaire est aux portes ; il frappe violemment et méchamment et son idéal s’incarne dans la mégalopole, les cités proches du néant, là tous branchés et jouissant des flux des formes neurales et audio-visuelles, nous serons les maîtres du destin, les gardiens du Verbatim humain.

MP – 16012026

Matières blanche

« A l’heure où l’on scrute les âmes et les yeux,
Heure des sommets dénudés,
Ce sont les écluses béantes du sang –
Écluses béantes de la nuit !
Gicle le sang, comme le fait la nuit,
Gicle le sang comme le ferait du sang,
Gicle la nuit. (C’est l’heure des sommets d’ouïe, l’heure où le monde pénètre oreilles et yeux !)
Rideau arraché du visible !
Accalmie évidente du temps,
Heure où l’oreille bée comme une paupière,
Nous ne pesons, ni respirons, nous écoutons :
Heure où le monde entier est devenu,
Le pavillon d’une oreille buvant les sons,
Par son pavillon. On entre dans les âmes –
Comme happé, à pleines mains !

12 mai 1923. »

Marina Tsvetaeva, « La nuit » » in « Poèmes de maturité II, (1921-1941) », p.189, traduit du russe, préfacé et annoté par Véronique Lossky, Éditions des Syrtes, 2025.

Kasimir S. Malevitch, « Tête de paysan », vers 1930, Musée Russe, St Pétersbourg.

Dépression du milieu vivant – Angoisse du vide et conquête de l’abstrait

Le temps vivant s’est arrêté, rien ne se passe plus, il fait si froid,
le vide immense a grandit dans la chambre, tout est devenu inerte,
la blancheur progresse peu à peu ; le coton, l’oubli et le néant,
qui recouvrent tous les objets, perdus, morts, si lointains,
les gestes devenus insensés, absurdes sans vecteurs, sans traces,
les contacts au réel ont été perdus, retirés, comme déprogrammés,
il reste l’aplat fixe d’une dimension exsangue, spectrale, fantomatique qui ralentit nos gestes, refuse les visages, vide de sens nos intentions et rend toutes choses physiques sans promesses, sans retours et sans appels …

Les mots et les phrases n’agissent plus, ne servent plus à rien,
dans la chambre vide, demeure Rien et le spectre Nihil,
la force de l’organe cerveau qui percute en lui-même,
mais n’atteint Rien à l’extérieur ; ni sens, ni vitalité, ni référence,
et le fou dans la chambre vide dit n’importe quoi,
il ne fait pas sens ; il délire, souffre et supplie ;
son panorama cognitif, affectif est blanc et vide, il n’exprime rien ; rien de sensé pour nous, il exerce sa compétence innée de langage, ses modules d’exécution, d’encodage, et se replie hors du monde des conventions, de la société et de l’usage …

Dans la chambre vide est montrée toujours la dimension blanche,
quand essayer de toucher un objet, une fonction, une intention par des mots devient difficile, l’espèce d’espace cotonneux, étouffé ; une autre voix étrange et singulière,
qui parle par devers soi, dans un calcul de signes, inerte et mort, avec l’aide des opérations de signes mots, des phrase muettes, enterrées, à l’intérieur de la boîte noire et des restes débiles, sans usages, que faire mon dieu, contre les promoteurs de la compétence innée, des encodages symboliques, de la force interne, bio dramatique,
que faire contre les mathématiques du néant ; la politique des traces et de la preuve …

Et quand je veux sortir de la mémoire silence et de la vie blanche,
avec le monarque et le fou isolés et leur langage enfermé par la chambre vide, je vois leurs corps et leurs âmes, sans gestes ; ces paroles inutiles, sans interactions, et ces mots de l’âme demeurent en arrière comme des déchets, des cellules figées ; ils ne font référence à rien, ne donnent rien, ne transmettent rien …
Aucun usage, aucun paradigme, aucune force de transformation du monde …
Et si la vie a finalement le pouvoir de nier la négation ;
cette négation vitale, sociale, historique ; le refus de l’existence des vivants ; tout langage vivant est déjà le résultat d’un programme artificiel …

C’est seulement là, un programme de preuves, de permissions, et de traces, et la vie sociale niée, les langages en souffrances n’agissent plus, ils reflètent l’image du miroir conformant et stupide des automates, l’espèce de traductions des actes, autorisées par ce monde affreux, vain, inutile … Ah combien de refus nous devrons émettre, sentir et décider contre les neurales-machines, afin de préserver les usages historiques pourvus de sens des mots et des phrases, en sortant de l’exploitation d’une compétence innée, d’une force organique, faisant place et droits, enfin à la créativité de l’agir et des contextes sociaux. Vivre hors des chambres vides, des machines de tri, des blancheurs spectrales ; redevenir humain.

MP – 09012026

Les faiseurs de néant

« Le premier principe est simplement celui de l’efficacité dans une situation historique donnée. Chaque forme d’organisation doit saisir l’occasion que détermine chaque rapport de force donné afin de maximiser sa capacité à la résistance, à la contestation et/ou au renversement des formes de pouvoirs dominantes. Le deuxième principe pose la correspondance entre la forme de l’organisation politico-militaire et les formes contemporaines de la production économique et sociale. La forme que prennent les mouvements évolue conjointement à celle de la production. Le troisième et dernier principe est aussi le plus important : la démocratie et la liberté sont les principes moteurs du développement des formes organisationnelles de la résistance. »

Michael Hardt, Antonio Negri, « Résistance » » in « Multitude : guerre et démocratie à l’âge de l’Empire », p.113, La Découverte, Paris, 2004.

Chaïm Soutine, Carcass of Beef, 1925. – Source (Jérôme Villafruela, CC BY-SA 4.0).

La pluie magnifique qui tombe sur les plages de cendres,
les grands monarques trônant dans l’obscure paysage,
régnant sur des parcelles d’Empires, imposant les traces,
les lignées d’alarmes et de déclinaisons des preuves,
attestant de la vie illégale, enfermée, des groupes d’étrangers,
ceux-là qui frappent aux seuils de l’Empire, de l’horizon muet,
ceux-ci près de nous, affublés des masques télévisuels,
qui ricanent, protestent et entraînent les meutes dans la nuit …

Il fait froid dans le monde unique du Tyran, froid comme jamais,
le langage est un monde d’étiquettes, glissant, une arme décisive,
il choque l’écran des réseaux et épingle la peur et l’alarme,
chaque tournure dansant dans une cellule morte, une spectre figure,
devient une arme précise froide, millimétrique, tranchante,
une balistique programmée, par les programmes d’alertes,
un coup d’épée lancée ailleurs traversant les vagues de nuit,
qui touche aux nuages de mots, de phrases, de l’encre indicible …

Et à l’intérieur des cellules milliards, l’Ego drame, fascine et avale,
la même projection sienne, les prisons officielles des pouvoirs,
le spectre Nihil qui hante la décision du Tyran, la rendant intacte et absurde, l’impression inutile et le manque immense, insidieux qui envahit tout. La force numérique et l’identification du corps par delà la vie et la Terre, l’argent qui brûle les doigts, au milieu des épreuves et des survivants, le feu qui consume le cœur des désirs humains, des rêves animaux, l’oubli des siens, des familles, des rattaches organiques …

Ils sont nombreux, cruels et leurs langages inertes,
prêchent le faux et le contre-sens, dans un ordre tyrannique,
ils plastronnent tout en haut, fiers, des programmes-réseaux,
habillés d’une pensée froide, brutale et empoisonnée,
par les venins du dieu-molosse et des sacrifices au feu et au rien,
leurs corps disciplinés, ressemblent à ces mimes prévus par les machines, des sculpteurs d’abîmes, de morts et de néants … Tous les enfants-signes voient leurs mondes affreux.

L’armature des concepts-dissidences et des bio-résistances,
servira comme outillages psychologiques, comme armées du désir et des rêves, servir les fins du Tyran, ou devenir autre à l’extérieur des Empires, arpenter les chemins de lumières, éprouver les contacts sensibles, les situations, et dans l’Ego-drame, travailler les courages et mener la guerre sans fins, faire l’expérience de la chute, de la destruction organisée, boire aux sources d’eaux vives et reprendre des forces ; tomber avec les ciels bleus monochromes, expirer les noirs fossiles, les souffrances animales.

MP – 04012026

Somatose

« Dans le Meilleur des Mondes, aucun citoyen des basses castes ne posait jamais la moindre difficulté. Pourquoi ? Parce que dés l’instant où il pouvait parler et comprendre ce qu’on lui disait, il était exposé à des suggestions indéfiniment répétées, nuit après nuit, aux heures d’assoupissement et de sommeil. Ces suggestions « étaient comme des gouttes de cire à cacheter liquide, des gouttes qui adhèrent, s’incrustent, s’incorporent, à ce sur quoi elles tombent jusqu’à ce qu’enfin le roc ne soit plus qu’une masse écarlate. Jusqu’à ce qu’enfin l’esprit de l’enfant, ce soit ces choses suggérées et que la somme de ces choses suggérées ce soit l’esprit de l’enfant. Et non pas seulement l’esprit de l’enfant mais également l’esprit de l’adulte – pour toute sa vie. L’esprit qui juge, désire et décide – constitué par ces choses suggérées. Mais toutes ces choses suggérées ce sont celles que nous suggérons, nous – que suggère l’Etat … » »

Aldous Huxley, « X Hypnopédie » » in « Retour au meilleur des mondes », p.113-114, Traduit de l’anglais par Denise Meunier, PLON, Mrs Laura Huxley, 1958.

– wake up the coma –

Donnez leur le divertissement gratuit, la pleine et entière jouissance,
qu’ils ne regardent jamais ailleurs qu’ici, maintenant ; le hors lieu,
par ce présent liquide qui coule indéfiniment dans leurs rêves,
l’interminable présent, fixe, atemporel ; le bienheureux médium qui regarde, au travers des vitres de commandes, des sceptres de pouvoirs, les petits sceptres brandis par les consommateurs de l’Ego, qui contiennent toutes les virtualités désirables du monde,
à taper sur les écrans agiles avec les extrémités phalanges,
l’œil humide, fasciné, le cerveau malade, saturé des alarmes,
et l’iris bientôt scanné dans les corridors numériques,
le psycho-pouvoir allié de la numérisation puissance,
parcourt l’intégralité du spectre physique, psychique, symbolique,
les corps sont tous prévus en réactions, déviances et dimensions,
les places et les rôles dans la cité sont calibrés en fonction des standards infinis ..

Il suffira de se brancher ensemble, corps sans corps, à la machine de tri, aux formes impérieuses de bio-mouvements et de traces,
loger son système nerveux dans les empreintes survivantes,
exercer des fonctions adéquates et devenir fixe, nu-performance,
réduire l’écart de mesures au maximum ; être psycho-rationnel,
et bien réagir aux maîtresses de toutes conditions bio-sexuelles,
faire de l’oubli un mantra délicieux, une force imposée,
suivre en continu, dressées, les lignes attendues du pouvoir,
et renoncer aux restes humains, aux rares et finis vestiges,
refoulés loin dans les failles et les rainures des traits ;
expressions asservies aux prévisions des programmes,
et renoncer à agir tant qu’il est temps de frémir, de jouir,
l’instant liquide par les terminaisons nerveuses ; les stimuli de l’ordre, prédation, sexe et pouvoir, pour demeurer entier, présent et disponible …

L’œil des machines qui regarde « Je » / Ego – suis partout, toujours,
et les langages inertes évoluent en grappes dans le panorama inquiet,
les textures hybrides – machine / homme, le symbole détruit,
les encodages sont légions, ils capturent et expulsent,
le vivant, les expressions, les passions des différences,
dans les usines organoïdes, les matières sont mélangées,
l’artifice vivant et les greffes sur les cyborgs inhumains ;
uniformiser l’ancien monde des femmes et des hommes,
du lent travail d’inhumanité, des sens du corps refusé,
et derrière les automates muets, les animaux crient, bougent, vont et viennent … Faire l’amour reste une subversion, une rupture de frontières, brancher ses corps sur une autre machine, pulsions, drames et vies ; écouter les voix dans les murmures, des chuchotis de l’ombre, du contact sensible, de l’expérience unique, charnelle, sacrée …

Et les sourires niais qui flottent au demeurant fort utiles,
s’affichent avec constance sur les faces anthropoïdes,
celles qui regardent au fond des abîmes ; qui s’aveuglent,
la bouche ouverte, seule, sur des mots refoulés dans l’obscurité,
n’émet que des sons conformes à l’espace programme,
et le rythme du temps est calibré pour leur performance,
les minutes dégoulinent des tableaux d’ensemble …
Tout est pareil, idem, identique sans écarts,
il fait froid autour de ces murs opaques, ces entrepôts de l’Empire …
Ah tout est détruit, et chute en flammes glacées ; et « Je » connecte son plaisir, aux réseaux infiniment distants, aux complexes d’objets divertissants, aux langages des ruines et des mouvements empêchés, et plus rien n’existe pour soi même, tout est parfait, pur et consommé. Seuls demeurent les visages enfouis, cachés ; les grands désespoirs.

MP – 19122025

L’arme capitale

« C’est la classe des châles noires en laine,
des tabliers noirs bon marché,
des foulards qui enveloppent
les visages blancs des sœurs,
la classe des cris antiques
des attentes chrétiennes,
des silences frères de la boue
et de la grisaille des jours de pleurs,
la classe qui donne une valeur suprême
à ses pauvres milles-lires,
et qui, là-dessus, fonde une vie
à peine capable d’illuminer
la fatalité de la mort. »

Pier Paolo Pasolini, « 64. Séquence du drame à la mine » » in « La rage », p.107, Traduit de l’italien par Patrizia Atzei et Benoît Casas, Introduction de Roberto Chiesi, Postface de Jean-Baptiste Courtois, NOUS, 2014-2020.

Continuez là à maudire au milieu du mal,
les racks de langages néons, lancés par dessus l’âme,
brûlante et saignante, la forteresse vidée de tout autres,
la conserve emmurée à la place des tableaux, des fenêtres,
à l’intérieur méchant, racé et sans restes,
bornée la suffisante fièvre de l’action, au seul moi,
le terrible Moi substantiel et l’Egocrate, monstre sien,
dont les formes empêchées ne disent rien de ce qui arrive.

Revenez ici, sortez et revenez parmi nous,
sur le sol raboteux ; oiseaux noirs, métaphysiciens de malheur,
muette douleur qui ne peut se sentir chez toi,
effarante stupeur aux prises avec les lignes digitales,
et qui fait taire et fixe l’aplat du rien et d’excitants calculs …
Ah techniquement superbe, ravissante raison ; œil omniscient,
œil de dieu qui parcourt nos territoires, et capture et nie,
annule la projection de soi même, toutes générosités défaillantes …

La fabrique des fausses vues prises ailleurs, nulle part,
le langage comme entreprises d’étiquettes, de correspondances,
médium économique et intermédiaire, sens et encodage compactés,
quelle est cette industrie du rien, de l’inutile, de l’Ego drame,
propriétaire de ses sensations et de son langage privé,
qui produit aux kilomètres des compacts esthétiques, moraux,
la communication industrieuse, l’affairement, qui met en ordre, et tue, sur les chaînes de signaux, les ordres sévères sont exécutés …

La douleur capitale comme paradigme de l’action,
l’adresse à autrui, « j’ai mal », « il a mal », et l’inter acte,
l’opération des alter nativités reprise aux milieux des catastrophes …
L’arme qui tue et répare en même temps ; l’impulsion, le percept …
Les tissus d’humanité qui habillent les corps affaiblis et mourants,
et l’expérience du contact sensible comme joie et victoire,
dans tes yeux, je vois la distance, le refus de l’un, du total, de l’absolu,
et ton attitude est une espiègle forme, une satire savante.

Et le rire mutant devant l’effroyable jargon des authentiques,
des producteurs amasseurs de formules vides et de néants,
provient d’une forme belle, étrange et terrible, la forme inouïe,
la légèreté des pas du danseur, l’attention aux corps sensibles,
le mot ajusteur, le signe qui fait s’émouvoir ; la face perceptible du signe ; l’humanité pénétrée du signe de l’homme ; le Soleil noir,
la nuit sans fins, ni conditions du voyageur et de l’errant …
Les étrangers survivent sans patries, sans argents, ni tristesses ;

les nomades, les déviances, les apatrides surviennent ici sans foyers,
ils cheminent sous les étoiles avec des figures sans autres,
et le langage du poème est le langage du tout autre,
l’autocréation et la survie d’une existence possible et étrangère,
la mélancolie qui travaille à l’intérieur de la forme humaine,
qui remue la bile, le cœur palpitant, et remonte jusqu’aux ciels,
cette charnière entre les mondes, tenue par les êtres aux frontières,
le basculement cardinal ; les seuils d’évidence, franchis, un par un ;

j’obvie et la spontanéité de la raison m’accorde des futurs,
tu éprouves l’inexpérience du contact, le média numérique,
l’espèce de retrait au loin, pour une planète froide, illusoire,
et nous demeurons séparés par des frontières enfermées,
les voix du maître et du gardien retentissent encore dans nos rêves,
elles font saigner les murs de l’argument forteresse …
Où sont les futurs, les fins possibles des langages, les politiques du vivant, au delà des replis organisés et des réactions sinistres.

MP – 12122025

Après l’adieu vient la nuit …

« toujours sur la pente oblique
où tout s’échappe-roule
dans l’abîme
la parole errante-fixe
touchée à mort par le silence
alors éclôt à nouveau
le grain de la nuit
dans le frisson du langage nouveau
murmuré
dans les feuilles-racines des planètes
avant l’aurore – »

Nelly Sachs, « Énigmes en feu » in « Eli, Lettres, Énigmes en feu », traduit de l’allemand par Martine Broda, Hans Hartje, Claude Mouchard, p.361, Belin, 1989.

Remuer les ventres de braises, le foyer vivant, miraculeux,
et approcher des sentinelles postées aux murs forteresses,
l’argument précis, monumental, qui dresse des séparations,
entre les êtres à la peau humaine et aux langues verbeuses,
sentir le terrain qui bouge dans l’avancée du voyageur nocturne,
éclairée des deux lunes de sang et de mer, plantées tout là haut,
la créature faible et voûtée, est jetée là par les hasards,
elle redresse sa face mutante, son humeur bestiale, vers le ciel,

son voyage a commencé au début de toutes choses,
bien en arrière des mondes, créature de sang et de langages,
percée d’une lame d’instinct sûr et de formes inhumaines,
rien d’autre n’existe que les impressions d’elle-même,
et les fortes pressions venues du milieu de vie et de mort,
le mouvement plastique en suspension, l’évolution des traces,
fermée à l’intérieur du programme d’exil et de frontières,
créature sans autres, pleureuse, faible, humiliante forme …

Et la nuit avance avec les ombres portées de la cité,
l’heure mouvante glisse à la surface des objets,
le manteau d’obscurités contient des présages, des finitudes,
et les signes inscrits dans sa chair, montrent des directions ..
Mais ses cris et ses pleurs, ne ressemblent à rien de connu,
seule l’image mentale clignote au fond de sa mémoire,
l’image de l’ange voyageur des plaisirs infinis …
Le sable s’enfuit poussé par la levée de mémoires,

les hypothèques de vastes entrepôts de souvenirs humains,
les gardes posés là, devant chaque fabrique de signes,
ont des yeux qui tournent et regardent, inspectent et auscultent,
dans leurs bouches noires, survivent des lointains rêves, des désirs,
le tranchant de l’iris multicolore, les yeux de l’homme-preuve,
dont l’existence fiable indique l’état d’exercice des pouvoirs,
sont branchés sur les Automates de tri officiels, les étiquettes,
le vecteur morne qui vectorise et tue la rareté.

Ceux là qui identifient, surveillent, classent et répertorient …
Et le cerveau décalque de la machine, ne ressemble à rien,
il tourne dans sa boîte noire, comme tourne un vieil insecte calculateur, pris dans les flammes de la fin du jour, le noir soleil,
bientôt un papillon tacheté d’émeraudes, d’or et d’argent,
sortira du travail de tous les témoins passeurs,
vivants, puis morts ; enfants énergiques, puis vieillards inutiles ..
Papillon à l’effet monstre, qui recherche la brisure, l’alarme infinie,

aux pieds des forteresses du vide et des prisons Ego,
tu dois dire adieu – mon ami.e – au monde aimant, à la vie douce et vulnérable, franchir au delà des postes frontière, la circulation des sons et des images, par les lettres de feu, par l’énigme et l’orage électrique, inscrire dans leurs chairs, les sensibilités organiques, étrangères, les mots signes aiguisés, présents et utiles pour emporter les désastres, incarner des voix sans jamais rien trahir.
Dire adieu, tomber, et espérer qu’ils pourront revivre en nous.

MP – 05122025

Paradoxale existence

« C’est le paradoxe suprême de la pensée de vouloir découvrir quelque chose qu’elle n’est pas capable de penser elle-même. Cette passion de la pensée est, au fond, partout présente en elle, y compris dans celle de l’individu, dans la mesure, bien entendu, où en pensant, il n’est pas lui même. Mais à cause de l’habitude, on ne découvre pas cela. »

Søren Kierkegaard, « Chapitre III, le paradoxe absolu : (une fantaisie métaphysique) » in « Miettes Philosophiques », « Œuvres I » p.1008, Gallimard, 2018.

Sentir l’écharde dans la chair, la couleur du noir paradoxe,
l’intensité du cri qui remonte du fond de l’existence,
pour briser les lignes – prisons muettes tissées dans l’obscurité,
et réentendre les murmures humains, surgir au fond du désert de visages, l’absence de forces, de tensions siennes ; de projections devant soi …
Il est passé le temps historique, prévu ; le devenir objectif et mondial, et rien d’autre n’existe que l’existence sensible, heurtée et la subjectivité crainte.
Les lames de mort du système qui pénètrent dans la blessure portée bien en avant, pour la vie absurde du moi ; une synthèse du fini et de l’infini, l’instant éternel qui perce au grand milieu ; les cadres effarouchés du Temps …

Regarde l’existence creusée par l’interrogation du penseur ; l’ironie des démons ;
l’enveloppement des sujets, la duplicité des masques et le double vivant, à chaque temps, à chaque lieu …
Voilà un pseudonyme ; une méta figure, une mesure autre qui raconte son histoire et transforme sa subjectivité – nôtre, aux contacts étroits, inconnus, des mots, des images, des folles musiques, et au plus près de la vie ;
vois l’impression autre et sienne, l’existence du paradoxe, qui est la demeure du vivant ; l’être soi, projeté par le scandale et ce destin porté comme une nécessité à vivre et l’absurde mort évidente …
Le désespoir pris dans les blessures des vivants, l’infini illusoire et cette agression contre les formes, contre les histoires, contre les voix…

Est l’agression du mortel abîme, pour la dissidence et l’absolue totalité. Ah mon dieu « K » ; détaille les figures et les actions imputables, comme une force plurielle, centrale et diverse, reprise aux bords du néant, les pseudos formes qui dévalent les pentes abruptes du paradoxe, le silence résonne bien plus au loin, il ressemble à la venue des morts …
Rien ne filtre de lui que je ne puisse encore dire, écouter ou prévoir .. Il est là comme une grande maison inerte, imposée, immense, autour de soi, une métaphore puissante ; un cercle d’abîmes et de détresses ..
Et le temps file au travers des portes, des visages, des seuils d’évidences, il faut travailler les normes ; creuser à l’intérieur du paradoxe ; vivant/mort ;

pensées/calculs, activation/tranquillité, inerte/mobile, machine/existence ; lois naturelles, lois humaines, le paradoxe taille des méta figures désirables et utiles, issues des profondeurs, dans les matières brutes et plastiques, les natures toujours prêtes ;
et le mouvement alerte de l’humain différent, qui s’arrête blessé, montre tout le spectre historique des vivants ;
la plongée au cœur des forces de la vie, de l’existence absurde ; comprendre là où le fini prends le pas sur l’infini ; l’organique et la finitude de l’existence ; l’épuisement certain, l’espèce de résistance mortelle contre l’Automate ajusteur …
La forme rigide qui prévoit tous les cas de figures, et sérialise l’absence à soi … Vivre à contre-temps, refuser les ordres et les compacts esthétiques.

Devenir soi est vraiment un métier absurde et jamais programmé ou réclamé, il est l’empreinte des êtres vivants qui font l’épreuve de l’existence, l’authentique « Signe de l’Humain », jamais prévu dans les lignes de l’État, de l’Economie ou des Machines ; c’est une vocation rare, un métier digne, honorable et un travail de perfectionnement …
Et les langages des spectres Nihil jouent contre la vie, contre les pensées du paradoxe, ils remuent au fonds des tiroirs des grands ameublements ontologiques, et ne ressemblent qu’à une série infinie d’eux-mêmes. L’économie du rien et de l’identité sérielle affronte l’existence, la sensibilité, l’Esprit et la chair …
Et c’est par les trous noirs, les balanciers, les abîmes qu’il faudra passer …
En voyageurs de suspens, de catastrophes et de transformations vitales.

MP – 28112025