«Tu continues à trembler, et tout ce qui passe tremble. Le frisson du cœur suspendu, et ce qui ressemble à une route nue. Le doute est la maladie de la solitude et la fin des questions. Je suis suspendue à la montagne des questions. Quand je décris mon tremblement, cela devient lourd, et la peur tend sa main. Je suis la proie de mon imagination déserte, je me révolte, me remets en ordre comme le veut le doute. Je détruis ma route encore une fois, et je me tiens sur un disque de la nuit. Je ne fais rien. La certitude chute, les réponses trépassent, et l’œil de l’espérance se ferme. »
Dohat al-Kahlout, « Doute » » in « Anthologie de la poésie gazaouie aujourd’hui », p.153, textes traduits de l’arabe (Palestine) par Abdellatif Laâbi, réunis par Yassin Adnan, Points Poésie, 2025.
« Control i’m here ; i’m your cheap soul and i’m joining the void »
[ … Ukraine, Gaza, Iran, Soudan … ]
– Free people, Free language, Free body, Free media, Free mind –
Sous le dôme opaque des infos-guerres, de la fermeture,
rien n’apparaît qui ne soit détruit, effondré, pulvérisé,
marcher dans cette ville éteinte ; des gravats, des appels et des cris,
marcher en cherchant l’ami.e de minuit, les sens en éveil,
et les vies mutilées n’ont plus les lieux d’être encore,
les temps de chacun, chacune, ont été mesurés et vidés,
par toutes preuves fabriquées, toutes traces de la démence,
et le spectre Nihil de la guerre moderne, grandit,
les êtres vivants sont des insectes à nettoyer au joystick,
comme on nettoie les fausses vitres télévisuelles,
à coups de slogans furieux, de mécaniques de haine …
Et les trafics d’images alimentent les circuits de la terreur,
le soleil rutilant artificiel, qui voyage en arrière des mondes,
qui darde des rayons de mort, humilie et rend muettes les foules,
l’arme des filets réticulaires, l’arme des crimes et de la déraison humaine, les sens des mots et des verbes ont été retirés de la vie ; rien n’a plus de sens, seule la force brute compte, elle obtient un résultat, quitte à tout détruire, tout ramasser, dans la vision folle des leaders ; s’agitent des nuées étranges, des points noirs fuyants tout au fond d’un réseau écran, tous les futures sont niés ; demeure seul le présent fixe, absolu, total ; la réactivité incessante du présent de contrôle …
La chape de plomb qui tient cachées tes visions, tes impressions,
les conséquences des actes niées, une par une,
une autre histoire est racontée, impulsée, dans l’Arène,
« Tout ce qui existe n’est pas ce qui existe pour moi ».
Les flux d’info-guerres ont pénétrés les âmes bons marchés ;
elles tressautent une à une, dans une certaine forme de négation,
et leurs pouvoirs s’étendent par un monstrueux rêve utopique.
Mieux vaut laisser là ce qui fait souffrir et blesse …
L’Egocrate des Tycoon prétend posséder notre paysage mental,
avec des dessins grotesques, des affabulations terribles.
Nous survivrons au cœur de l’Empire du faux …
En animaux blessés, en guerriers de l’entropie et des désastres,
luttant pour diminuer les désordres, existant par le « K »,
tout langage puissance de vie, toutes métaphores et joies des échanges, là l’être singulier sort des chimères que l’on représente ; cette projection du faux, ultime cruauté, (in)formes d’inhumanité.
Les temps de vie et de mort, sérialisés, capitalisés dans les programmes, ressemblent à des séries de fictions, calculées au millimètre, et la vie dans ses formes d’expressions, ses expériences vécues, est globalement niée, épouvantée, rendue faible et dérisoire … Seuls comptent nos objectifs de paix et de conquêtes,
Ils ou elles doivent se conformer aux vitrines, aux supercheries ..
Nous survivons dans l’alarme et pour la propagande,
Nous sommes les faiseurs de rien, nous restons simplement connectés, à chaque instant, prêts, alertes, nos esprits et nos corps sont compactés et transmis .. Nous servons le petit maître tout en haut de l’Empire, et tout Ego-drame est une cellule de prison pour la pensée ; on devra se conformer aux traces, aux preuves du pouvoir,
parler d’une seule voix spectrale, réglée tout au centre de l’action,
et les Médiacrates de l’Empire nous aiment, prennent soin de nous.
A chaque moment, l’oubli immense grandit dans leurs émissions,
et les réalités télévisuelles nous protègent bien du Temps et du mal,
la version officielle comble toutes attentes, toutes angoisses, toutes inquiétudes.
MP – 25012026
