Êtres communicants

« J’ai dit que ce développement nouveau ouvre des possibilités illimitées pour le meilleur et pour le pire. Pour une part il fait de la domination métaphorique des machines telle que l’imaginait Samuel Butler, un problème très immédiat et pas du tout métaphorique. Il fournit à l’espèce humaine, une collection nouvelle et opérationnelle d’esclaves mécaniques pour accomplir son labeur. Un tel travail mécanique présente l’essentiel des propriétés économiques d’un travail d’esclave, bien que, à l’inverse de celui-ci, il n’implique pas les effets démoralisants directs de la cruauté humaine. Toutefois, tout travail qui accepte les conditions d’une compétition avec du travail d’esclave accepte les conditions du travail d’esclave et est essentiellement du travail d’esclave. Le mot clef de cet énoncé est compétition. Il se pourrait très bien que ce soit une bonne chose pour l’humanité que la machine la préserve des tâches ingrates et désagréables, il se pourrait très bien que non. Je l’ignore. »

Norbert Wiener, « La cybernétique : Information et régulation dans le vivant et la machine » [1965. MIT], p.93, Présentation de Ronan Le Roux, Traduit de l’anglais par Ronan Le Roux, Robert Vallée, Nicole Vallée-Lévi, Seuil, 2014.

« You should be a communicant human being »

Dans la nasse des gestes cloisonnés, sérialisés, dirigés,
aux gammes de stimulus et aux effecteurs semi organiques,
les profondeurs chairs retirées des surfaces de contacts,
demeurent les silhouettes précises des non humains,
organoïdes a expressifs, en greffes sur des corps bio mécanisés,
spécialistes auxiliaires de tri formel, d’alarmes et de créativités,
l’exécution de tâches aux kilomètres, sous l’aveuglant soleil électrique, cet œil des machines, ce glacial numérique ; deux cellules de détection de formes, circulent pour des circuits de décisions opaques. De froides dimensions autonomes, vectorisent, tracent et compilent …

Les fabricants des systèmes morts ; investit, maximalisés, optimisés,
exploitent les cyborgs en masse, dans toutes les tâches pénibles,
ils sortent des usines à automates, en défilés aux ordres économiques, militaires, font des publicités vivantes pour leurs bio compétitions … Ah les voir visionner et piloter nos demandes, comme des robots soldats, les programmes de lecture automatique des formes du monde, et produire des simili formes comme seuls résultats machines, l’extinction de l’expérience vécue, la mise en rangs serrés des percepts psychiques. Et dans l’internet poubelle, nous interrogeons une machine virtuelle, pour chercher du sens au milieu des déchets numériques ..

La greffe de formes symboliques est faite ; il reste l’hybride muet,
l’être communicant bancal, aliéné aux ordres des grands capitaux,
la forme efficiente, seule présente, qui travaille jour et nuit, H24,
le rêve de la pure performance offerte aux lumières noires et puissances, celles qui toujours produisent du résultat brut et font rentrer l’argent dieu, celles qui mettent en ordres, l’interaction sociale symbolique, celles qui trient, sélectionnent et identifient parmi les organismes inférieurs, annulent des aides, éliminent les surcoûts, suppriment des « difficultés de gestion ». L’ingénierie machine calcule les dépenses et les rentrées du petit dieu, au milieu des désastres sociaux toujours lointains …

La fuite en avant, la folie collective des devenirs « êtres communicants » ; l’espèce d’absence de liens aux milieux vivants, l’absence de lieux, le temps mort, séparé, aliéné par les psychés digitales et machines, la société creusée de l’intérieur et qui s’érode pour des vivants apeurés, les brûlures fascistes intenses qui dévorent les cœurs des institutions, la parole sienne est celle qui autorise, exclue ou invite. Si la parole sienne est celle du réseau de captures cruelles et de preuves, l’enserrement par le filet jeté sur les choses physiques, les conversations, quand je parle, personne ne parle dans ma voix inaudible, les flux communicants encerclent, transitent et impulsent dans touts circuits intérieurs ;

en polluant par des signes vedettes, des syntagmes standards,
toutes velléités d’exprimer les mondes humains différemment,
l’idiosyncrasie personnelle est une maladie professionnelle,
il faut vite aller voir les robots médecins qui consultent H24,
et poursuivre le rêve du « mauvais infini » de l’Automate ; la puissance impériale, la mise en coupes réglées de soi-même et les réponses conformes ou rejetées, être dans la norme cognitive, sociale ; le plus grand nombre décide, le délire communautaire est aux portes ; il frappe violemment et méchamment et son idéal s’incarne dans la mégalopole, les cités proches du néant, là tous branchés et jouissant des flux des formes neurales et audio-visuelles, nous serons les maîtres du destin, les gardiens du Verbatim humain.

MP – 16012026

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