Les faiseurs de néant

« Le premier principe est simplement celui de l’efficacité dans une situation historique donnée. Chaque forme d’organisation doit saisir l’occasion que détermine chaque rapport de force donné afin de maximiser sa capacité à la résistance, à la contestation et/ou au renversement des formes de pouvoirs dominantes. Le deuxième principe pose la correspondance entre la forme de l’organisation politico-militaire et les formes contemporaines de la production économique et sociale. La forme que prennent les mouvements évolue conjointement à celle de la production. Le troisième et dernier principe est aussi le plus important : la démocratie et la liberté sont les principes moteurs du développement des formes organisationnelles de la résistance. »

Michael Hardt, Antonio Negri, « Résistance » » in « Multitude : guerre et démocratie à l’âge de l’Empire », p.113, La Découverte, Paris, 2004.

Chaïm Soutine, Carcass of Beef, 1925. – Source (Jérôme Villafruela, CC BY-SA 4.0).

La pluie magnifique qui tombe sur les plages de cendres,
les grands monarques trônant dans l’obscure paysage,
régnant sur des parcelles d’Empires, imposant les traces,
les lignées d’alarmes et de déclinaisons des preuves,
attestant de la vie illégale, enfermée, des groupes d’étrangers,
ceux-là qui frappent aux seuils de l’Empire, de l’horizon muet,
ceux-ci près de nous, affublés des masques télévisuels,
qui ricanent, protestent et entraînent les meutes dans la nuit …

Il fait froid dans le monde unique du Tyran, froid comme jamais,
le langage est un monde d’étiquettes, glissant, une arme décisive,
il choque l’écran des réseaux et épingle la peur et l’alarme,
chaque tournure dansant dans une cellule morte, une spectre figure,
devient une arme précise froide, millimétrique, tranchante,
une balistique programmée, par les programmes d’alertes,
un coup d’épée lancée ailleurs traversant les vagues de nuit,
qui touche aux nuages de mots, de phrases, de l’encre indicible …

Et à l’intérieur des cellules milliards, l’Ego drame, fascine et avale,
la même projection sienne, les prisons officielles des pouvoirs,
le spectre Nihil qui hante la décision du Tyran, la rendant intacte et absurde, l’impression inutile et le manque immense, insidieux qui envahit tout. La force numérique et l’identification du corps par delà la vie et la Terre, l’argent qui brûle les doigts, au milieu des épreuves et des survivants, le feu qui consume le cœur des désirs humains, des rêves animaux, l’oubli des siens, des familles, des rattaches organiques …

Ils sont nombreux, cruels et leurs langages inertes,
prêchent le faux et le contre-sens, dans un ordre tyrannique,
ils plastronnent tout en haut, fiers, des programmes-réseaux,
habillés d’une pensée froide, brutale et empoisonnée,
par les venins du dieu-molosse et des sacrifices au feu et au rien,
leurs corps disciplinés, ressemblent à ces mimes prévus par les machines, des sculpteurs d’abîmes, de morts et de néants … Tous les enfants-signes voient leurs mondes affreux.

L’armature des concepts-dissidences et des bio-résistances,
servira comme outillages psychologiques, comme armées du désir et des rêves, servir les fins du Tyran, ou devenir autre à l’extérieur des Empires, arpenter les chemins de lumières, éprouver les contacts sensibles, les situations, et dans l’Ego-drame, travailler les courages et mener la guerre sans fins, faire l’expérience de la chute, de la destruction organisée, boire aux sources d’eaux vives et reprendre des forces ; tomber avec les ciels bleus monochromes, expirer les noirs fossiles, les souffrances animales.

MP – 04012026

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