Des guerres impériales

L’accroissement massif des logiques duales d’assujettissement – du chantage à la décision forcée, binaire, enfermante et violente – instaurant des aires d’influences stratégiques dégagées d’une histoire sociale et politique d’un ancien ordre institutionnel trans-nations (ONU, OTAN, CPI …), accompagne la consolidation de trois grands Empires (Russie, Chine et États-Unis) livrant des guerres nationalistes aux périphéries dans le but d’intégrer dans leurs nombreux et obsédants, intérêts économiques, religieux et culturels, des Nations inférieures, des ressources naturelles et des territoires considérés comme naturellement et traditionnellement pris dans l’aire d’influence. Le style de conditionnement de la décision politique du Tyran est construit dans l’ordre communicant total ou « tautiste », dans cette mesure d’une même convergence au sein d’un négationnisme historique et d’un régime de discours autoritaire, des forces politiques issues d’une même idéologie d’extrême droite ; de réactions issues du capitalisme de prédation, qui inverse l’ordre des valeurs dites humanistes et installe l’emprise psychique des masses, par la peur et l’allégeance économique aux plus dominants [j’aime la main qui me nourrit, je flatte l’Ego du petit maître qui est bon avec moi, j’annule toutes différences dangereuses]. Ici le négationnisme historique est un élément clés de compréhension de la nature du régime impérial, en tant qu’il fournit une vision claire et déterminante des méthodes de direction du pouvoir autocrate ou centralisé ; il ne s’agit pas simplement de nier les faits historiques et les leçons politiques issues de leurs communications scientifiques en tant qu’ils transmettent une certaine expérience des savoirs humains et une possible vision raisonnable des passés et des futurs des sociétés, mais plus insidieusement de travailler l’instant de la forme communicante du pouvoir afin d’inverser le sens des phrases et faire de la communication politique une arme de rhéteurs habiles, fanatisés et cyniques.

Le portrait d’un certaine psychologie du pouvoir du régime impérial doit être fait en considérant plusieurs facettes, plusieurs logiques d’actions collectives, en même temps qu’une analyse des langages autoritaires doit mener à une échappée hors des logiques des guerres impériales. Celles ci sont élaborées au prisme toujours de la domination économique comme levier stratégique de décisions ; les vertus pratiques humaines comme le courage ou la délibération par la prudence (Aristote) seront supprimées du champ d’exercice d’une certaine psychologie de la puissance, de la violence égotique et de l’appât du gain et du prestige ; le fort commande sur le faible en exploitant des mots vedettes, vignettes des qualificatifs délirants ou absurdes – comme coupés du réel – qui retournent la situation de jeux de langage historique, en détournant chaque mot-signe à son profit personnel ; et dans cette psychologie ultra rudimentaire de la puissance, les mots ressemblent à des cellules de prisons, les phrases sont élaborées pour piéger l’adversaire, remplir la zone de déchets rhétoriques dont l’unique but est la soumission des dits faibles aux forts ; les phrases vont servir de verrous psychologiques pour enfermer les dissidents à l’intérieur d’un certain régime de post-vérité. Ici c’est le réel qui est nié de manière complexe, la capacité des mots à exprimer le sens d’une vie ordinaire, la possibilité d’une intercompréhension encore humaine ajustée aux faits que nous décrivons. La résistance féroce que les dissidences mènent à l’intérieur mêmes des Empires se fait non pas dans une lutte frontale en exploitant les armes de l’ennemi politique, mais plutôt, par un désamorçage systématique des réflexes rhétoriques et le soulèvement du voile idéologique jeté dans et sur la réalité ainsi obscurcit et masquée aux bords des limites de la Médiacratie de l’Empire.

Se ressaisir des limites qui découpent à l’intérieur du discours humain, (1) un ordre communicant devenu quasi totalitaire fabriqué par les dirigeants des puissances impériales avec l’aide des technos oligarques, (2) d’une capacité collective et individuelle à dire le monde et faire l’expérience sensible du monde tel qu’il est (par la considération de l’Histoire humaine et des vivants) au moyen d’une intercommunication logique, scientifique, politique, écologique, qui embarque les acteurs institutionnels hors du cadre fixé ou imposé par le pouvoir impérial, c’est refaire une expérience importante de l’extérieur formel et culturel et des bords élimés des discours fanatisés. Nous sommes ainsi – vivants et humains – comme exilés à l’intérieur des Empires, traversés par l’épreuve historique de la négation idéologique des faits, sans pouvoir toujours la dire publiquement, sous l’effet de masquage puissant et de « merdification » de réseaux asociaux affiliés aux pouvoirs communicants capitalistes, [flood the zone] qui transforment l’Internet en poubelles numériques, tout en exploitant de façon obsessionnelle et systématique la peur primale, l’inertie des masses et la cruauté de l’humain. Atteindre l’extérieur de l’ordre communicant totalitaire, en vérifier les contours, recontacter les bords et les extrémités publiques, recueillir au cœur d’une profonde solitude, dans l’art silencieux de la réflexion singulière, les attraits d’une liberté intérieure confisqués le plus souvent par l’Empire, ce serait pour nous – dissidents cognitifs, anormaux, hétérogènes, gauchistes sans patries, passionnés sans demeures, renouveler sans cesse l’expérience des contacts sensibles avec le réel et la nature même de la vie humaine, végétale et animale.

La nécessité implacable du bouleversement écologique, toutes les manières avec lesquelles les vivants nous disent la souffrance de la Terre et du monde humain, est-ce là un point ou un seuil de résistance critique capable de redonner passions, volontés et désir à la puissance politique des masses et des individus ? Faut-il au demeurant compter sur la perception de la vie comme vulnérabilité fondamentale, blessure dans l’action de force et de domination, prendre en compte les évidences terminales du vivant (naissance, amour et sexualité, souffrance, joie, crainte, colère et mort) qui dessinent une ligne d’évolution plastique et complexe d’un organisme dans son milieu de vie ? Les trois questions – (1) nécessité de l’atténuation de la part de cruauté humaine et (2) adaptation évolutive des sociétés, des groupes et des organismes, ou (3) destin des sociétés humaines dans le monde du vivant – peuvent marcher ensemble à condition de sortir du régime « médiatico-centré », hypnotique et obsessionnel, des puissances impériales ; cela veut dire avec courage et détermination, sortir des rabaissements si nombreux devant la force économique des Empires issue de l’hyper-capitalisme de prédation, [extraire les Institutions démocratiques des mécanisme des chantages économiques et électoraux en reconstruisant toute l’économie politique], montrer l’hyperréalisme du changement de formes de l’humanité, formes de vie et régimes de savoirs pouvoir, régime de discours et vie démocratiques par rapport à l’emprise psychique collective de la puissance impériale (univocité de l’inhumain, réseaux asociaux aux bottes du pouvoir, Internet censuré, kleptocratie, négation du changement climatique, persécution des minorités actives, divertissements de masse calibrés et repassés à la censure du pouvoir culturel et religieux …)

A la périphérie des Empires se déroulent des guerres perpétuelles (George Orwell en avait montré toute la pertinence dans « 1984 » pour asseoir une certaine stabilité impériale), à l’intérieur des Empires s’élaborent sans cesser les ordres communicants d’une totalité tyrannique ; pulsionnels, accaparants, invasifs et destructeurs des réalités sociales, économiques et vivantes. Aux frontières des Empires, aux bords dangereux, aux limites si inspirantes, si complexes, si nombreuses, se rassemblent les dissidences et les forces de combat réunifiées – par les solidarités internes au vivant – sous la pression d’une nécessité historique et scientifique – la fin de la vie humaine et la disparation des espèces, le mal et la souffrance, la destruction d’espaces temps naturels et l’épuisement de ressources finies -, conservateurs éclairés, démocrates sociaux, communistes renouvelés, écologistes dans l’action ; ici le pragmatisme historique indique une voie à l’humanité et aux vivants, par la mesure des conséquences de nos actes, la délibération au delà des conflits duels, en tant qu’« Anthropos », humain frappé par la démesure et la violence des Tyrans, enfermé dans les prisons digitales et les cellules du psycho-pouvoir impérial, parfois si éloigné de la vulnérabilité des vivants. Le centre philosophique et politique, le cœur battant comme charnière et organe de transformation vitale, l’inter acte comme unité opérative de changement, moteur des transformations vitales et finalité des vivants, combattent au milieu des masses, des groupes humains, des familles, des individualités, des cultures, des sociétés, dans la mobilisation des forces de transformation de la vie ; les rêves du changement de régimes et de l’étiolement progressif des logiques, des langages et des techniques impériales peuvent devenir très concrets sous l’effet du changement climatique et de l’épuisement des ressources naturelles comme de la fatigue devant l’arrogance, l’impuissance et l’outrance des dirigeants des Empires (technos oligarques, chefs guerriers nationalistes, psychopathiques, maîtres de réseaux numériques, monstres égotiques, mâles supérieurs, survies sacralisées par une Nature originelle divine, xénophobies d’État …)

Fragments d’un monde détruit – 192

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