La peur des objets

La main aux longues et effilées baguettes,
pointées sur l’indicateur montrée, fiable,
Arrête la tension de la parole,
à chaque instant recomposé presque à blanc,
Au fond des scènes pleines d’accessoires,
de potiches, perruques grises et de faux escrocs,
Surviennent ensemble les mêmes projections,
images fiables d’une outre-tombe grise.
Toute la pierre lavée, étendue sur la surface,
et le bois du nom absorbé dans la gorge,

Il est venu tout proche le sang du contraste,
venu pénétré les veines bien ouvertes.
Des grands adultes fiers,
gonflés d’une angoisse qu’ils mettent par devers eux.
Le même incendie de noires déclinaisons,
où plus rien n’est donné sinon le temps,
qui rythme en scansions brutales,
le souffle des montres et des horloges bleues.
Comme les ciels figés en orbites creuses,
et les lentes échappées hors du chemin,

Partout s’est glissée furtive,
l’invisible droite bifurcation,
de cette trace intangible qui dirige,
la direction précise et dure du métal,
dont les matières fondues en cercle, gisent.
Toutes se sont lovées dans le ventre affamé,
de la vie qui dévore les signaux noirs.
Les grandes moissonneuses qui trient
dans les champs du sémantique vidage.
Recluses au cœur des paysages liquides,
ces machines séparent le vide du plein,

Le tonnerre abrutissant entoure les têtes des vivants,
plantées par la flèche de l’église montrée, haut,
qui n’indique rien ni début, ni faim ou mort,
presque à peine surgissant de l’espace urbain,
proviennent les troupes des alphabétiques signaux,
rangées par ordre alpha-décroissant.
La même linéarité d’infini qui s’ennuie,
dans plusieurs stocks comme des amas de cendres.
Au bord des failles de chairs et de peaux,
à la surface, le sol qui hésite et nous fait boiter.

Les on-dit marchent près des corps abrutissants,
« foncteurs » des mêmes matières,
calculables des matériaux bien concrets,
exploités par les architectes vieillards.
Tout ce qu’ils construisent sera détruit,
méticuleusement par l’humble dieu-personnage,
Qui traîne mort, ses pieds durs sur les trous d’eaux blanches,
Eaux gelées, et fumoir empêché du silence.
Le même poussoir dramatique et solide,
dont les câbles rigides assurent le manger,

A aussi le rôle d’organiser la fuite des objets,
partout dans leur espace petit d’exploitation.
Le publiquement mis à peine est-il rentré,
à l’intérieur des plaies ouvertes, longues.
Saignées d’un lent silence qui tombe,
en fluide mauve sur les coulisses des scènes.
Que l’ouverture des êtres l’absorbe,
comme un tissu opaque : l’huile noire des mots,
Ce bruit lent qui fait crier le silence,
l’amène à la dimension du blanc perforée à la fin.

Rentre au milieu des nasses, les multiplications de montres
d’aiguilles, qui pointent en coupant.
Les ostensibles références, et chiffres,
d’où sont partis les visages lisses,
sans traits, ni yeux, ni bouches aucuns,
seront bien présentes à tout endroit,
pour faire danser les articulations musclées,
et faire mouvoir l’automatique terreur,
des sculptures pleines de sons, lumières et sens.
A l’instinct joueur suspendu au cœur des couloirs,
celui qui fait des siennes, riant,

Remonter en fugitif le temps si loin,
et creuser des trous dans l’obscurité de l’espace,
d’où surgissent les ocres dimensions,
du draps du mort déplacé, douceur enveloppe.
Prise pour l’envoi du messager frêle et sensible,
à la chevelure rugueuse d’insecte,
celui qui tape sur les machines en lettres de plastique,
des puces, signaux d’enfants et des sonorités,
et bâtit les méthodiques cascades de doux présages,
les arborescences infinies des êtres.

M.P.- 08012020

Absente

Je t’aperçois dans la nuit au loin, ta silhouette de matières,
peaux translucides vitrifiées par le même orage,
avalées par les nuages d’une obscure force mentale,
dont les linéaments solides espèrent par devers toi.

Marche devant cette ombre grande, fébrile, transpercée,
toi qui enveloppe dans la blancheur de tes seins,
par une grande douceur, la terrible complexité.
Espère encore en nous ; légèreté, fragilité et cendres.

Il ne reste rien du passé ; à peine une solitude d’étoiles,
pour revenir doucement terminer mon sang,
que tu bois maintenant dans nos ventres ouverts,
il ne reste rien du futur ; à peine une fixe éternité.

Par nos visages et nos cheveux emmêlés,
l’horizon ne sera plus jamais muet.
Ne vivant que des gestes fébriles et fantômes,
par ce chemin, tu peux vivre enfin libre,
avec moi et nous autres qui t’aimons.

Je sais comment venir ici, près du sable et des nuages,
bercés par les feuillages doux de tes mains.
Si douces et peureuses par le passé figé,
qu’elles n’osent nous toucher.

MP – 07/01/2020

L’Espérance

Formes organiques, fières et vitales,
de tes yeux-vagues d’océans,
mon sang d’écume qui bouillonne,
et la plaine des sons devenue immense,

J’ai devant les nuages difformes,
l’éclaircie lumineuse de ton visage
Celui qui guide à tout sens,
et hors des mondes figés,

Libre de tous les mouvements,
par la seule volonté du futur,
Ferme, entière et solide,
qui nous amène plus loin encore,

Dans le tissu sombre du manteau de certitudes,
Devenir sa propre existence,
au travers de nous autres, blessés,
Accomplir l’achevé de l’acte-monde parfait,

Tu peux croire en la joie, la liberté…
et en l’amour libre des mots d’infinis,
Croire pour aimer et montrer le sel de notre futur,
Croire pour ne plus souffrir,

J’ai le sens charnel de nos souvenirs et des corps vivants,
Leur expérience qu’impriment les gestes et les paroles,
Dans les habits rouge-sang de nos échanges,
par delà le sommeil des monstres.

MP – 10022020

Mobilius

Ralentis, l’œil du tourbillon noir,
Eaux et méduses que le repli du sable éjecte,
Quand nocturne tombe et étouffe notre cœur,
Sous les battants de nos lentes paupières.
Le grain de l’humus fécond, vibre,
Tu respires, Aube, un air invisible, une fraîcheur,
Noyée des gouttes d’huile et de soleil,
Qui rampe doucement sur les jetées,

Les algues poussent au fond du port,
Un cri d’éponge grasse et de poison
Qui brûle l’arbre debout contre la panne,
Isolé du temps, devenu vieux,
Le hêtre seul, a quitté toutes forces
Et ses racines coulent dans le sol.
Autour où tout est mort déjà une fois,

Règne le silence de sel, cruel et blanc,
Autour où tout est mort déjà une fois.
Trempé de béton grisâtre, ce délicieux parfum,
Tapi au centre des rochers verts, battent,
Des chevelures grises, disparaissent au fond des flots,
Comme des appâts jetés au hasard de la pêche.
Raisins, coutures, grappes sur l’écaille de ton sein,
Reflètent la chrysalide des nuages sucrés,

Cette myriade au long cercle veineux.
Que revienne la chaleur, l’accroche brûlante,
Les formes de l’étrange aimée,
Car des pierres chaudes fument encore
Derrière les portes des fabriques d’aurores,
Bâtiments noircis des corps qui saignent,
Ton œil, Aube, renversé d’effroi.

MP – 14/06/2019

La Promesse

Les actes stellaires lancés près des bouches bées,
là se déplacent les animaux, au creux du mouvement,
travaillant sur les chaines de montages affreuses.
Dans les exhibitions de voix neurales, inhumaines,
dans l’espace de fer, d’or et de sang.

Les ombres jetées en parallèles,
sont pareilles à la nature belle et rêveuse.
Pour cette impression d’agir sensible, commune,
sans nul doute, ce qui vient terrifie,
le « non » prononcé devant la vie plurielle,
libre et foisonnante, cette foule des humains.

Les musiques sérielles des automates,
et la disparition des ordres anciens,
devant l’organisation violente, inefficiente,
quand les animaux domptés viennent
fabriquer les non-sens mort-nés et la guerre.
Les veilleurs des gestes humains
sur l’acte de création libre, sans attache.
Toujours réagir seul, sans réflexe,
aucun, dans la lucide attention.

Lumières, destins et forces noués
dans l’habillage céleste de nos corps,
par une même douleur de l’absence.
Par le regard divin passé sur le fil-horizon,
Plongé dans le cœur granitique,
nous, gardiens et gardiennes des puissances.
La ligne et le son tenaces,
par où s’évadent les prisons.

MP
17022020