Rêves ou cauchemar

« DERRIERE LA PAUPIERE,
veines bleues
sur la pierre lunaire du temps,
le cri du coq
ouvre la plaie
sur la tête du prophète.

En spirales
des bras flambent – des jambes
au-dehors défleurissent,
mais le corps s’engloutit,
fruit de poussière,
avec la glaciale semence
pour mortel usage. »

Nelly Sachs, « En défaillance derrière la paupière » in « Exode et métamorphose » [1957-59], Traduit de l’allemand et post face de Mireille Gansel, « Der Doppelgänger », Verdier, 2002.

Jean Lecomte du Nouÿ, A Eunuch’s Dream, 1874.

Leurs corps se maquillent et défilent avec le bruit des spectres,
dans le vacarme de ces vendeurs de soupes, de grimaces, de croyances, ils plastronnent sur les estrades, dans les foires aux absences, et rien n’expriment mieux nos désespoirs que leurs bouches ouvertes, sans fonds, abîmes pour des yeux fixés sur un étrange rêve en arrière ou un terrifiant cauchemar ; des langues de bois rigides battent la mesure, ici, maintenant, en cadence, et leur fausse musique est affreuse ; ils jouent un air déjà su, une symphonie abjecte faite de goûts rances, de métriques haineuses, de chemises brunes, et les voix qui s’égarent dans leurs téléviseurs sont très sombres, c’est la tessiture du meurtre, de la ratonnade, l’atmosphère d’une idée bien vieillie, cette ambiance malade de la guerre de tous contre tous,

que diffuse tout autour, l’habit bleu, cintré, de la creatura ; le pitre en costume, jeune, beau, habile, saignant, briefé, pleutre, et vil-médium, dont les gestes hantent toute la mémoire des ciels du télé-viseur, et dans cette boîte en verre – lexicône et vidéo-drame – ou se tordent les cris de l’exil, dans ces réseaux infiniment multiples, qui se tiennent absolu, un, unique, central, cette propriété du dément très connecté, mis au courant, très informé, est de l’être seul, voir pour l’âme-prison, qui tient captif tous les corps possibles, errer dans leurs territoires dégoûtants, refoulés, leurs masques et boîtes à fausses idées, c’est comme voyager parmi les ombres, les croques la mort, les fascistes trépassés, ils font des catégories, des armes, des sanglantes réformes inutiles, ils dressent les corps et les esprits les uns contre les autres.
Diviser pour mieux régner, chercher le déclic du plaisir et de la vengeance dans l’être-soi …

Et ils ou elles veulent le présent massif, intégré, transparent, connecté, la minute mienne, toujours plaisante, égale, jouissive, si parfaite,
qui reprend les désirs de tracer, programmer, minuter, contrôler ses autres. Ah comment ils veulent nous faire croire, penser, voir au travers de nous, par les filtres magiques de la peur, de la haine de soi et de ses contraires, à l’infinie passion de la tristesse, de l’Ego, du drame et du refus. Car c’est la tristesse comme douleur de l’âme qui les fait exister et perdurer, c’est cette passion négative qui peut forcer maintenant le destin de l’Histoire ..L’absence de tout sens historique, rhabillé, exsangue, mutilé, la même fascination immédiate pour le contrôle exact d’un présent unique. Ah comment faire, qui croire, quelle confiance pour quel autre …

J’ai le souvenir du seul monde futur, celui qui vient avec l’étoile et la lumière, je sais que tu choisiras la paix, l’empathie, la grâce et l’entre-aide, et ce morceau de temps promis, je le chéris par l’honneur du père, des filles et des fils, c’est un morceau de neige, d’eaux vivantes, de soleil doux et immense, à l’aurore même, quand la nature-mère échoue dans l’étrange rivage ..
Là voyageur et amoureuse des temps futurs, des sons et des images au delà, tu seras celui ou celle dont les signes seront des graphes, des tropes, des odyssées… L’avenir lumineux et le passé chéri, le présent comme triple détermination. La griffe d’une temporalité qui détruit le spectre Média, ce Nihil instantané, car pris entre deux eaux mortelles, l’idéo-drame et le corps brut excité,
nous seront peut-être les nouveaux jouets, les pantins des mouvements horribles …

Rappelle toi mon ami.e, les immenses courages partout, des dissident.es,
les forces et les faiblesses inouïes, de la guerre et de l’espoir,
dans la terre Ukraine, la terre Europe, la beauté de ce rêve de paix continu, qui ont conduit les masses vivantes, ici, depuis longtemps ; 80 ans !
La vie tranquille, le bonheur d’exister, la simple passion du vivre et du sentir, le goût du sel sous la peau, la vision du bleu du ciel, la blancheur fragile de la neige .. Souviens-toi de cette forme-Nature qui devient si proche et vulnérable … Et par cette muette espérance, nous serons nombreux, nombreuses, à chérir la société et ses liens, à accueillir l’étranger et son chemin .. Dans ce grand rêve du futur, nous serons là, à l’événement, à l’importance de ce nouvel âge rendu possible, à faire le voyage ensemble vers un monde juste, libre et différent.

MP – 14062024

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