Les signes et les gestes

« Avant, il n’y avait rien, ou presque rien ; après il n’y a pas grand chose, quelques signes mais qui suffisent pour qu’il y ait un haut et un bas, un commencement et une fin, une droite et une gauche, un recto et un verso. »

Georges Perec, «La page», in « Espèces d’espaces  » p.24, Post face par Jean-Luc Joly, Seuil, 2022.

Ses yeux pâles et fixes, aux regards incrustés, concentrés,
aux terminaisons nerveuses, à la pointe scintillante,
brillent devant chaque surface, chaque dimension,
de textiel, de forces, d’effets, de conséquences,
des signes ou des gestes produits à l’infini du réseau,

et découper la feuille est un paradis d’enfants, une vraie occupation,
qui remplit les temps bien organisés, conformes,
cette logique du plaisir, fugace, momentané,
qui détruit dans l’absence, sans laisser rien, ni formes, ni traces ;
est la logique du marché-roi, des existences futiles,

et la couleur ici est la même partout, du béton-gris,
qui ferme les horizons fragiles, multiples et tout est blanc et muet,
dans ces enceintes froides ; surface et profondeur,
font tourner des musiques de signes, sans voix, ni corps,
et ceux qui défilent là, maintenant, ont perdus la raison,

ils défilent au kilomètre-cube, rapide et furieux, par les ordinateurs,
commandés à distances, servis en temps réel,
tous ces signes-occultes, qui masquent tout en promettant,
le seul contact direct avec les choses,
ces idéo-drames, standards, sont des fabriques de stupeur,

les petits commandeurs de la ruine et de l’instant,
qui survivent sur des pointes de signaux, des fanions plantés là
sur des corps de textes, des touches-diamants, des images sonores,
réagissent à l’instinct morne, calé sur le milieu, le besoin,
s’adapter est le mot d’ordre et la fin de toutes actions,

Rien ne sera l’image parfaite de ces choses,
comme une copie fidèle, absolue, de quoi, de qui, comment …
cette magie là, première, qui exclue la norme et la forme,
des échanges réels, des gestes sans leurs signes,
travaille pour les grandes fabriques et les représentants du vide,

Manipuler des signes est réduit dans leurs mondes, à plus rien,
et tout est organique, interaction, neurones et physique,
la chirurgie forte, céleste, l’ordre ultime des cerveaux,
branchés, alignés, serviles, sur un réseau de représentations bien fiable,
les signes seront des produits secondaires, fabriqués,
par les machines à générer, les cultures relatives,

et si les chiots squelettiques aboient seuls, à minuit,
ceux-là d’une Nature immense, maltraitée, oubliée,
la faim qui dévore leurs entrailles, et hante les cerveaux,
est la faim du lien, du « socius », de l’art de faire la guerre au milieu,
transperçant les médias-grossiers, tous les faiseurs de règnes et de chimères.

MP – 08122023

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *