L’énergie créatrice

Instaurer un régime de liberté politique, sociale et psychologique par des actes de création dans un jeu de simulation de mondes (au moyen des livres, des films, des musiques ; l’écriture, l’image et la musique comme vectrices d’exemples de vies bonnes et désirables) appelle l’ingénierie du rêve et de l’imagination libératrice à mener ensemble tout un travail de transformation du réel. Les moyens et les fins d’une construction psycho-politique sérieuse qui tienne l’ombre du discours réactionnaire à l’écart du progrès ont cette capacité par un aller-retour fructueux entre le virtuel et le réel, à former la voie possible du changement. Ce changement de mondes contemporain est celui qui va d’un monde ancien mortifère porté par la « forme de vie » capitaliste maintenant clairement inadaptée aux enjeux de la survie du vivant vers un monde naturel, écologiquement viable et désirable.

Cette alter-nativité est une naissance autre, une résolution collective au moyen de la différence essentielle qui émane des choses et des sentiments naturels ; celle qui permet aux vivants d’éclairer nos vies ; l’œil de l’animal qui, tremblant, nous regarde, le feuillage doux, lumineux , mouvant, l’eau d’un océan si fraîche, pure et douce – toute cette nourriture vive de la Nature matérialise nos désirs les plus profonds ; la paix, la jouissance et la sérénité. Éprouver la force impressionnante de cette présence ultime, dans l’autre avec lequel nous parlons, dans son regard illuminé, ses gestes gracieux, et l’inscription de son corps à l’intérieur de notre vie, n’est ce pas déjà là éprouver le sens de ce mouvement vital, de cette énergie créatrice venue de la Nature ?

L’uniformité qui enlaidit tout, l’univocité qui supprime les voix différentes, la consommation massive de produits finis, calibrés pour satisfaire des besoins artificiels et une sous-culture de niches économiques ne peut pas nous empêcher de voir, entendre, sentir, rêver en grand au travers des spectres puissants de cette Nature autre ; merveille de vie et d’intelligence plastique, mobile, créative. La couleur du présent est ainsi la multi-couleur jaune, verte, bleue et rouge, violette, cyan et noir ; toutes ces phases évolutives et contrastées de l’Esprit, ces franchissements multiples, repris dans la texture de la lumière émanant doucement et avec forces des êtres vivants (bêtes, végétaux et humains).

Participer à ce monde de formes belles, nouvelles ou anciennes, intelligibles dans l’expérience du contact avec un autre que soi qu’il ou elle soit voisin-ne ou étranger-e proche ou distant nous émeut à l’infini car une avancée ensemble, un chemin éthique et universel est comme conclu et parcouru dans un mystérieux accord que le monde social et naturel nous offre. Cette prodigieuse créativité de la Nature se remarque avec une émotion vive, une difficile pudeur et du sérieux, par toute cette importante participation des êtres vivants à la beauté essentielle du monde. Des ouvertures sont ainsi créées, des frontières abolies, des idées transmises d’un monde à l’autre pour faire de notre génération, la seule génération future qui tienne compte du vivant dans son entière liberté de constitution, dans son espace-temps historique enfin considéré.

Plasticité, incorporation, mouvements, passages multiples, transformations diverses du monde et conversion des sceptiques à la beauté intemporelle de cette Nature aboutissent à lier fermement nos destinées collectives ; humains, bêtes, machines, unis au sein d’une loi naturelle qui créé, rassemble, détruit et recrée dans son dépassement. Nous pouvons au cœur de ses liens naturels si profonds nous nourrir de la perfection inestimable de notre planète-terre à ses multiples endroits, dans ses paysages, ses êtres vivants, ses horizons temporels, réels, dans ses périodes historiques multiples, car nous devenons autre hors de la fixité d’un a priori sociétal et économique inique, et de la répétition mécanique du même, de l’auto-consommation sacrifice de l’ego mortifère et toute la souffrance industrielle issue du monde du XX° siècle.

Fragments d’un monde détruit – 30

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