L’orage sur la mer

« Souvent, dans nos stations au sommet des falaises de marbre, frère Othon disait que là même était le sens de la vie : recommencer la création dans le périssable, comme l’enfant répète en son jeu le travail paternel. Ce qui donnait leur sens aux semailles et à l’engendrement, à la construction, à l’ordre qu’on impose aux choses, à l’image et au poème, c’était qu’en eux la grande œuvre se révélait, comme autant de miroirs faits d’un cristal aux milles couleurs, qui bientôt se brise. »

Ernst Jünger, « Sur les falaises de marbre », [1939], Traduit de l’allemand par Henri Thomas, p.87, Gallimard, 1942.

Les dresseurs de tort tout de noirs vêtus,
aux longs complets de chiffres digitaux,
Ont calculé l’entier azur plus loin dans la mer,
et l’écume blanchie des vagues nuages,
S’approchant des couvertures bleu-plastique,
remplies de tâches de ton sang,
Ternies par une même affreuse attente,
devant laquelle se tiennent toi et moi,

Tout le sens dégouline l’objet sévère du Moi
dressé dans l’immobile et la sévère patience,
Les fils et filles du sel et du vent font la course aux nuages,
accordant les cordes du visage, seul instrument
une musique d’oubli où résonne la lente signification,
Devant qui se tient la lumière blanche,
qui pénètre profondément cette nuit, remplie d’étoiles,

Tu m’as demandé la nuit de l’esprit,
qu’il n’y ait plus rien, ni objets, ni formes, nulle part…
Je m’extrais progressivement peu à peu,
de nos corps amoureux de signes,
et parvient jusqu’à ta compagnie d’hier,
souvenirs qui meurent sans toi, librement et souffre,

As-tu demandés aux autres, les choses,
sinon le sang revenu dans mes veines ?
Toi qui souffles et respires dans mes cotés,
allongés sur le lit de ma future mort,
Tu dois regarder ton intérieur de masques,
le nœud d’orage et de pluie dans laquelle je suis,
Car je t’aime encore plus fort et loin,
dans la destruction que tu nous promets plus en avant,

Devant nous frêle, quand tu regardes,
bien ferme dans tes profonds yeux noirs,
La fixité des blancheurs et la confiance,
pour l’élimination des grands idiots,
Qui ont la culpabilité, et l’ennui ; leur commerce d’imbéciles,
la dureté sans fin et la violence,
D’un langage rachitique, si rabougri et flétri,
qui n’agis sur rien et ne provoque aucun désir sain,

La régénération que tu promets par ton corps de sang,
au delà du monde des morts,
La reconstruction du seul réel que nous aimons,
vivons et partageons ensemble …
Il est donc arrivé que la même minute imbécile,
du rigide accord, suspende l’acte, le fil du rasoir,

Tout le mortel dessein des lents esprits-animaux,
venus à peine jeté l’opprobre et l’alarme,
Tout le sang qui reflue dans ton visage,
un visage codifié par le grand système d’alerte,
Qui distribue les actes et les armes,
alignées devant les continents d’actions,

Une institution du sens défie, défigée,
la libre circulation des idées, et du sang,
A fait blanchir cette bête, par le signe et la guerre,
du vrai contrôle par l’inquisitoire symbole,
Le verbe qui signale et déporte l’incarnation,
La réalisation des actions noires dans un mirage,
L’écrit fixe, mort, pour que se rigidifie les membres,
Dans le crépuscule du seul mouvement,

Les membres sur les dalles de béton armé,
dont les noires vaisseaux s’accouplent,
Les morts du cheval de bascule et des dissections,
pour le dressage des noires nuées,
Que la même horreur planifiée depuis tout ce temps venue,
derrière la grande table se réunissent les ami(e)s qui mangent,
et dévorent toute la capitalistique démence,

Il reste à diriger l’ordre humain de cet ancien monde,
sortie gisant, de ton sacrificiel souci,
Et fuir le trou noir au milieu de nos ventres,
jamais rassasiés, sans fin, toujours en famine,
Il existe encore les passés qui ne se terminent jamais,
enfin par la seule combinaison des naufrages,

Là se détruisent les grands bâtiments de signes,
construit partout, ici, là, depuis nulle-part.
Ce spectre de l’écrit fixe l’absence,
et aligne à contre-temps leurs directions
Ces directions affreuses, dans le sens,
et la mort lente désirée par les astres,

Nous rejetons les faces du monstre,
par la musique céleste et le contre-ordre.
Nous l’effaçons lui, par la lumière du savoir,
l’éducation des enfants-signes au futur.
Veux-tu encore de nous si frêle, « Vie », vivants,
devant l’immensité de cette vie et la joie commune ?
Veux-tu encore de nous, et toute la lumière,
du nouveau monde, les futurs naissants en toi ?

MP – 12012021

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