Nous voilà encore une fois en train de regarder l’être. Jusqu’à présent, nous l’avons conçu comme une grande masse liquide. Mais nous devons également le considérer comme une masse solide, énorme et solide, un grand marbre à travers les veines duquel nous cherchons à lire comment une figure sculptée peut bien en naître – ou un désert aride, dont les seules différences sont de longues crêtes de dunes pierreuses.
Toni Negri, Art et Multitude : neuf lettres sur l’art , Atelier : EPEL, 2005.
La peur raillait ses bêtes, un jour de pluie et de cendres,
quand tout le lointain était métal et verre, fixe, lisse et moderne.
Agrippées aux chocs des digits frappés sur l’écran,
les alarmes de nuit flottaient par dessus la voûte stellaire.
Sur le puzzle des toitures, les bêtes meuvent le silence,
bloc par bloc, les immeubles et les vitres bleues, bien droites,
qui font bouger les singes, les mimes et les pantins articulés,
qu’actionnent, avec l’orage, les larmes vides sur les fenêtres.
Il n’y a rien, ici et là, tout autour, que le froid organique et la faim,
tissé du voile humide, de leurs corps-objets rampants,
que projettent les âmes-grises qui veillent là derrière,
dans un théâtre d’aurores, de vitres et de sang.
Opéra de verre où sont maintenues, bien recluses,
les âmes pilées d’une collection froide, sans personnes.
Avancent, crescendo, lézardent la nudité des murs,
les statues mobiles, séparées de la mémoire,
ont bu les images, le son, la bouche seule et rayée.
Ces prisons de chairs, de câbles et de feux,
dans la voix fragile des bêtes à la psyché digitale :
cette mutation des tyrans, noire et complexe.
Des prothèses organiques presque vitales,
pour nos corps puissants, rhabillés.
MP – 13/09/2019
