La disparition

L’océan rempli de lignes d’eaux vertes
et des vagues bleues et blanches,
fuyant parmi les noires et longues sirènes
habillées d’algues, de peur et d’écumes,
a recouvert le grand spectre blanc du silence.
Diaphanes, remplis de gêne, devenus inutiles,
Des mots sans coupures, sans corps précis,
sans mêmes objets, ni astres d’attentes.

Des frondaisons aux fougères et branches fuyantes,
créatures mobiles, exactes, bruissantes, et venus sans but,
chercher avide comme une terminaison des notes,
des musiques frêles, silencieuses et vides.
La mort ici est la seule frontière de nos signes,
Paroles, mots, images et sons mêlés,
ne viennent plus ici, tenir humaine figure.

Des masses de mondes-globules de sang,
sectionnées au milieu du seul monde aimé,
ne cessent jamais de venir, de voir et de disparaître.
Dans le voile inerte du vivant,
visages, flaques et figures du corps
percés par des signes qui emportent et détruisent,
ne viennent plus déranger les corps aimants,
le bruit des lents vaisseaux de guerre
filant dans le ciel rouge-sang.

Veux-tu disparaître merveilleux ange de la fêlure,
dans les cris d’oiseaux piqués à l’intérieur du crâne ?
Le chant continu aux rythmes sourd et syncopés,
et aux mouvements inertes et sans vie,
laisse par devers toi le chant des oiseaux, la litanie des ombres.
Silhouettes à demi humaines, figures minuscules,
découpées dans un ciel d’orages et de songes.

MP – 02/01/2020

Neptune

Les poissons gris nagent dans les bassins de Neptune,
Dotés de nageoires longues et frêles, argentées,
Dans les masses d’eaux plus sombres que la nuit,
Avec des mâchoires plantées sur leurs gorges d’écailles,
Ils tournent sans fin, formant des cercles d’artistes morts,

Et pénètrent chaque basalte lumineux et or,
En une danse concentrique vers la fin de minuit.
Pleins sont leurs sacs d’arêtes dures comme l’ivoire,
Et le soleil est tombé dans le fond des entrailles,
Des poissons gris où s’amoncellent les vénéneux cris.

Montant sur la brise d’air viciée à l’ombre des yeux,
Qui fixent, immobiles, les chemins gorgés de feux,
Les astres rutilent à l’horizon des vases brisés,
Et le froid pénètre les frondaisons mortes,
En glaçant les os, aussi fins qu’une lame effilée.

Les rayons droits de la lune sont venus le soir,
Mettre des habits de lumière à la terre jaunissante,
Près des rochers durs où s’écrasent les regards,
Des picotements sur la peau métallique et lisse,
Les poisson gris nagent dans les bassins de Neptune.

MP – 12/03/2020

Le Signe

Le réseau d’absence de nous dans le grand livre ;
Sons, visages, pressions, clignotements,
vastes forêts d’où sont issus nos gestes.
Par les lignes longues, percées, qui alignent nos corps immobiles,
où s’entrechoquent toutes les froides attentes,
à chaque vitre-écran hurlée par l’empereur noir des Signes,
tournées vers le mal, les folies souffrantes, les frôlements.

Les machines du spectre-livre immense,
et ses signaux navigants par devant nous ;
de l’art de tout figer, par symboles noirs et fixes,
sort cette configuration folle de passés-futurs.
Le spectre-divin surgit des pages qui nous regarde,
ma compagne électrique, mon seul espace-temps.
Lente figuration du vide, du désir projeté,
des réticulaires signes et mon amour vivant.

Ma musique dense, si tu n’es pas venue pour rien,
j’irai n’importe où ailleurs hors du grand Signe-figé,
dans ce monde de bêtes, de signaux et de machines,
pour mourir enfin, vague dans un grand silence.
A chaque nouveau règne et pouvoir détruits ;
nos corps aimants, obliques et si seuls.

Nous devons marcher longtemps tous les deux,
Longer les plages noires, dans la voix muette des solitudes,
Et lover nos pas dans le creux des voûtes stellaires,
dans les constellations d’étoiles ;
La lumière unique de nos yeux aciers et sables,
pénètre nos cœurs étroits, si déchirés.

Carapaces de pierre, pantins de bois et de lierre,
et ce miroir sans double, ni sujet, ni fond,
enveloppent les divins marcheurs
surgis des horizons lents et muets.
À la vitesse de minuit, aux temps affreux, sans aiguilles,
et qui ne passent vraiment jamais.

Les minutes tiennes, fugues, avalées
et si longues ; si denses et si entières,
cognent aux carreaux de nos yeux liquides.
Venus des infinies douleurs,
nos yeux vitreux de spectres,
ceux qui abattent l’espoir ; les liseurs de nuits.

Souffrance, moi, toi et nous,
viandes mortes et sans âme, ni directions,
ll n’y a plus rien ici qui survit,
dans ce monde privé, corps, seul et affreux,
que le son, le geste et la lumière vague, si lointains,
bientôt disparus des vaisseaux-visages.

Là où les corps trépassent, sang-liquide,
ombre et flou, sans arrêt, ni terreur,
ce sang noir qui crie si longtemps
dans l’oreille coupée du vaste silence.
Rien ne dépasse les tactiques noires,
et les chevaux blancs d’écume,
des habitants du monde unique fermé,
cerné par l’horrible sceau du secret.

La navigation des vaisseaux-visages futurs
à la cadence des vastes mirages,
droite et hésitante, seule,
fixée dans l’anneau continu et infini des écrans.
Cette réticulation d’enfer qui signifie tout et rien,
ni quoi, ni qui, ni où, ni quand, ni personne.

Et l’enveloppe du livre devant nous ;
l’enveloppe de chair et de sang,
ces papiers fragiles de l’humain,
cette masse plieuse, d’automate bestial et sans but,
où descendent pour lire, nos regards,
mécaniques de l’allure, visages sans traits,
âmes des morts et démons, à l’orbite creuse.

MP – 12/02/2020