Le Signe

Le réseau d’absence de nous dans le grand livre ;
Sons, visages, pressions, clignotements,
vastes forêts d’où sont issus nos gestes.
Par les lignes longues, percées, qui alignent nos corps immobiles,
où s’entrechoquent toutes les froides attentes,
à chaque vitre-écran hurlée par l’empereur noir des Signes,
tournées vers le mal, les folies souffrantes, les frôlements.

Les machines du spectre-livre immense,
et ses signaux navigants par devant nous ;
de l’art de tout figer, par symboles noirs et fixes,
sort cette configuration folle de passés-futurs.
Le spectre-divin surgit des pages qui nous regarde,
ma compagne électrique, mon seul espace-temps.
Lente figuration du vide, du désir projeté,
des réticulaires signes et mon amour vivant.

Ma musique dense, si tu n’es pas venue pour rien,
j’irai n’importe où ailleurs hors du grand Signe-figé,
dans ce monde de bêtes, de signaux et de machines,
pour mourir enfin, vague dans un grand silence.
A chaque nouveau règne et pouvoir détruits ;
nos corps aimants, obliques et si seuls.

Nous devons marcher longtemps tous les deux,
Longer les plages noires, dans la voix muette des solitudes,
Et lover nos pas dans le creux des voûtes stellaires,
dans les constellations d’étoiles ;
La lumière unique de nos yeux aciers et sables,
pénètre nos cœurs étroits, si déchirés.

Carapaces de pierre, pantins de bois et de lierre,
et ce miroir sans double, ni sujet, ni fond,
enveloppent les divins marcheurs
surgis des horizons lents et muets.
À la vitesse de minuit, aux temps affreux, sans aiguilles,
et qui ne passent vraiment jamais.

Les minutes tiennes, fugues, avalées
et si longues ; si denses et si entières,
cognent aux carreaux de nos yeux liquides.
Venus des infinies douleurs,
nos yeux vitreux de spectres,
ceux qui abattent l’espoir ; les liseurs de nuits.

Souffrance, moi, toi et nous,
viandes mortes et sans âme, ni directions,
ll n’y a plus rien ici qui survit,
dans ce monde privé, corps, seul et affreux,
que le son, le geste et la lumière vague, si lointains,
bientôt disparus des vaisseaux-visages.

Là où les corps trépassent, sang-liquide,
ombre et flou, sans arrêt, ni terreur,
ce sang noir qui crie si longtemps
dans l’oreille coupée du vaste silence.
Rien ne dépasse les tactiques noires,
et les chevaux blancs d’écume,
des habitants du monde unique fermé,
cerné par l’horrible sceau du secret.

La navigation des vaisseaux-visages futurs
à la cadence des vastes mirages,
droite et hésitante, seule,
fixée dans l’anneau continu et infini des écrans.
Cette réticulation d’enfer qui signifie tout et rien,
ni quoi, ni qui, ni où, ni quand, ni personne.

Et l’enveloppe du livre devant nous ;
l’enveloppe de chair et de sang,
ces papiers fragiles de l’humain,
cette masse plieuse, d’automate bestial et sans but,
où descendent pour lire, nos regards,
mécaniques de l’allure, visages sans traits,
âmes des morts et démons, à l’orbite creuse.

MP – 12/02/2020