Médusa

Les rives du sang amer, liquide noir dégouline sur nos traces de bêtes digitales,
Ses mains gantées qui touchent les extrémités de nos membres fantômes,
Nos corps instruments ; enfants aux signes devenus armes,
Prières nombreuses aux larmes glissées entre les griffes des pingouins infects,
Dirigeants costumés des masses grouillantes, esclaves des orbites aveugles,
Filant dans l’arrière monde ultime et l’outil-machine installé des langages,
Devenir encore ailleurs, corps et signes différents, sans humains et autres ;

Une sensation de terreur diffuse, incarnée, devenue par les masques jetés,
La brûlure sans fin de ce temps publique et morne de signaux,
Nos lentes certitudes fières, organisées qui ne passent plus parmi nous,
L’ange du désastre qui éructe et se tient droit dans cet automate-réseau mort,
J’ai l’impression du rythme sourd et lent à l’intérieur du crâne-monde,
Ce filet noir du réseau intact ; oiseau fier et immense,

Ce battement du cœur-monde sanglant, figé et morne,
Cycle de chairs, battant dans les astres mornes et liquides,
Accompagnent sans mots-douleurs, le mouvement des blancs morts, marginaux,
Par ce masque uniforme, partout, rigide et opaque, les signes entiers et intacts,
Ne parviennent plus ni ne vont et ne viennent plus jamais nulle part, ailleurs,
Le même visage Humain est devenu vierge, blanc, lisse et sans traits ;
Ce visage muet d’une bête noire, réticulaire et sacrée,

Regarde moi bien, fixe, bête étrange, désirée, dans la silhouette humaine,
L’humain formel du signe abandonné et sans une parole ni un verbe à lui,
Ce qu’ils nomment le sachant ; le fou, l’absent du vivre, du corps-forme et du parler,
L’extra-ordinaire devenu l’ordinaire, ce corps divin sans fonctions, fins, ni usages,
Je veux vivre en toi, Médusa, amour, pétrifié dans le sombre appel,
dans cette passion du sans attaches utiles,

T’aimer, voir, venir, te sentir, Médusa, et revenir tout contre tes peaux-membranes, métalliques,
Machine à danser, boire, liquide, signifier et éructer dans la bouche parlante des automates,
Médias, ultimes, revenir et sans égards, feu, ni signes pour personne, elle-même parle,
Et on l’écoute partout toujours, attentifs et plein de concentrations belles,
Les mots de ses bouches monstres et closes sont figés dans le masque tout vierge.
Ses paroles signées, bues, avalées sur les lèvres des enfants-morts.

MP – 11.12.2019

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *