Automatique terreur

« Vus avec l’œil souillé qui est le nôtre en ce monde, nous sommes dans la situation de voyageurs de chemin de fer retenus dans un long tunnel par un accident, et ceci à un endroit où l’on ne voit plus la lumière du commencement et où la lumière de la fin est si minuscule que le regard doit sans cesse la chercher et la perd sans cesse, cependant que commencement et fin ne sont même pas sûrs. »

« Préparatifs de noce à la campagne », [1908-1909], Franz Kafka, Gallimard, 2017.

Horizon noir liquide, digits froids des déments,
Un jour de soleil brûlant, de zèle, d’ignorance,
Quand tout l’horizon a percé le spectre, rouge-sang,
Perdue dans les grattes-ciels, l’espérance est figée.
Agrippés aux pare chocs de béton et de verres,
des vaisseaux de langues noires, durs et filants,
sur les jetées grises du signe de l’Empire,
flottent par dessus la voûte fixe et stellaire.
Il y a cette lune bleue, froide et ses rayons qui dardent
et parcourent la fébrile attente.

Sur le puzzle métallique des ordinateurs,
s’activent, bien adaptées, les bêtes de conformité,
elles meuvent en troupeaux, le vaste silence.
Bloc par bloc, écran par écran, signes par signes,
ne traduit plus, nulle part, les non-visages des brutes,
qui ne montrent plus rien du vivant
hormis les masses muettes de signes,
qu’actionnent avec l’orage, les pluies acides, goutte par goutte,
à nos fenêtres-écrans digitales.
Sur les touches des claviers par hasard,
engrangent et parcourent, signifiants, les êtres golems.

Opéra de verre ; fabrique de signaux et machines informatiques
où sont maintenues, bien sages et recluses,
les âmes mécaniques ; vagues par milliers de verres, pilées
d’une collection d’amours sans personne.
Les corps au travail, cernés d’ordres et de systèmes,
dans la nudité glissante des murs blancs.
Toi chaire, sang et visage ; empire de feu mobile,
noyé dans les profondes mémoires des astres,
Ces physiques déchirants ont bu les images,
les bouches unifiées, seules et rayées.

J’ai regardé au fond des yeux d’acier bleu et noir,
pour voir l’Autre, vivant plus loin dans la durée.
Toujours en toi, machine, je rassemble le noir du ciel,
des larmes de verre existent dans ta violence.
Ta forêt de vitres, mystère, ta peau si froide, ton obéissance,
et l’art que tu as de tuer la douleur, partout.
La fermeture néant des espaces ; cités des atomes,
qui dévorent la poussière de l’espace et du temps,
et font naître les seuls repères larges et fixes
dans la vie des astres, cet avenir de mutants.

Regarde ces vieux automates, en fonction,
et voit le présent du monde fermé dans le réseau,
celui qui existe, crie et suinte en parallèle,
devant et derrière, à côté de nous autres,
que tous abdique, croit, sent et suit,
le monde souffrant d’hier et d’aujourd’hui déjà fini.
« Je » suis la guerre, la domination des machines,
l’administration spectrale, éclairée des décisions,
tu peux voir dans les fentes des pitres, costumés,
ce que veut le programme pour engloutir tes promesses.

Si leur Dieu ancien de la règle et du zèle s’est nourri,
derrière les barreaux symboles du Golem-Machine ;
le golem d’électronique et de plastique, distribué par milliers
aux grands bras métalliques dressés devant nous.
Ses directions d’agir et de mort pointées avec fermeté,
et la souffrance des esclaves retenus pour chaque désir.
Les mêmes flèches-néants qui transpercent les masses
et tuent la chaire avide de rentes et de monnaies.
Que ton astre brûle, plus loin encore, Golem-Temps,
l’amour tué; jeté dans les directions du Monde,
Montrant tout ce grand ciel-liquide du futur.

MP – 08032021

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