« Comment faudrait-il donc appeler un homme qui ne pourrait comprendre le concept ‘Dieu’, qui ne parviendrait pas à voir comment un être raisonnable peut bien prendre ce mot au sérieux ? Devrions nous dire qu’il souffre d’une cécité ? »
Ludwig Wittgenstein, « Remarques sur la Philosophie de la Psychologie I », §213, Trad. de l’allemand par Gérard Granel, TER, 1989.
Dans ce paradis d’exil, de sons, de visions, l’âme ailée, se meut,
la bête compacte et blanche, alignée par la vibration du sang,
l’autre divin-humain dans son visage-paroles singulières et souffrantes,
sous les couvercles d’or et de ciels, figés dans l’écran obscur devant soi.
L’horizon du sans lieu, qui pénètre les regards et leurs cibles,
au fond desquels, les sociétés humaines stockent les « absolus » rigides.
Excitée, l’espérance folle va au delà des images-fixes de l’obstacle,
dans un temps sans futur, ni passé ; immobile maintenant qui saigne,
par la plaie cachée du visage et le geste à l’orientation folle,
l’aspect du dieu qui descend dans nos gestes, nos attentions primitives.
Regarde autour ; la compagnie du feu ; brûler par des flammes, centaines, délivrées ;
les procédures d’évitement et d’exclusion des rattachements bien conformes.
Elles vont finir repues et sans lieux, ni formes figées, comme abandonnées.
Regarde venir de toutes les portes d’exil, les prières des fous,
déployées partout, ces espérances nues, dans le vacarme de la vie.
Avant que ne suffoque le grand oiseau noir qu’a fixé la terreur d’être.
Remplir d’une infecte bouillie, le visage du grand dieu-clown fixé,
avant que ne sortent les défilés militaires des minuscules signaux-pantins.
Il reste à devenir, hors du Monde figé, à vivre, rêver et aimer l’entier naufrage,
de toute cette création nouvelle venue battre dans nos ventres tout chaud.
L’empire noir du sensible ; des signaux fixes effondrés dans les nuages de cendres,
les foules de psycho-comptables ; leur calcul mental est une science du réduit, exact.
Par ce même instinct solide du sang qui surveille toujours les destinations,
des petites créatures-symboles jetées sur la toile blanche qui s’agitent ;
l’alphabet de ces monstres ne sert à rien sinon à creuser la distance.
Avant que ne s’effondrent enfin les masses compactes de signes,
des affreuses sorties dehors que le vent froid à soufflé et fait disparaître.
Je vois ton étoile qui brille, dieu ; lumière qui brûle dans la nuit la plus sombre,
qui guide les prieurs, leurs désolations, dans les pas du destin du Monde,
Viens avec nous, étranger, pour sentir enfin le bonheur d’être libre.
Une simplicité et une tendresse proche d’un corps nu, divin, aimant,
Sans plans, ni comètes, ni étoiles figées dans la nuit,
Sans lois, ni prévisions qui bloquent, fixent et excluent.
Je vois le visage du père qui bascule ; sa terreur immobile et sa souffrance,
et j’ai pris la douleur qui est la sienne dans mon sang.
MP – 30052021
