« Les lavis bleus de l’aube se diluent doucement.
Posé sur son buvard de brume
Chaque arbre est un dessin d’herbier –
Mémoire accroissant cercle à cercle
Une série d’alliances.
Purs de clabaudage et d’avortements,
Plus vrais que des femmes,
Ils sont de semaison si simple !
Frôlant les souffles déliés
Mais plongeant profond dans l’histoire […] »Sylvia Plath, « Arbres d’hiver » in « Poèmes 1959-1963 », « Œuvres », Quarto, Gallimard, 2011.
Les arbres jonchés d’âmes neuves et de doux feuillages,
déployant leurs bras tachés de solitude vers le ciel,
ruisselant par tous les pores, la pluie froide de l’hiver ;
ces bras d’étoiles et de sève, aux racines lentes,
Ces bras de brume rose, étirés dans la houle,
au vacarme des eaux brisées, en faille d’ombres brunes,
volent par le chemin de gravier au milieu des astres ;
puis se perdent derrière la voix des marbres déserts.
Au centre du cercle lumineux, organique et froid,
se tient dressé, haut, le monstre-métronome, rouge-sang,
aux membres, orbites et têtes posés là contre le soleil.
Brûlures de glace, flammes rampantes au milieu,
La chute du ciel gris dans les arbres,
les feuilles volantes, fragiles, aux couleurs interdites,
et le son des cerveaux, happé dans la nuit, qui s’éteint,
la demeure des fantômes, là, ici, tracée en silence,
faite de fruits d’éponges et d’arceaux de troncs métalliques.
Tu vaques paisible, langue, dans le creux de ma respiration,
emportant le fil, sereine, de tes occupations de reine ;
avec toi, naissent et meurent, les brillants souvenirs.
MP – 21/09/2021
