La haine des pauvres

L’interprétation régressive des relations à une « aura » sacralisée – leader charismatique fasciste et raciste et autorité des « vieilles lunes noires » – dans la construction romantique de l’action publique avance l’argument d’authenticité issue d’une métaphysique de l’identité culturelle contre l’invasion de l’étranger ; pauvre et humble. Par les instruments d’un pouvoir symbolique aliéné aux puissances capitalistes traditionalistes, cupides et spectaculaires, le terreau d’un nouveau « monstre idéologique » se forme lentement pour glorifier la nation, l’identité vengeresse et le récit national.

La régression fasciste actuelle applique à la réalité sociale des mots-vignettes formant des signaux d’adhésion et de rejet, hors contexte, qui ne signifient rien si ce n’est l’intention haineuse de sortir violemment l’autre, l’étranger et le pauvre de son espace et de son temps de vie ordinaire. L’objectif d’une politique de la haine est ainsi de détruire partout l’autre (étrangers, opposants, femmes, pauvres, jeunes, malades, dépendants, LGBTQIA+) du fait même de son existence et de ses qualités essentielles ; de préserver son « lebensraum ».

Car le pauvre et le humble – celui qui demande notre aide et notre soin de tous les jours – fait honte, rend si faible, et inspire la peur panique de se voir réduit à son tour à son état social économique par la magie d’une contagion irrationnelle décelée tous les jours dans la matière même d’un langage idéologique, « mort », et sclérosé (regroupement identitaire, identité nationale, assimilation, bloc national, assistés « sociaux »).

La crainte théorisée du grand remplacement est ainsi devenue la crainte collective du grand déclassement ; l’incompréhension prônée comme un art pur du mépris social de classes. Dans le fascisme ambiant où les cibles politiques sont les adeptes imaginaires du grand remplacement, de l’écologie radicale, du féminisme , et de l’annulation de traditions culturelles fantasmées, l’argumentation est vidée de sa logique dialectique de confrontation et d’accord avec les faits historiques à l’intérieur d’une langue sociale, vivante. Tout ce qui se dit est faux et le faux ne se remarque même plus.

Dans cette forme de souci permanent du dire moi « authentique » sont avancés tous les aspects occultant qui nient la relation ordinaire entre humains, machines et vivants. Notamment, le surinvestissement dans le groupe de traditions valorisées par projection du même et de l’identique partout, la réduction aux affects comme matières d’analyse irrationnelle et la prétention à instruire le procès d’un intérieur social substantiel et d’un psychisme « collectif » (une Nation unique) en voie de redressage idéologique et de rééducation « morale » permanente.

Ce procès des individualités honteuses ou coupables d’exister par elles-mêmes dans la différence et dans l’errance « sociale » des pauvres et des humbles, répond à un objectif des psycho-pouvoirs de mainmise sur les organisations sociales par l’imitation sélective et économique des conduites admises ou refusées dans la performance des dispositifs techniques et culturels d’un « social-texte » bien conforme, régressif et dangereux.

Non seulement, les fascistes dominants prétendent restaurer une identité nationale mythique attaquée et pour eux perdue mais ils prônent également avec violence « le massacre » social des ennemis de l’intérieur [chômeurs, étrangers, pauvres, déviants naturels, et bientôt juifs et musulmans] et la restauration d’un prétendu âge d’or politique et culturel. Leurs systèmes de communication fonctionnent ainsi en boucle fermée 24h sur 24 pour s’auto-confirmer en permanence et isoler un public captif de citoyens prêts à soutenir les candidatures de la haine en 2022/2024 dans notre vieille Europe et en Amérique.

Fragments d’un monde détruit – 10

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