Oiseaux

Toute la nuit, dans la cour de granit, d’invisibles chats
Ont hurlé comme des femmes, ou des instruments désaccordés.
Déjà il sent la lumière du jour, sa maladie blanche,
Qui grimpe avec son plein chapeau de répétitions dérisoires.
La ville est une carte de joyeux gazouillis maintenant,
Et partout les gens, l’œil mica argenté et vide,
Se rendent à leur travail en rangs, comme s’ils sortaient d’un lavage de cerveaux.

Sylvia Plath, « Insomniaque », Poèmes, 1959-1963 in « Œuvres », Quarto, Gallimard, 2011.

Oiseau ; toi qui cries dans les sans-faces et les circuits de gestes vibrants,
Du son horrible et des lumières vives que la nuit projette à n’en plus finir,
Dans les complexes d’objets aux attitudes figées, les dispositions arrêtées,
Ne viens plus, je t’en prie, piquer au fond du corps, les traces lumineuses,
Ces images acoustiques qui veillent au détour de chaque son précis,

Oiseau ; laisse-moi vivre à nouveau le songe infini du futur,
laisse planer tes ailes fixées dans l’objet, tes ailes sucrées nous scotchent,
les mêmes désirs des morts-vivants, ces marchands d’instants-minutes et de veilles,
Les masses débiles figées sur les écrans multiples, les corps infinis et gisants,
Tous projetés dans un cirque mobile de signes et d’images-objets,

Oiseau ; toi qui au dehors des cirques affreux, voles et dresses le monde ailleurs,
Quand tu pénètres dans la bouche des fantômes, à la remontée du sang,
Ne laisse pas de traces spectrales, ces tronçonneuses pleine de chairs,
Laisse-moi tout seul et fier, vivre près des choses, et des êtres aimés,
Laisse-moi encore du temps avant que ne se soit figée dans l’espace, la blancheur,

Oiseau ; le rêve de pluie doit laver le cri immense et la douleur des vaisseaux,
Dans le crâne percé du défiguré, cette plaie ouverte, large et vibrante,
Ce visage sans lieux, ni paroles, ni affreuses et humaines faces,
Qui marquent toutes le lien tirant vers l’ailleurs et les sans voix,
Laisse-moi vivre tout près du mort aimé, cet amour du sang transmis,

Oiseau ; toi débile, feuillette, aux crânes minuscules, et aux rythmes affreux,
La Nature à la sauvagerie même des scansions, des chemins et des traces,
Il n’y a plus rien que tes cris aigus qui drainent le circuit d’horreur,
Tu as l’art de conduire et de vomir la prédiction des forces, du destin,
Toujours le même, oiseau ; rouge, cyan et noir ; couleurs de nuit et de temps.

MP – 02092021

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