Construire une liberté de sujet politique revient aussi à comprendre ses relations à des lieux et des temps à soi et ressentir ses propres capacités réflexives et expressives dans un autre que soi. Cette autodétermination du soi dans l’étranger nécessite une réelle disponibilité expressive dans un espace-temps du discours et de la communication nouveau. Cet espace-temps médiumnique doit être non saturé par des médiums hyper-conservateurs qui stimulent des réactions immédiates de rejet, de conformité et de repli.
Des formes de cristallisation de l’interaction-communication dominante dans le système social par des dispositifs socio-techniques dirigés par des réactionnaires [« Cnews » et « Valeurs actuelles » pour ne citer que des médias « droitiers-dominants » qui polarisent l’attention actuelle] s’appuient sur une relation d’assujettissement des agents humains et non-humains à des techniques de réduction tyrannique des moyens, des formes et des enjeux du débat. La rhétorique de la peur, de l’invasion migratoire, de l’essentialisme identitaire, la désignation de l’ennemi intérieur, le retour à un âge d’or ; toutes ces techniques d’occultation de nos différences doivent être explicitées, combattues et détruites.
Les formes les plus réactionnaires et régressives de communication annulent les critères de rationalité minimale du débat public pour emporter l’adhésion de groupes cibles de consommateurs de l’Information. Ainsi en maniant « ad nauseum » l’épouvantail de « l’islamo-gauchisme » et par l’identification des ennemis de la société à l’aide d’autres pseudo-concepts fumeux tels que le « wokisme », la « régression féministe » et autres imbécillités profondes, les tacticiens de ces îlots médiatiques dangereux tentent de décrédibiliser tous les opposants sérieux à leurs réactions ultra-conservatrices. Leur pseudo-réalité alternative n’est pas la nôtre et ne deviendra jamais la nôtre.
Femmes, étrangers, fous, jeunes, pauvres, exilés et vulnérables du système hyper-capitaliste, le combat psychologique et politique contre ces formes de communication régressives et les modèles économiques et politiques de prédation reliés appellent toutes les contagions progressistes dans une démocratie « vitale » et tolérante qui fait du sérieux de l’engagement écologique, social et solidaire une valeur de combat, de progrès et de refuge.
Est-ce possible de supporter des moyens d’expression qui font le jeu des extrêmes droites violentes, qui stimulent la crainte collective et la haine, sans faire du combat contre la société paternaliste et les institutions autoritaires et conservatrices notre présent ? Negativ nein. Nous serons leurs fins ultimes, leurs pertes, leurs risques majeurs, leurs libres « choix » et leurs joyeuses destructions par la production d’interactions de réfutation et la considération des « autres » et des vulnérables. Qu’ils perdent toute vérité à notre contact, toute socialité possible et toute adhésion au réel et que notre futur à toutes et tous dans ce monde pluriel reste ouvert !
Fragments d’un monde détruit – 9
