Rythmique du sang

Mais l’ombre qui est désormais en nous couvre
de plus en plus de temps, desserre tout lien

avec la vie qui, encore, nous porte en vain
une force amère de vivre et de comprendre…

Ah, ce que tu veux savoir, jeune homme
mourra dans ton mutisme, et dans notre silence.

Pier Paolo Pasolini, « À un adolescent » in « Poèmes de jeunesse et quelques autres », Gallimard, 1995.

Au flanc des coteaux de pierre, muent des lichens,
entortillés sur des fils de fer, en direction du large ;
la tempête encore loin tonne de lentes grisailles,
tapisserie de l’hiver où le froid ronge les entrailles.
Sur les théâtres morts en bas des plages, roulent,
des aboiements festifs tenus en laisse, longtemps.

La grève derrière le sable, met l’océan à la trappe,
soudain plus rien des fracas des eaux ne s’entend.
Aux fleurs qui poussent sur les tempes du monstre,
l’égaré à la griffe d’écume que le temps fait mentir,
revenu par le fiel du limon, à la vague titube,
sur le triangle pointu des aiguilles, de cuivre faite.

À forte distance encore sonne la pendule à la bouche
creusée d’un trou noir plus profond qu’un puits,
s’agite le râle dans l’hiver, du géant de dune morte.
Disposés au hasard des pluies, des brasiers rutilent,
qu’entourent les museaux de naître sans jamais de répit.

L’horizon tangue des étendues d’or brillantes
et ploie sous le bruit lourd des vagues ; à l’infini,
les sans lieux font le parcours des mers,
depuis les pointes des archipels à la découpure,
jusqu’aux bouillons de bile noire et rouge.
Le temps s’est juste là, couché,
arrimant de vagues excuses à son trajet sans but, ni début.

La course à la gueule de bave rouge, s’est mise à frémir,
une eau brûlée semée de fleurs transparentes.
Tout autour des pointeurs à l’indication brisée,
sont réunis les hommes à tête de chiens,
cravatés de tôles plates, aussi lisse que le silence,
devant les pupitres aux pieds taillées de cercle d’eau,

bras et jambes tendus dans un équilibre partial,
miment les mouvements d’une cisaille autonome,
flanqués du battement des perces-esprits.
Certains vrombissent des chuintements de morts nés,
des gorges interrompues, à d’autres se taisent,
la sève d’océan fume au bas des plages.

Aux quatre antipodes, vivent les soirs sans heures,
baignés du plus haut liquide à l’odeur cramoisie.
Les fumerolles montent une à une, à la pointe des nuages ;
des pierres au centre, posées autour des cendres de l’homme,
à la course sans fin, battent tous les cœurs des chiens.

MP – 23/04/2021

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