L’Esprit rédempteur

« The problem of restoring to the world original and eternal beauty is solved by the redemption of the soul. The ruin or the blank that we see, when we look at nature, is in our own eye. The axis of vision is not coincident with the axis of things and so they appear not transparent but opaque. The reason why the worlds lacks unity, and lies broken and in heaps, is because man is disunited with himself. He cannot be a naturalist until he satisfies all the demands of the spirit. »

Ralph Waldo Emerson, « Prospects VII » in « Nature », « Selected Essays », p.79, The Penguin American Library, 1982.

Crédit Photo : Romuald Chilard

Des morceaux de soleil ont découpés la pièce du jour,
l’air est doux et fin, rien ni personne ne t’attends,
seule la mémoire s’entend dire, « au revoir » des ailleurs ;
les souvenirs du grand-père à la canne de bois sculptée,
dont les pas lourds résonnent encore à cette fin du jour,
la mémoire d’eaux vives et de vagues écumantes,
et le sable dans le creux du lit qui pique délicieusement.

Le grand-père à la moustache blanche et à l’air sévère,
que le papillon un instant choisi pour une épaule accueillante,
avec un léger balancement et le tic-tac de la pendule …
Tu ramènes des couleurs précises, des ocres sables,
des rouges vermeils, des tâches blanches et or,
en revoyant les ailes du papillon délicatement posé comme un diamant, sur la peau brune ouverte par un t-shirt blanc et ouvert,

et la vision de ce souvenir, précis, de cette image mentale,
se referme pour cueillir hors du temps, la délicieuse saveur,
la texture sensible de cet être vivant …
Le flux continuel du temps qui ne s’arrête jamais
est subitement coupé par l’instant paradoxal de l’image,
quand tu refermes les yeux pour protéger ce présent,
quand tu touches la pierre avec la paume de tes mains,
rien ne peut éviter de ne pas s’enfuir, de s’échapper,

car l’ici est maintenant, de la vie froide et sans secours,
et le temps file toujours et quand même entre tes doigts,
à une allure de vertige et de liaisons invisibles,
tu pressens la nature sensible de l’insecte multicolore,
et aucun autre moment n’est là présent,
avec le disparu, le mort, le fantôme,
le papillon sur l’épaule, la cendre, et le murmure du dehors …

Ah quand je touche la main froide du cadavre,
dans l’espace climatisé des morgues,
ces bâtiments anonymes et horribles, à l’usage réglementé,
au parfum synthétique écœurant qui fixe les choses et les êtres,
que reste t-il de toi Dieu, Nature et organe,
le souffle de la vie, la voix et le papillon sur l’épaule,
dans ce morceau de chair glacé, cette pure extrémité,
le maquillage épais et vulgaire ; la manipulation du corps …

Tu revois l’iris rouge, noir et sable, le mouvement de l’âme,
et le temps respire doucement, hors de ces yeux vitreux,
il garde en lui les formes du vivant, la logique de la nécessité,
il est pénétré d’une forme papillon, gracieuse, fine et légère,
que l’on aimerait toucher au delà d’elle-même,
en respectant les lois de la Nature, l’âme centrale et divine,
ses expressions hétérogènes et ses symboles ultimes …

Je te suis reconnaissant toi Nature, Esprit du monde libre,
j’appartiens à rien ; dans cet infini, personne ne me commande,
et la sympathie étrange de tout être vivant à son milieu,
est une connexion forte, une manière d’agir et de parler.
Tu résistes là bas dans sa mémoire, dans sa vision,
avec le disparu, la tension dramatique de ce souvenir,
a creusée les nuages, les galaxies, d’une forme nouvelle,
transformée les êtres et les machines tout autour de moi.

MP – 05042025

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