Les contre-forces d’une régression centrale de la vie en démocratie que nous pensions mener à l’européenne et qui questionnent la possibilité d’une vie libre et en sécurité sur le continent sont 1) la guerre de matériel et de position lancée au milieu des terres de l’Europe par un agresseur impérialiste (La Russie) contre une démocratie (L’Ukraine), agresseur qui rejette toutes injonctions ou règles de l’ordre trans-national et participe activement à des opérations de propagande visant à déstabiliser les opinions publiques (toutes les techniques d’infos-guerres pratiquées dans les mémoires des victimes et dans le cyberespace par des proxys ou des chasseurs de primes), 2) une vague de fond venue de l’extrême droite post-fasciste (Italie), traditionaliste (Pologne), identitaire (France), autoritaire (Allemagne) qui défend un mouvement de convergence large de réduction des libertés individuelles ; limitation des droits d’expression, durcissement des règles d’immigration, exclusion des minorités culturelles dans un ethno-différencialisme, lutte contre « l’idéologie du genre », la « Cancel culture », le « Wokisme » et les mouvements de défense internationale des LGBTQ+, négation des voix qui portent la lutte contre le changement climatique. Leur fond de commerce rhétorique et émotionnel est toujours l’exploitation des passions tristes, la victimisation ou l’innocence mythique attaquée et la désignation de boucs émissaires idéologiques ; haine de ce qui menace ma propre sécurité, peur pour ma santé, ma propriété et ma vie, jouissance de soi-même à l’exclusion des plus faibles – les trop nombreux qui pressent à la porte et nous envahissent – et levier d’adhérence, par la crainte imaginaire, à des idées et des croyances complotistes, racistes, antisémites, misogynes, masculinistes, climato-dénialistes et antiféministes.
Les incarnations multiples de l’extrême droite en psychologie politique sont toutes faites d’une atmosphère rance, une maladie des corps, des émotions et des jugements, un affaiblissement de la vigilance du jugement, un faible esprit critique, un rejet de la différence sociale et culturelle basé sur la défense d’une identité originelle imaginaire complètement fantasmée et irréelle. Et dans ce spectre des mouvements autoritaires en Europe (Italie, Allemagne, France, Pologne, Hongrie ..), il nous faut saisir le type de contrôle que souhaite exercer le ou la leader de ces mouvements d’extrême droite (Fratelli d’Italia, AFD, RN, Vox, Reconquêtes ..) ; une censure complexe de tout l’imaginaire démocratique, scientifique et libéral du XXI° siècle ; émancipation des jeunes et des adultes par l’éducation à l’esprit critique, lutte contre l’injustice et les discriminations par la méthode de l’intersectionnalité – études des discriminations croisées -, rapport à un soi libre et préservé de toutes manipulations ou intrusions, politiques ou religieux de la différence, respect des majorités et de la puissance culturelle et citoyenne, révolution institutionnelle par l’imaginaire du changement pragmatique … Toujours, c’est une même tentation immonde et intolérable de cerner les corps, les dresser à obéir, les fixer dans un monde de peur, de souffrance et de haine, étouffer les voix dissidentes et neutraliser les gestes communs de résistance.
Et si l’Histoire doit épuiser le champ des possibles en Politique alors n’espérons jamais qu’elle ne se répète pas dans des configurations géopolitiques différentes mais toujours, que la répétition ait lieu avec ce nœud méta-historique central qui isole et reconnaît le mouvement psychologique de transformation ; la haine des différences des peuples maudits ou élus (juifs vs musulmans vs chrétiens vs bouddhistes vs hindouistes vs …), la peur panique et/ou irrationnelle de toutes nouveautés technologiques et bio-politiques, le sentiment de repli sur soi-même comme centre du ressentiment dans l’obscurité et l’incompréhensibilité du monde passé et à venir. Combien d’années pourront nous vivre libre en Europe, dans cet intervalle historique critique 2024-2050, face aux axes autoritaires d’un véritable contre-monde antidémocratique constitué de la Russie, de la Chine, de l’Iran, de la Corée du Nord et de tous les pays alliés de circonstances funestes, qui vont choisir pour des intérêts court-termistes contre la forme de vie démocratique, le rabaissement de l’individualité épanouie, la destruction des collectifs (partis, syndicats, associations ..), l’affaiblissement du sentiment d’un esprit commun, démocratique, l’obéissance zélée aux règles d’un ordre économique surplombant la vie et les usages du monde et le rassemblement des forces de la haine (racisme, antisémitisme, virilisme terrorisant, anti-féminisme, égotisme des activités économiques (repli sur un chacun pour soi), retour à un âge d’or mythique …) contre la forme de vie démocratique. Alors qu’un enjeu si important nous mobilise – la survie des vivant.es dans la crise climatique et énergétique, – animaux, cultures, langues, sociétés, technologies – il faut toujours supporter cette incroyable impudence, ce conformisme et ce mépris des mouvements de masse issus fondamentalement du terreau idéologique de l’extrême droite, pour les formes de la démocratie, là où les libertés et les sécurités ne sont pas seulement respectées pour ce qu’elles sont en droit mais pour toute la texture sensible, affective, émotionnelle, symbolique des corps et des esprits vivants en démocratie.
Qu’est ce que cela veut dire « Vivre libre en Europe en 2024-2030 » ? Qu’est ce que cela implique de nous, de nos engagements et de nos héritages ; citoyens et citoyennes européens et européennes ? Quelles sont ces inquiétudes montantes, violentes, sournoises qui envahissent les esprit des plus jeunes et transforment la vision du monde normale d’un individu en projections folles bâties sur des techniques rhétoriques, idéologiques, schématiques, et réductrices ? Toujours comme stratégies d’argumentation, le néo-fasciste assoit son pouvoir et son emprise psychique sur la victimisation, le nativisme ; l’idée d’une pureté ethnique ou nationale, le détournement de culpabilité avec la mauvaise conscience qui ronge le haineux, la désignation de boucs émissaires commodes ; l’épouvantail qu’il soit juif, musulman, chrétien progressiste, ethnocentré ou bien féministe, trans, LGBTQ+, tout ce programme de rejet délirant de l’extrême droite exploite aussi des arguments mainstream pour dédiaboliser le corpus idéologique initial ; tout les discours d’amalgames, faux, faciles et dangereux comme la lutte contre le « Wokisme », ou le combat effrayant d’arrogance contre la supposée « Cancel culture » (tout ces micros-phénomènes qui sont exploités et tordus dans le discours du leader d’extrême droite afin de lever un mouvement d’adhérence et de croyances de masse).
Ces deux épouvantails là sont devenus ces dernières années des Chevaux de Troie de la pénétration des idées des extrêmes droites en Europe et aux États-Unis, des armes rhétoriques de la droite extrême conservatrice – en matière de mœurs, de cultures et de genres – et de l’extrême droite internationale qui permettent de stigmatiser des mouvements de progrès scientifiques (études de genres, études des cultures populaires, interdisciplinarités …) au nom d’une idéologie rance, statique ou mortifère bien adaptée à l’hyper-capitalisme de surveillance et de prédation des ressources naturelles. Car il faut bien avoir à l’esprit, les caractères majeurs d’un mouvement réactionnaire et conservateur ; le refus des différences d’où qu’elles viennent ; une différence, sociale-économique, une différence de genre, une différence d’imaginaire ou de jugements, l’homogénéité des individus par la monstration de preuves et de traces symboliques et physiques d’une conformité aux groupes, les techniques de censure de l’expression des corps qui s’ensuivent et la destruction organisée des moyens d’éducation des enfants et des adultes.
Comment continuer à vivre libre en Europe, avec cette guerre d’agression insupportable menée par un État autoritaire – La Russie – contre un État démocratique – l’Ukraine – que nous devons défendre par tous les moyens possibles et souhaitables – ceci contre tous les mouvements illibéraux et extrémistes qui s’appuient sur un axe autoritaire complexe (ici, on vient toujours faute de mieux manger dans la main des plus forts) – une ligne d’interactions stratégiques – et prétendent réorienter les politiques, les sociétés et les économies internationales. Comment ne pas voir comme une évidence critique, que tous les efforts faits pour promouvoir, rétablir, réparer la vie ordinaire de la vie démocratique sont des mouvements majeurs de ré-instauration de régimes politiques démocratiques qui respectent la vie ordinaire des vivants pris dans des crises climatiques et géopolitiques extraordinaires. Et les catastrophes issues des dérèglements climatiques demeurent là à chaque événement tragique pour nous rappeler la puissance et la fragilité de la démocratie. Promouvoir des liens sociaux actifs, encourager les solidarités trans-nationales, supporter le ressentiment, vaincre la haine de soi, avec tous ces mouvements d’opposant.es qui font la démocratie, fait partie du travail sur soi, de l’activité délibérative globale, des citoyens et citoyennes des démocraties et des régimes autoritaires de l’Europe. Placée sur cette ligne horizontale, anthropologique, la mobilisation d’une vision du monde et des événements historiques plus simples, plus ordinaires, plus démocratiques, accompagne un mouvement parallèle de transformation culturelle des masses par la culture populaire, et les moyens d’expressions de la sensibilité démocratique au monde qui est là et qui arrive (le livre, le cinéma, les séries, la musique …).
A la veille d’élections en Europe – le 9 juin 2024 – demandons nous quel est notre principal besoin, souhait, réserve, refus ou espoir, quelle est notre soif d’avenir politique et éthique en 2024 et les années suivantes ? Quelles sont les puissances de vie nombreuses qui combattent l’idéologie mortifère de l’extrême droite ? Comment faire reculer les techniques rhétoriques des candidats et candidates du camp de la régression, de l’illusion, de l’élan vers le pire et du rejet, qui se présentent sans rire aucun, jamais, mais avec arrogance et suffisance, aux élections européennes ? Ici, peu importe le reste du monde pourvu que moi et les miens, les miennes, soient tranquilles et vivent une bonne vie, agréable, recommandable, pourvu qu’il ne m’arrive rien, que je reste fort et que les autres soient avec moi contre le monde … Ici c’est le rabaissement vers le jeu dramatique de l’Ego, le virilisme des malades, le rêve d’un âge d’or, la tristesse de vivre, la projection « tautiste » qui forment le fond, terrible et mauvais des dynamiques réactionnaires en Europe et ailleurs.
Et tous ces mouvements psychologiques, économiques et politiques qui sont malheureusement et tragiquement soutenus par des acteurs clés – États il-libéraux, conservateurs, religieux, médiacraties, sociétés privées, industriels – ont une capacité de diffusion de propagandes élevée car leurs régimes de discours autoritaires sont faciles, rapportent gros, parient sur les émotions négatives toujours certaines (peur, culpabilité, tristesse et haine principalement ..). Ces régimes de discours ou ces systèmes de mots d’ordre – branchés sur la communication d’influence – savent s’adapter aux crises en tous genres et déploient une sorte de monde virtuel, tactique, psychologique et médiatique dans lequel les citoyens et citoyennes pris.es dans leurs fabriques de projections illusoires, mais agréables et stimulantes, commandent des rêves d’avenir en votant pour le ou la leader d’extrême droite ; rêves imbéciles qui se transformeront inéluctablement en drames historiques.
Fragments d’un monde détruit – 119
