« Plus l’homme est développé (c’est à dire libre), plus son comportement est éloigné de la finalité qui est investie dans sa structure corporelle en tant que telle et dans la nature involontaire de cette dernière. A cause de la distance qui existe entre la réalité physiologique de l’organisme humain et son comportement pratique, l’homme peut en principe être considéré comme la créature la plus éloignée de la finalité ; il est plutôt émancipé de la finalité qui gouverne sinon l’absence essentielle de volonté, et donc la finalité des organismes inférieurs. »
Georg Simmel, « Se tourner vers l’idée » in « Méditations sur la vie : quatre chapitres métaphysiques », p.90-91, traduit de l’allemand par Lambert Barthélémy, préfacé par Denis Thouard, [1910-11], Les éditions Circé, 2020.
Les chocs et secousses qui remontent depuis la terre,
la poussière et le vent, la lune et les étoiles,
qui pulsent au fond des crânes, cet ample mouvement du médium,
qui assure la fermeté des pensées, la nourriture …
Ah tout ce grand vacarme, inouïe, cette parure dans le silence,
dont les formes enveloppent et protègent du bruit,
nous fait tenir debout, dans la joie, la peine et la douleur,
les figures du spectre sonore qui font se joindre les motifs,
le corps et l’âme dans une danse de vie et de mort,
ce mystère d’un temps-mémoire présent, toujours là, ici,
ce maintenant qui ne passe nulle-part et qui reste beau dans l’éternité,
ce moment et cette grâce absolument fragile et puissante,
et cette absence de choses physiques, cette évanescence,
d’une forme unique, tissée de milles dessins,
qui échappe à l’œuvre tragique du temps,
qui perce les totalités sociales et maintient les volontés,
est l’impression d’une forme logée dans la mémoire,
un chemin de lumières, une marque taillée dans l’espace,
une dynamique interne qui maintient toutes forces,
vers un futur toujours anticipé, creusé par les mesures,
la résistance est dans un geste, un visage, une expression, une grammaire,
qui note chaque son parcourant tout les corps,
imprime la forme belle dans des souvenirs vivants,
par le rythme du sang, l’ouverture symphonique et la circulation,
des sons, des aiguës et des graves, des tonalités,
qui font tenir la vie sur des rails longues, infiniment brisées,
pour les foules dansantes, les pluies de larmes,
et cette lutte terrible contre l’inerte, le fixe et l’ordre,
tous les hiérarques qui supportent leurs désespérantes lettres,
ces écriteaux affreux qui barrent tout le paysage,
cet accumulation de signes qui informent des prisons,
pour les corps murés par des âmes mécaniques,
les dresseurs de torts qui surveillent, identifient et allument,
les torches noires qui saturent la nuit même de l’Esprit,
et ne devient pas le vassal, le serviteur très zélé,
qui bâtit les murs de l’indifférence,
la flèche de direction qui n’indique plus rien,
et l’immensité de l’océan, de la ville et du désert,
pour les voyageurs et créatrices des nappes sonores,
par les machines froides, les champs magnétiques,
qui comme des aimants, attirent les contraires,
font des pouvoirs des pantomimes idiots,
raclent le fond des entrailles, le sang et la peau,
transforment en vagues, les murs remplit de signes,
mélange d’écritures fixées et de sons et d’images mouvants,
le procès social, la possibilité du Temps autre par l’Esprit,
et les corps danseurs qui nagent dans les vagues,
attirent les foudres étranges, et emmènent les galaxies …
 l’intérieur du monde bât le rythme premier ..
Celui qui fait tenir la maison, fait couler le sang,
et dont les forces surnaturelles ont empêchées d’obéir,
de servir, de déléguer, les ordres des hommes-creux,
les fidèles de l’industrie du verbe et de l’action,
les spectres qui hantent toute la vie même et ses fins.
MP – 08032024
