Expression et prévision

« Peut-on imaginer des hommes qui ne connaîtraient pas le « faire-semblant », et auxquels on ne pourrait pas l’expliquer ?
Peut-on imaginer des hommes qui ne sauraient pas mentir ? – Que leur manquerait-il d’autres ? Nous serions certainement conduits à penser qu’ils ne peuvent rien inventer de toutes pièces, ni comprendre quelque chose de ce genre. »

Ludwig Wittgenstein, « L’intérieur et l’extérieur : Derniers écrits sur la philosophie de la psychologie, Tome 2, 1949-1951 », p.75, traduit de l’allemand par Gérard Granel, T.E.R., 2000.

Les images, les gestes et les sons flottent par devant nous, en mélanges,
des mouvements, des couleurs, des bruits ajoutés à l’espace-temps,
et le concret transpercé est devenu cet autre technique et hybride,
un autre temps, un autre lieu, une autre forme, perdue encore plus loin,
prévoit toutes les pensées, les images, les langages,

à la manière des automates, précis, froids, chirurgical,
qui ramènent les meutes dans la folie quotidienne,
ces matrices hybrides, machines glacées, seules et vivantes,
dont les programmes d’alerte sont faits au delà du seul monde,
pour aligner, sérialiser et exécuter, désigner le signe idoine,

que reste t-il aux corps physiques, aux styles d’expression,
à la manière d’être différentes, si les batteries de coups exercent,
par delà les sentiments, les façons de vivre, les soi-mêmes,
un régime d’actes prévus, programmés, anticipés,
le temps jamais provisoire, temporaire, simulé, ici toujours fixé,

Que peux-tu encore vouloir, pouvoir, devoir ? Ici et là, ou maintenant …
qui ne soit pas prévu, commandé, exercé, activé,
la raison froide, mécanique, le dressage de tes mouvements,
et le corps absolument prédictible, anticipé, organisé,
il nous reste quoi ? Rien ou si peu, le provisoire et l’ailleurs,

les expressions ne sont jamais des résultats,
d’une condition précise, prévue, intérieure, qui aligne les pensées et les corps,
elles demeurent en deçà de l’être vivant, dans la forme expressive et possible,
l’événement, l’action, le hasard, le motif, ou l’ailleurs,
dans la friction, l’expérience du contact, la manière de se dire soi,

les machines à lire prévoient, déterminent, anticipent,
elles alignent et réduisent les hésitations, les regrets, les stratégies,
avec des programmes parfaits, des avancées mécaniques,
et sans que jamais tu regardes au milieu des mondes,
car ici importe plus, le cirque débile et la polémique trash,

Que le monde libre, de la spontanéité, de la vie et du présent,
comme locus de contrôle, maîtrise de ce qui advient …
Possibilité du devenir et de l’émergence du groupe, du « nous » de la raison,
nous sommes là des êtres en puissance, d’expressions, de désirs et de forces,
des agents-animaux du monde commun sans remords, ni replis, ni regrets.

MP – 05012024

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