Tremblent les milles-feuilles de voix sourdes, infinies,
au bord des paroles muettes, fragiles, si ténues.
Par les mondes rapides des lames, des mains et ciseaux,
et les sans lieux des symboles froids ; coupés, adorés,
les ralentis en saccades du seul voyeur-cyclope
montrent les vidéos-drames sorties d’un grand minuit.
Des animaux brusques, aux chevelures fières et grises,
sont penchées près du vent, tout au fond du réseau.
Il fait si froid ici, plongé dans cet amas de signes,
haïs et aimés, si nombreux à perdre le souffle, la voix et le sens,
et rien ne vient plus rassurer nos faibles mémoires,
là où les enfants des signes sont déjà morts,
dans le manteau rouge et noir, sanguinolent.
Manteaux de nos peines, et grands spectacles si vides,
Qu’un œil précis, large, programmé, inspecte,
pour des vérifications de processeur et de lentes, ténébreuses
vagues, images, sons et discussions.
De la solidité brutale des traces,
sont venues toutes les procédures d’enquête,
brigades spéciales et identités dévorantes des spectres.
Femme, ta voix est belle, si nombreuse et sans lieux,
elle glisse encore fière et sans peur dans nos corps d’enfants,
je l’entends lente, certaine, nue et cristal
déchirant le voile humide du seul programme.
Dans le craquement des sans nombres,
des bouches muettes, des corps suppliciés, et du sans vivre,
Le silence immobile venu jusqu’à nous
Et son odeur froide à l’immensité vide,
Va silence cotonneux… Prison d’horreur ou rien ne survit,
Ta course n’a pas entamé les courses des masses.
Les bouches du monstre-réseau, avaleuses d’obscurité,
celui dont le sang noir partout jeté dans les corps,
irrigue le travail sans fin d’une « x » génération.
Disparaissent aux pas du vieil homme ;
les créatures noires de l’errance, du feu et de l’amour.
Sur la route, l’information est toujours égale,
parmi les arbres immenses et droits, pénètre,
dans le paysage d’automne, l’électricité des regards,
avec ses laines brunes, grisaille, s’étalant, sur la plage,
tandis que dansent les grands sceptres blanc.
Monde porté par la seule créature du silence,
créature des liens, des directions-programmes,
des objets froids veillant, et des astres.
Il y a très longtemps que jamais survivant n’est venu
et personne parmi nous n’a vraiment vu,
tomber l’errant maigre, le seigneur, le signe en croix, squelettique,
tout en bas, là près des quadrillages de béton et de sang,
du grand atelier noir qui tombe droit à l’infini
et mène toujours sûr à la froide inspection.
Qu’il tienne ouverte la paume du seigneur ancien,
entièrement vierge, croix lisse et sans faille,
Par l’oiseau blanc voletant doux aux cris affreux
l’oiseau juché en haut des astres, des refuges et des étoiles,
Là, s’est dressé le grand bâtiment de signes noirs,
dans l’immense acropole qui bouge, errante.
Jaillissent par ses fenêtres, les chiens du temps
et leurs griffes acérées, ininterrompues.
La corde vocale du réseau, vibre à l’infinie,
jouée sans images, ni écrans, ni musiques,
Le feutre des promeneurs de masses, bleu et humide,
habillé sur les corps des femmes, divins.
Glissant par tous les pores des plastiques,
et les soleils artificiels, boules de feu iniques,
Par le ramassis de peurs atroces,
l’amas du réseau électronique et sa dépouille
et les voix sans fonds, trouées, dissolues.
Au fond de l’abîme sourd de nos dialogues,
gisent les grands et sombres buvards,
Remplis de mots et de détresses séchés,
de feutres liquides et de longues promesses,
Qu’ont jetées par dessus l’épaule du monstre,
les grands soirs d’espérances.
Les enfants des mines remontent parfois à la surface,
depuis l’océan, sombre liquide, et sans détresse.
Leur codage gris dont la fixité regarde
partout cette présence occulte, que rien n’arrête,
vient frapper les jours du nouveau monde.
MP – 03/05/2020
