L’âge totalitaire

Un exercice de prospective très rudimentaire offre une vision possible du partitionnement des forces impériales à l’échelle d’une Terre souffrante et blessée par les crises climatiques et énergétiques ; l’entrée dans un nouvel âge total ou totalitaire comprend la direction par la Chine des mouvements de forces et d’interactivités géo stratégiques entre Empire Russe, démocratie américaine attaquée par l’américanisme trumpiste, régime théocratique Iranien et ses satellites islamiques radicaux, pétromonarchies autoritaires, le sionisme négationniste en Israël, l’Afrique pillée et l’Europe comme continent périphérique politiquement faible et exploitée ; cette direction idéologique globale s’appuie sur le contrôle des métaux rares et des ressources de première nécessité (l’eau et l’air) à travers la planète, le contrôle monopolistique des marchés de batteries électriques et l’exploitation de ressources naturelles pour les industries numériques, pharmaceutiques et l’Intelligence Artificielle (IA) partout où c’est possible. Vivre dans l’âge totalitaire [2030-….] c’est subir violemment la guerre de l’Information où se déploient les techniques de la confusion maximale et permanente, – le masquage de la réalité extérieure au profit de la politique du Tyran – c’est également faire l’expérience de la perte d’autonomie dans l’acte de penser et de s’exprimer. Le régime totalitaire combat la démocratie libérale – il exècre la liberté de penser, les droits humains et sociaux, la liberté sexuelle et reproductive et limite drastiquement toutes formes de capacités d’opposition par l’unicité du pouvoir central et vertical diffusé dans toutes les strates sociales et économiques.

Dans cette capture globale des libertés individuelles, l’âge politique total – l’empire Chine – concentre ses forces d’emprises psychiques sur les citoyens par l’intermédiation de milliards d’objets connectés dans un Internet sécurisé, qui inter-communiquent les positions, les jugements et les attitudes du pouvoir dans des milliards de contenus vidéos transitant dans les réseaux asociaux contrôlés par des monopoles économiques et industriels, eux mêmes à la botte du pouvoir central chinois et du parti unique. Les tentatives de chercher sa propre voix dans le concert et le compact esthétique de la voix de son maître sont systématiquement détruites par tous les moyens y compris les plus doux au travers de l’infotainment de masse et de l’économie de l’attention, qui vont divertir les citoyens d’une réalité économique si cruelle, leur montrer que le faux est le seul vrai possible, toujours disponible, facile et renouvelé, la seule promesse tenue du bonheur. La lutte contre la vérité objective – qui existe en dehors de nous, de nos représentations – est un combat permanent qui conditionne la survie du régime totalitaire ; il ne suffit pas de dire et de promouvoir le faux, il faut que le faux s’immisce dans la langue totalitaire dont les expressions travaillées par le pouvoir pour s’appauvrir, ne peuvent plus rien affirmer de sûr de la réalité, ne rien affirmer ou questionner autrement que les affirmations et les questions issues de la seule et unique représentation de la réalité qu’organise le parti, Dieu, l’Ego, le Tyran [la novlangue d’Orwell].

Le suivisme de masse c’est à dire le conformisme généralisé permis par une pression capitalistique constante sur les corps et les âmes des travailleurs des industries numériques, énergétiques et artificielles, est une pièce maîtresse de la politique de la Chine, appuyée par une culture de l’appartenance au groupe social le plus fort et une faible capacité critique individuelle due à la répression de masse [Tien’anmen, 1989] et aux absences criantes d’impacts dans l’Opinion publique d’oppositions organisées en syndicats, en partis politiques, en mouvements culturels, en associations de lutte environnementales. La manne inespérée de l’Intelligence Artificielle Générative (IAG) si elle n’est pas rapidement fragilisée en marche par son intense consommation d’Énergie, apparaît comme un outil supplémentaire de mise en coupe réglée des esprits sous la pression de normes cognitives – le résultat du prompt – et de stéréotypes bio culturels. Ici le chantage technologique et économique est si puissant qu’il menace des ordres sociaux politiques et sociaux symboliques anciens ou naturels ; de vieilles cultures peuvent disparaître sous l’effet de l’exploitation par les algorithmes propriétaires des IAG d’immenses banques de données temporalisées et limitées aux points de vue du parti unique et de ses corporations. L’Esprit de l’humanité est sans doute confronté à un défi anthropologique majeur qui recompose ses formes et ses traces symboliques et biologiques au delà des seuls résultats machines qui n’ont aucune autorité mais qui s’hybrident dans les usages sociaux techniques et capitalistiques que font les groupes humains disposant de ces nouvelles technologies de l’Esprit.

Si nous devions déterminer les quatre idéo-drames du pouvoir totalitaire ressaisis comme des formes pures, idéales ou proto typiques d’assujettissement des individus au pouvoir unique, nous représenterions ceci à nos lecteurs et lectrices :
TRANSPARENCE : la projection de la psyché du pouvoir total dans les mouvements orientés des âmes et des corps des citoyens ce qui implique un certain compact de formes esthétiques. / AUTHENTICITE : la vérification systématique des traces et des preuves d’allégeance au pouvoir central et à l’alpha-matrice de combat informationnel. / CONFORMITE : l’exclusion forte, maximale des déviants et des dissidences dans tous les champs d’exercice de la domination du pouvoir (politique, symbolique, sexuelle, écologique). / UNIVOCITE : devenir à force d’entraînement, la voix de son maître par l’imitation sélective des formes du pouvoir et le respect strict des normes cognitives qui vont décider, par l’effet statistique du groupe le plus fort, du réel et de l’illusion, du vrai et du faux. A l’intérieur de cette alpha-matrice du pouvoir central totalitaire, doivent séjourner un certain nombre d’items précieux qui informeront des fragments d’analyse à destination des démocraties libérales qui luttent déjà contre les régimes totalitaires et leurs communautés de partisans (Etats, Entreprises, Sectes). La concentration des acteurs économiques dans d’immenses monopoles (de type GAFAM), le contrôle monopolistique et oligarchique d’industries énergétique (gaz, pétroles, métaux rares) permet aux régimes totalitaires de disposer d’armes de négociations politiques pour le partage de territoires entiers (Crimée et Russie // Taïwan et Chine) et la diffusion des cultures d’adhésion symboliques à l’identité des régimes totalitaires, tout en offrant une certaine sécurité à l’intérieur des frontières des Empires.

L’emprise psychique collective ; « tout ce qui existe n’est pas ce qui existe pour moi » et l’espèce de sur présence de la psychologie du pouvoir par tous les canaux de diffusion des comportements conformes ou anormaux [dans la Médiacratie autoritaire tout est vu et décidé avant d’être compris], répond aux programmes des techno oligarchies et du capitalisme de contrôle et de surveillance qui vont consister à tuer toutes les créations déviantes, remodeler l’Esprit humain pour le faire correspondre à l’esprit collectif du parti unique ; l’Art ici est déjà une erreur de jugement politique, un art potentiellement dégénéré et l’artiste est un fou, une folle à lier, un.e malade mental.e que la sécurité des autres et sa propre sécurité impose d’enfermer en hôpital psychiatrique. Le régime totalitaire ressemble à cette théocratie dans laquelle Dieu est le parti unique qui parle par la Voix du maître possesseur des âmes citoyennes, grand timonier, visionnaire et sage parmi les sages. Le parti, l’Ego ou dieu, comme hyper-hallucinations collectives éprouvées dans la plus profonde intériorité du pseudo sujet citoyen, elle-même ressaisie comme une forteresse de la psychologie du pouvoir ; «  je veux faire le bien du parti, j’aime le parti, j’aime dieu et son incarnation qui est le parti ou la secte, je défendrai le parti contre toutes formes d’injustices et d’oppositions ». « Je » est un spectre aphone, une marionnette grammaticale, une terminaison nerveuse et psychologique du pouvoir ; il défend de lui-même ses propres aliénations morales, économiques et politiques.

Fragments d’un monde détruit – 162

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