Le rythme du Temps

« A slowly acting poison
Will be given to the favorite one
The dark horse will bring glory
To the jailer and his men
It’s always much more sporting
When there’s families in the pit
And the madness of the crowd
Is an epileptic fit
In the colosseum

No justice here, no liberty
No reason, no blame
There’s no cause to taint the sweetest taste of blood
And greetings from the nation
As we shake the hands of time
They’re taking their ovations
The vultures stay behind
In the colosseum, in the colosseum
In the colosseum tonight »

Tom Waits, « In The Colosseum » in « Bone machine », Island Records,1992.

Dans la musique belle et technique, qui coule dans nos veines,
se tiennent par milliers les foules abruptes, solitaires et joueuses,
chaque cellule ou note ouverte dans les supermarchés du vide,
les produits emballés, soupesés, terminés, prêts pour la vente,
et l’administration étroite de la vie, la mise en ordres et séries,
jette une ombre glaciale sur toutes choses …

le contraste par où s’échappent les ambiances, les traces,
et qui ramène toujours au centre, l’attention forte, des lieux fixés,
sur les cibles qui sélectionnent la source, la fin et le moyen …
Sur les unités-citoyennes, les blocs de béton mesurés, figés,
qui composent ces immeubles carrés, droits et débiles …
Ah viens ici mon ami.e, pour voir la détresse et entendre l’appel,

à l’intérieur des petits cirques des affreux, des pantomimes idiots,
ceux-là qui réagissent toujours au cordeau, rasoir-millimétré et gestes-déraison, celles-ci qui manipulent des sentiments brutaux ou sans vies …
Tous et toutes formant la clique des exécuteurs de mémoires,
les redresseurs d’âmes et de corps, toujours bien alignés,
sur la doxa propre aux plus conformes, plus nombreux, plus fermés,

Et la vision panoptique circulaire, inquiète des blessé.es, des fragiles,
a remplit tout le chant des espaces hybrides, volant sur les ailes subtiles,
marquant l’écart et la solitude extrême de soi, même en publique,
le feu saignant qui fait remonter le corps à l’instant x
pour le figer dans la souffrance, sans plus rien autour,
dans la conscience frêle des sans noms et des sans forces,

est le feu qui dévore l’intérieur des espoirs, laissant des marques,
des fumées de cendres grises et rouges, des nuages de tristesse,
qui tiendront l’âme en haleine pendant des lustres,
en la fixant sur des tableaux de verres, des motifs mobiles, des télé-viseurs, qui fabriquent le futur en recyclant des spectres-figures partout ..
Quel est ce programme de l’affreux silence, la chape de plomb et de mort ..

Et seul le son est pris dans l’architecture vivante, la divine pression,
par les petites oreilles elfiques, les lobes-ouvertures vers l’ailleurs,
le rythme et la mélodie, les vagues du sombre, qui tiennent la mémoire éveillée dans la Nuit, là l’Esprit aux aguets, le corps aux alentours.
Ah que cet étonnant effet de la musique soit remercié, à l’infini,
la maîtrise de soi, de ses gestes, la pleine mémoire des autres et du jeu vivant, l’industrielle manie qui tient le choc du désordre et de la surprise ..

MP – 23022024

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