« Visage sans image,
Sévérité – Séduction.
Ceux qui ont partagé les vêtements
En toi se sont accordés.
Chute de feuilles
Éboulis de cailloux.
Tous ceux qui criaient
En toi se sont tus.
Victoire sur la rouille
– En sang – en acier.
Ceux qui gisaient – tombés,
En toi se sont – levés. »Marina Tsvétaïéva, « Dieu », in « Insomnie et autres poèmes » [1922], p.126, Édition de Zéno Bianu, Gallimard, 2011.
C’est un voile d’illusions venu d’ailleurs et qui brouille la vision,
un déluge de signes et de gestes qui broient les intentions,
et rien ne semble plus être comme avant, il fait si froid,
ici et maintenant, je ne peux plus parler, écrire, faire signe,
en dehors de toi, autrui-vague, toi, géant sorti des ténèbres,
dont les mouvements raclent un fond d’images mentales et de sons,
par delà le mur du sommeil, à l’intérieur de nos rêves,
même là, tu es présent, quand je rêve de l’Histoire,
et qu’il n’y a plus rien au futur, en dehors de toi,
« Créatura », aux psychés-mortes, tout ces débris en arrière,
et le feu de ces autres-géants consume toutes choses.
Toujours ils me demandent, ils interrogent, ils isolent,
pour se justifier, dire de manière ultime, précise et définitive,
pour revenir vers eux, tu dois t’accommoder, près du centre,
obtenir la version finale des choses, celle qui rend la voix muette,
et sur la feuille translucide, je vois des précipices, des angoisses,
à la force desquelles, je mesure le temps parcouru,
et tout cet espace figé qu’ils partagent avec l’oubli,
est devenu glacé, troué, ombres infinies sans aspérités,
dans ces trous, fuient les consciences, les symboles et les armes,
et seul le battement des cœurs rythme ta disparition,
dans cet asséchement d’une langue terrible, la fin de toutes grâces,
produits par les machines à lire, les automates hybrides,
celles qui obtiennent des aveux, et repèrent des traces,
qui lisent à la vitesse de minuit, sans arrêts, sans oublis,
les continents d’automates, qui livrent une guerre sans noms,
ces pays étranges, où survivent des monstres, des abjections,
dont les contours précis, figurent une armée de spectres,
agissant par des télévisions-mortes branchées directement,
dans les âmes, les cœurs, et les esprits,
le schéma des foules hystériques, des grandes perditions,
de destins, de forces, de mouvements,
et rien ne compte plus ici que l’alignement, le code, la conformité,
avant que la guerre ne se produise partout, toujours,
car toujours être conforme ici, est plus rassurant ..
et la solitude qui grandit est la marque du seul destin,
le signe ou l’indice des résistant.es, celles et ceux qui brûlent leurs passions,
qui fuient la peur et la haine, celles qui paralysent et transforment,
l’individu seul rejoint la meute, sans-visages, violente …
il abdique sa condition et renonce à l’existence ..
MP – 15122023
