« Ô cœur muet des vivants hors de la vie,
Sourde musique au seuil fermé d’aujourd’hui,
Perdus, Parfaits, douleur, désir, léthargie,
Le mal de Dieu est un feu froid dans la nuit.
Le lâche appel crié vers Vous, Multitude,
Foule immobile, oscillante vers l’éternel,
A t-il atteint le ciel de la solitude ?
A t-il blessé votre innombrable sommeil ?
Vers votre horreur, Soif sans espoir est allé,
ô Frères lourds, légers au noir inconnu.
Fils de l’Esprit, dont toute force est passée,
Des profondeurs accueillez l’esprit perdu. »Catherine Pozzi, « De profundis » in « Très haut amour : poèmes et autres textes » éditions de Claire Paulhan et Lawrence Joseph,p.61, Gallimard, 2002.
Le temps a dégradé le marbre noir et veineux,
en apposant des marques et des poussières bleues et mauves,
sur les lignes des statues rigides et vieillies,
en prenant la forme fragile, vivante, pour l’isoler, la figer,
depuis le paysage inouïe devenu morne et sans restes,
l’œuvre du temps est de fissures, de blessures dans l’espace,
il amène la fin sans cesser d’accompagner le présent,
fait des corps les récepteurs du devenir inerte,
la prison de l’âme ou le seul enfermement plastique,
des impulsions dirigées, contrôlées de l’extérieur,
Regarde le contraste, la vision des choses fixées,
qui rend muette les bouches en pierres,
fait du visage un amas de boue, de traits devenus flous,
passés dans les machines à simulacres,
celles qui produisent à grandes échelles économiques,
les illusions fortes vues comme des poisons,
tout ces codes barres plantés dans les emballages,
le plastique qui déborde et la haine sociale administrée,
et la vie en réduction-miniature, le produit avant le sujet,
toute cette administration de la vie …
Et l’argile, le sable, l’eau, la pierre ont formés un monde,
tout entier fait d’un sujet vivant, aux gestes mus par une volonté,
avec le regard qui plonge, le sourire grand de beauté,
et qui réchauffe les instants, leur donne une solidité,
quel est ton monde ici, créature finie, avide de souffrances ..
qui n’est pas leur monde affreux, de réactions et de ressentis,
des calculs d’automates, aux signaux fixés dans le sang rouge vif,
des avenirs creux et dégradés, aux habits faux et colorés,
quel est ton spectre de décisions ? Ta propre demeure …
vers où convergent les amis, les amant.es, l’amour des vivant.es ;
et dire que tout redevient poussières et matières sur le sol,
est dire le destin unique, uniforme, le visage du dieu,
poussières que le vent ramasse, et emmène dans un futur,
pour faire naître, mélanger, hybrider, la vie et les vivants,
recueillir le souffle de l’âme dans le poing dressé plus haut,
Vanité, voix et amour ont des contours délicats, subtils,
par ce contraste des œuvres, vie et art, perdurent ;
au delà du silence affreux, de l’image figée dans du verre,
le verre des téléviseurs, des armes, des brouhahas,
qui coupent, dégradent les paroles et s’abstiennent de la volonté pure de vivre …
MP – 27102023
