L’homme-oiseau

« Tout fût-il dépensé pour rien, tu protestes,
L’escalier geint, ce soir personne ne t’attends,
Dans le noir, tu parcours ta galerie de gestes,
le fardier d’insomnies s’ébranle pour cent ans.


Ne t’en fais pas, toutes choses à la fin fait cendres,
Même l’oiseau dont les braises brûlent encore,
et dans la nuit sans oubli où tu vas descendre,
Son aile implorante frémit dans le décor. »

Jacques Bertin, « Aller vers la paix » in « Aux oiseaux de passage », Enregistrement public, Récital guitare – voix, 01.12.2000, Disques Velen, 2011.

L’enfant à l’oiseau : [estampe] / Boucher, 1768, Demarteau, L.né Sculp.

Il est venu le temps fragile et gracieux des oiseaux,
ceux là qui cachés paisiblement dans les arbres et volant sur les vagues,
loin des murs de la cité se découvrent à nous peu à peu,
les corps aimants par milliers dans les orages et les mers,

et le vent froid souffle dans leurs ailes bruissantes et mobiles,
le bec aiguisé rempli de pailles d’or, de sang et de flammes,
et va voir, mon amour, tout ce bruit, cette cathédrale,
aux arcs immenses qui envahissent toute mémoire,
et ne s’arrêtent jamais plus,
par ce nuage de cris compact, électriques et obsédants.

Les yeux à peine fermés, ceux et celles qui avalent la nuée sonore,
cette musique d’obsession qui résonne encore dans ta tête ..
Et qui rend étrangère à soi toutes choses, tout êtres vivants ou morts,
C’est dés l’aube que se déploient la vitesse de minuit et la nuée d’oiseaux-miens,

les sons multiples qui s’entrechoquent, circulent et deviennent,
cette eau vive de la conscience souterraine, lumineuse et sombre,
ces nappes sonores d’une couleur bleue écume et océan,
qu’as-tu fait pour devenir toi même oiseau, monstre à plumes, et à sons,
aux ailes diaphanes, vibrantes, multicolores,
caressant l’absence humide dans tes yeux ?

Tous ces oiseaux qui pleurent en chantant à l’aube dans ton âme,
vont et viennent en heurtant tous ces cadres d’horloges bien droits,
de ce temps immobile, brisé dans ta conscience,
ce morceau de verre planté sur l’arbre immense qui monte jusqu’au ciel,

Quand tu escalades ce mur sonore par la sensation,
brûlée, mouvante, et vivante de ce cri,
qui longtemps résonne encore dans ta mémoire,
Et cette liberté folle qui se meut en enveloppant les corps-oiseaux,
l’âme exposée, vulnérable, est comme cette épée aux reflets diamants,
cette lame aiguisée qui pénètre la terre, fait jaillir l’eau et rends toutes choses à nouveau vivantes ….

A vous écouter amis du ciel et de l’enfer, j’ai le cœur qui bât,
la minute dramatique et folle, le battement sourd des chronomètres,
toute cette musique du silence dont les notes en cristal,
font briller les esprits dans la nuit comme des étoiles,

Et vous êtes ce refuge lointain et proche, cet « Heimat »,
ce pays toujours là, cette angoisse de la page d’eaux bleues et blanches,
par l’oubli tant désiré de ces présences en toi infinies …
Vous êtes la présence en arrière, le décor,
l’arrière-plan qui tient tous les gestes et le sens,

Quand je me glisse à l’aurore à l’extérieur …
En ouvrant la porte de la chambre du sous-sol …
En gagnant le bruit vaste que font les oiseaux par centaines,
l’horizon s’agrandit, soudain, dans tes pupilles dilatées,
et dans ce regard double et fixe,
luit l’obsession du temps présent et arrêté.

Sur les parois du souvenir, picorent des foultitudes d’oiseaux,
des moineaux, geais, merles, corbeaux, choucas,
et leur appel est sans arrêts, sans résistances,
quand je fuis là dans la nuit ouverte, blessée et saignante,
des cris d’obscurités passants par les galaxies brillantes,
ce labyrinthe de musiques contient toutes les portes d’entrée et de sortie ..

Je vis et je meurt, en homme du rythme des oiseaux,
par ce nuage de sons, de couleurs et de mouvements …
Happé par des signes divins et demeurant au delà,
je figure le temps, plus loin encore que toi, et ce nuage
qui glisse comme une ombre dans ton regard.

MP – 10062023

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