L’imposition d’une chaîne de commandement infinie par l’autosatisfaction des opérateurs·trices du vide néo-libéral appuie là où la démence économique progresse dans le sang, les cerveaux, les nerfs, les sexes et les gestes automatiques des exécuteurs de la non-œuvre du capital. Si l’Empire a besoin de systèmes, de frontières et de fermetures, c’est d’abord parce qu’il ne peut préserver sa logique interne de constitution qu’en pénétrant habilement la volonté des humains, poussant leurs décisions vers plus de prédation, d’auto-dévoration et de destruction joyeuse.
Dans l’observation fine des gestes des paniqué·es du travail, la répétition bien synchrone, la peur de la différence, l’alignement sur l’archétype recommandé ; le soul-manager, le psycho-ambianceur, la chargée de ressources exploitables, la modératrice de réseaux, les opérateurs·trices de marchandises, sont des figures contemporaines du spectre nihiliste capitaliste. Ces types futurs du néo-libéralisme accomplissent consciencieusement les programmes d’alerte, de rejet des difformes, et du conditionnement global par l’échange de monnaies et la promotion de plastiques bio-fonctionnelles bien adaptées ; nous fournissons en couples de corps-instruments les logiques de prédation sélective des ressources, auxquelles s’allient les techniques de surconsommation d’une Nature saisie comme un stock de vivants-inertes, mobilisés partout, toujours et exploitable à l’infini.
C’est à l’inverse par le jeu créateur et la simulation parodique, grotesque, riante, des forces hyper-capitalistes, que les vivants parviennent à une potentialité de révolte et de critique forte comme à une adhésion aux valeurs d’une liberté collective possible et universelle. La fiction et la guerre de la simulation organisées amènent tous les contre-feux qui vont brûler les lignes de séparation, les tours d’ivoire, et rendre à nouveau possible l’interaction critique organisée. Le réseau et l’inter-communication symbolique à l’échelle d’une planète-monde permet la traduction des forces collectives dans le concret de nos vies.
L’hypermarché de la destruction, sa plénitude tranquille dans les sociétés de l’Empire où le capitalisme autoritaire sera dominant, possède déjà ses types purs, son zénith de sous-figures populaires ; le consommateur de corps porno-gérés sur commande, la créature aliénée du neuro-marketing, l’amateur·trice d’images marchandes et d’écosystèmes aux médiums valorisants…. Ils possèdent aussi, comme dans une vitre à double face, ses résistances pures, éco-féministes, aventuriers·ières du lien social, de l’amitié et humanistes libéraux·ales et acharné·ées.
Nos formes de représentation et de communication futures au travers du jeu et de la liberté de jouer la négation créatrice sont capables de « simuler ou montrer » les risques et l’effondrement en pariant sur la fin de l’hyper-capitalisme mortifère ; qu’importe si des types de sociétés entières doivent s’enfermer, se dégrader puis disparaître, nous ne devons pas seulement lire le futur dans nos traces digitales mais aussi présenter au monde capitaliste ses figures les plus abjectes, les plus souffrantes et les plus morbides. Prenant progressivement peur et espoir, les masses des vivants vont renverser l’ordre néo-libéral et confirmer à toutes et tous l’avenir de l’humanité dans une écologie raisonnée, radicale, et une « forme de vie » redevenue pleinement démocratique.
Fragments d’un monde détruit – 19
