Le dernier rivage

Masques engloutis au delà du vacarme,
Pierres avalées par la houle noire,
Viennent les armées d’insectes morts,
Manger les derniers os que le ressac livre,
Par milliers au bord de la plage déserte.

Là se déploient les caravanes du silence,
Lourdes et lentes à chaque courbe surmontée,
Les plaies ouvertes glissent sur l’écume évanescente,
Et saignent un liquide noir venu du ciel,
Hautes sont les tours de pailles desséchées
Qui brûlent à l’horizon sourd des ténèbres.

S’amoncelle le fracas des armes et des corps
Mélangés aux ombres grises du crépuscule ;
Le frappeur cogne à la porte du ciel,
Légions de spectres abattus dans les nuages blancs.
Le bruit de ses pas résonne dans l’immensité,
Tout autour, les nuées pleines de pluies et d’obscurité
Dressent un mur d’eau aussi dur que le rocher.

Le son du silence enroule son tapis laiteux
Sur les crânes défoncés où nagent les cerveaux ;
Les cœurs serpentent en des amas rouges et noirs,
Et nourrissent le sable mémoire qui chute à l’entrée
Des plages de feu longues et sauvages.

Sur l’île désertée par les vivants s’amoncellent les corps ;
Une foule sans visage, ni lieu pour s’éteindre,
Groupant le seul astre lumineux, brûlant au milieu du ciel,
Les couvertures de peaux grésillent et s’enfuient,

Dans la danse de midi, pour le feu qui pénètre
Le ramassis d’esclaves à la babille rapide,
Dont les tombeaux de boue et de feuillages recouvrent,
Les immeubles d’acier et de verre chauffés à blanc,
Sous la bêtise vaniteuse de ceux qui expient
Le sang mort happé dans la nuit.

MP – 20/03/2019

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