Les Larmes de Véga

La flèche du temps repose légère dans l’arc solaire.
Lorsque l’agave pointe et sort du rocher,
dans le vent au dessus d’elle ton corps est pesé
et suit avec chaque but la cadence de l’heure.

Une ombre déjà survole les Açores
et ta poitrine le grenat tremblant.
Même si l’instant se conjure avec la mort,
tu es le disque qui l’approche aveuglant.

Même si la mer versée en éclats est gâtée,
elle élève le miroir pour la poignée de sang,
et l’agave fleurit après bien des années
à l’abri des rochers, les flots ivres devant.

Ingeborg Bachmann, « Après bien des années » in « Invocation de la Grande Ourse » (1956), Gallimard, 2015.

Les ombres jetées dans l’eau noire et bleue,
Adroites et plus rapides au lever du sang du ciel,
L’émeraude, au seuil du rivage, lentement se désagrège,
et derrière se tiennent, mutants, les bras tendus,
des grands squelettes blancs couverts de visages,
dont la marche a remonté le jour depuis le continent.

Les vols des papillons blêmes au demeurant si tendres,
battent les secousses des myriades d’automne.
Les grappes gaies des oiseaux, sans doute ne vivent
un jour à peine, pour regarder l’œil à la surface.
Respiration des racines mouillées d’une pluie fine,
que le fruit tient dans sa sève, plus près du désert.

Et le jour n’a plus de passage sous le voile vert.
Il n’y a que le temps qui glisse à la rivière, le flot,
s’écoulant sinueux, rompant la glace des hivers.
Je redoutais de m’y rendre à nouveau, de faire le mort,
quand à peine on distinguait le mot écrit sur la porte,
qu’il eut fallu franchir trois lieux de la sorte.

Ah que batte encore le souffle de l’aimée,
au long des veines plus bleues que vagues.
Cette marée montante des mousses grises.
Qu’était ce bruit sorti de sous les dunes de pierre
qui faisait vibrer le cœur et moudre la tête ?
le bruit de l’étoile sans lieu, ni personne.

MP – 15022022

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