Réactions et régressions

L’immense régression des droits des femmes à disposer de leur corps par cette remise en cause d’une jurisprudence décisive pour un si grand pays comme les États-Unis (arrêt Roe v. Wade de 1973) renvoie à une même volonté historique des suprémacistes blancs de nier la liberté individuelle et la sécurité politique et la vie personnelle des femmes. Le refus d’une société politiquement libérale qui maintient la solidité du socle des droits et des valeurs démocratiques fondamentales, appartient à ceux qui font de la mauvaise conscience et de la haine des différences de genre, de race, de classe, leur principe d’identité et de survie.

A les voir discourir, éructer, parader avec violence, ces conservateurs en politique, réactionnaires en morale, souvent aussi nationalistes sur la scène internationale, préfèrent nier le changement social et la « forme de vie » démocratique plutôt qu’élargir leur inexistante conception de la tolérance sociale et politique. Le mépris des avancées historiques de la génération 1960/1970, la mise en danger des corps, le renvoi vers un arrière-monde de principes moraux affreusement pauvres et tristes, aboutissent à nier les femmes comme sujets politiques, individuels, dotés de droits.

Dans le mouvement historique des forces politiques aux États-Unis et dans les pays à forte majorité religieuse (catholique, islamique, ou évangéliste), chaque période de changement et d’ouverture est suivie d’un « backlash » ; retour de bâton féroce qui réassigne les différences à un socle de valeurs identitaires, régressives, et dangereuses pour les droits humains. Les pires obscurantistes ici se rejoignent (l’enfermement des corps des femmes par l’islam radical, l’exclusion de la maîtrise de son corps de femme par la droite évangélique américaine) dans un même mépris de la liberté sexuelle et de l’individualisme libéral.

La conviction de défendre le caractère sacré de la vie organique aboutit à enfermer l’individu-femme, ou l’individu-homme dans une conception « occulte », essentialiste, irrationnelle et excluant de leur propre corps, leurs propres sexualités et leur santé. Dans ces réformes violemment imposées, dangereuses, en faisant face à cette terrifiante argumentation des blancs dominants ou de dignitaires religieux, nous basculons dans un régime de discours autoritaire, mystique, qui n’a plus rien à voir avec la réalité sociale de la vie, ni même avec la science. Ainsi le discours réactionnaire rejette, exclut, nie l’expérience des sujets de droits que sont les femmes et les personnes LGBTQ+ qualifiées de « déviants naturels ».

Ces convictions régressives qui dessinent une même force de négation de la différence, abjects par leurs terribles comparaisons – l’avortement comme holocauste, le vice de la société libérale occidentale – lorsqu’elles obtiennent des relais politiques puissants comme aux États-Unis avec le Trumpisme, ou en Afghanistan avec les Talibans, aboutissent à une négation de la liberté individuelle et de la sécurité. Défendons à l’inverse, toujours et partout, ces deux forces du libéralisme politique historique – liberté et sécurité – par des expériences de coopération, de soins, et de multiples partages de pratiques et de symboles qui aident les femmes à vivre. Elles nous montrent l’exemple par leurs luttes féministes, leurs forces d’attachement, d’affection, créatrices de liens sociaux et leur courage partout dans le monde et sur tous les continents.

Fragments d’un monde détruit – 16

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