Les épouvantails

Voici des FUGITIFS, l’heure planétaire.
Voici des fugitifs l’exode lancinant
dans ce haut mal, la mort !

Voici la chute stellaire hors des captivités magiques
du seuil, du foyer, du pain.


Voici la pomme noire de la connaissance,
la peur ! Soleil d’amour éteint
qui fume ! Voici la fleur de la hâte,
en goutte de sueur ! Voici les chasseurs
tout de néant, d’exode seulement.

Nelly Sachs, « De fugitifs et d’exode » in « Exode et métamorphose », Verdier, 2002.

Sous la clarté lunaire, des bouquets d’astres brillent.
Des lignes de silhouettes, plantées là, vibrent au froid de l’hiver,
dans les champs de bétons, colorés de bombes-peintures.
Les façades des maisons marchent à l’aube, rectilignes,
vers les périphéries se tiennent ces grands messieurs,
vêtus de tissus bon marchés, à l’œil noir, tranchant, oblique.

Leurs silhouettes hachées d’ombres prestes et lestes,
armées d’indicateurs lents, prêts pour la bataille,
bougent sans mot dire au fond de leur triste mouroir.
Ils sont assis bien droit et observent le pendule de leurs âmes,
Faire des tours et des tours, pour l’obscurité qui vient.
Des ronds de clôtures, en images électriques les protègent.

Une éclaircie bleue froide avance en frissonnant,
pour l’œuvre commune saignante, creusant sur leurs visages,
des murs de peaux zébrées d’une lézarde si brûlante.
Ils ont des paumes délicates, larges et dures ;
des regards foncés et de longs manteaux gris,
couvrent les crânes de bois de ces astres-bilboquets.
Ils tiennent des hauts de forme en feutre panique.

Sur leurs dos voûtés, fondus à l’horizon aveugle, inerte.
Les bras de bois noirs trempés d’encre folle et de visitation,
ont marqués la nuit d’un profil aigu, plus coupant que l’éclair.
Et sans que jamais l’amour réchauffe le cœur de ces monstres,
ils entament la marche lente, des flancs des immeubles,
titubant par les habits-étrangers et voletant dans le ciel de minuit.

Les grands messieurs statiques vivent au centre de nos fabriques,
la bouche fendue d’une ouverture étroite pour y jeter les pièces,
dans les lucarnes d’ombres bleues, magiques, l’aube du dernier jour,
la main de fer et sa peur creusée d’ombres lisses et bien droites,
cueillent la rosée mauve et sucrée, ruisselante sur le sol,
et attrapent les nuées d’étrangers pour qu’ils s’effacent.

MP – 03/05/2021

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