L’invraisemblable pandémie actuelle met sous tension nos capacités empathiques en livrant l’autre toujours d’abord distant à une évaluation inquiète et soupçonneuse. Nous sommes ainsi attirés par des familiarités d’abord décisives qui nous rassurent et renforcent le sens de nos interactions immédiates. Les bulles de filtrage et d’auto-confirmation de ses propres convictions, l’assurance d’être compris par un autre si proche ou familier jouent à plein ce suspens dramatique de l’incompréhension « vitale ».
Géographiquement, les milieux vitaux accueillant du futur sont des espaces-temps de plus en plus rares qui n’ont à offrir que le luxe qu’ils refusent aux étrangers, aux dangereux souffrants, aux contagieux et aux porteurs de dangers. L’exclusion tacite du malade, du faible, du souffrant implique que le monde à venir soit découpé en parties géographiques hétérogènes, bientôt peut être insurmontables dans lesquelles les distances affectives et terrestres ; les distances à franchir et à comprendre ne seront plus qu’un vague souvenir fabriqué par l’idéologie de la conformité.
Le futur est-il fait de sociétés « forteresses » bouclées partout sur leurs propres limites « morales » et frontières idéologiques et incapables d’assumer l’héritage universaliste des Lumières ? L’individu atomisé du néo-libéralisme répond à cette logique ultime de l’adaptation à tout prix des sociétés qui transforme le monde-habitable en de multiples sous-mondes séparés, fragments, îlots, cloîtrés par l’autosurveillance et l’autodiscipline du seul citoyen valide, sain et bien conforme.
Les futurs « territoires négatifs » sont les zones géographiques « noires » ; les zones effacées de la conscience mondiale par l’Information capitaliste ; les territoires occultés par le développement mondial hyper-sécuritaire qui leur soustrait leur moyen de survie, de développement et de subsistance (nourritures, médicaments, transports, habitabilité, eaux ou vaccins). Ainsi rien n’est laissé dans ce monde répressif hors du périmètre de l’Empire et ses déclinaisons en nations « forteresses » sinon l’individu atomisé et la guerre de tous contre tous à la manière de « Léviathan(s) » compétitifs et archaïques.
La souffrance pandémique mondiale fait pourtant naître des solidarités actives parce que les réponses des sociétés dépassent les gouvernements et les institutions et construisent des stratégies de désobéissance civile, de partage culturel et de lutte sociale prises en charge par les masses des vivants. Le futur de la planète-monde se joue ainsi dans une grande société démocratique mondiale aux réponses ajustées aux défis climatiques, à la démocratie trans-nations et à une politique du vivant qui tiennent compte de la vulnérabilité des espèces, des temps à soi, et des espaces naturels.
Fragments d’un monde détruit – 11

Fragment d’un monde détruit, cela aurait pu être un titre d’Art Zoyd.
« Y a-t-il encore un public pour la musique quand elle dépasse les normes de la bienséance et du confort ? » écrivait Gérard Hourbette.
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