On peut dire : « Je lis la crainte sur ce visage » mais de toute façon la crainte ne paraît pas simplement associée au visage, liée à lui de façon extrinsèque ; elle vit au contraire dans les traits de ce visage. Si ces traits se modifient un peu, nous pouvons parler d’une modification correspondante de la crainte…
Ludwig Wittgenstein, « Recherches Philosophiques », §537, Gallimard 2004.
Tes visages peintures, le masque en bouche blanche, seule et froide,
les griffes lentes, posées sur les épaules des enfants-signes,
et leurs mouvements doux, jetés dans la langue vide et sans rien qui nous reste,
jonchés de dialogues inutiles et nombreux, de blocs d’images-sourires.
Tes grandes respirations ravalées font battre le cœur inerte des machines,
ces corps d’automates dressés et figés par les barreaux des prisons,
Déployant leurs mines de clowns vers les ciels noircis, sans aucune attente,
attachés aux grandes et fières solitudes, les figures fixes des foules.
Ruisselante par tous les pores de ta peau-métal, la pluie de signaux innombrables,
cette masse compacte et froide de l’hiver, pluie rassemblée à l’extérieur de nous
jette au loin les bornes d’infinis où nous formons nos futurs oublis,
Tes bras tendus, ordre de brume, étirés par ces systèmes d’alerte partout,
par les écrans brisés, écume de digits, en faille d’ombres et de traces identiques,
Les yeux qui hurlent encore dans les crânes frêles sans nombres,
voient à travers nous, par le chemin d’accès unique, la nu-métrique des corps,
puis se perdent derrière l’ordre, dans les filets asphyxiés des marbres déserts,
Faite de fruits d’éponges grises et d’arceaux de pluies sonores et métalliques,
tu occupes le temps, rythme dans le creux des lentes respirations,
emportant le fil de la vie, plus loin, dans l’angoisse d’être nu,
avec toi naissent, influent et disparaissent les pensées.
Dans les traits vibrent des émotions multiples ; animaux,
tous les expressifs de l’étrange, du lointain et du vague.
MP – 06072021
