L’hybridation des techniques d’affrontement en Europe et la résurgence d’un conflit « bloc contre bloc » accompagnent et indiquent cet essor remarquable des sociétés autoritaires. Dans cette géographie de l’abîme, plusieurs technologies d’intervention sont mixées pour produire la sécurité collective maximale contre les libertés individuelles. La guerre non linéaire implique ainsi infiltration de systèmes d’information, cyberattaques, réécriture de l’Histoire, surveillance drastique des citoyens, élimination physique et symbolique, crédit social et politique et imposition de normes de séparation ethnoculturelle proche – hélas – de futurs génocides. Un écosystème numérique nettement fermé fonctionnant en filet clos pour une Nation, permet le conditionnement global des inter-communications des citoyens sur un même territoire.
Cette zone d’entente possible et tacite [« Chine » // « Russie »] devient par ces multiples conflits stratégiques à grandes et petites échelles une possible zone de violences et de non-droits future dans laquelle le peuple ciblé ne survit pas sans la remédiation de centres de diffusion de propagandes des pouvoirs répressifs en exercice. Les régimes en cause sont ceux techno-sécuritaires et nationalistes qui font de l’identité culturelle collective un mantra à respecter absolument contre la mixité de nos liens et de nos origines, contre la socialité universelle. Faisons le pari à l’inverse d’une constellation de liens sociaux suffisamment solide dans notre monde pour diffuser du sens et imprégner les comportements de tolérance et le partage des « émotions démocratiques ».
Arguant de la force brutale du droit et de la technologie dans un espace vital historique fantasmé dans une culture de l’exclusion, ces régimes utilisent toujours « la peur » d’une guerre totale comme technique de mise sous tension et de neutralisation de leurs ennemis démocratiques. Par cette exploitation habile de cette émotion primitive, la zone d’intervention du régime autoritaire s’assure de l’absence de réactions d’éventuels opposants politiques. Cette vaste « société parallèle » à nos démocraties impose sa logique de contrôle des citoyens valides aux agissements surveillés et conformes aux dogmes civils promus et aux valeurs de refuge [conformité au groupe, mérite social, compétitions, délations].
Ces techniques d’infos-guerres numériques et médiatiques et de mises sous tension de territoires entiers par l’instauration de ce régime de la peur, de la haine et du faux ouvre la voie à un basculement des lâches dirigeants politiques qui plient dans l’espoir d’unir toutes les forces de régressions identitaire et nationales. Seules des stratégies à impacts, symboles et alliés multiples vont éviter la polarisation angoissante du XXI° siècle ; démocraties / sociétés autoritaires.
A l’ère du capitalisme de surveillance, des réseaux mondiaux d’échanges sociaux et économiques, les masses de citoyens vivant en société démocratique peuvent participer à des coalitions de la confiance dans une grande démocratie virale et vitale. Nous gagnons toutes et tous à vivres libres et en sécurité dans une « forme de vie » démocratique ; cette certitude là nous tient toujours debout partout où nous allons. L’arrogance des petits maîtres contrôlant les diktats et les rapports de force depuis leurs tours d’ivoire peut se fracasser contre la puissance fluide, mobile et vivante des masses.
Fragments d’un monde détruit – 12
