Le Sphinx

Les formes les plus inférieures du désespoir, sans intériorité réelle, ni rien en tout cas à en dire, on devrait les peindre en se bornant à décrire ou indiquer d’un mot les signes extérieurs des individus. Mais plus le désespoir se spiritualise, plus l’intériorité s’isole comme un monde inclus dans l’hermétisme, plus deviennent indifférents ces dehors sous lesquels le désespoir se cache.
Soeren Kierkegaard, « Personnifications du désespoir » in « Traité du désespoir », Trad. du danois par Knud Ferlov et Jean-J. Gateau, p.151, Gallimard, 1949.

Des courbes du soleil brillant glissent à la surface
Des signes d’or grevés de mondes à l’infini,
Mutilent des soies plus légères et douces que la nuit.
Les marais et les forêts ouvrent leurs flancs à la cavalcade,
Pour que les chevaux las dorment parmi les étoiles.

Ils se trouvent là, nombreux, attroupés en demi lune.
Des racines en pierre grise, profondes, près des grands quartiers,
Avaient tenues le cadran des runes, et l’énigme en éveil.
Des heures à la nacre trop blanche, filent sans arrêt,
Les automates de verre, nombreux, boivent des cristaux,
Et tombent du haut des luminaires, fixes, l’un après l’autre,

Dans des ampoules à la fleur jaune, grésille le froid parfum.
Des yeux sans larmes séchées, longent nos disparitions,
Jusqu’aux mots couverts de fatigues, qui tremblent, seuls,
Cachés sous les feuillages gris, liquides, près des verbes,
A l’orientation du vertige, et aux esprits durs, penchés,
Les mimes à la poudre grise, et aux rigides costumes, défilent,

Les pingouins aux manteaux vides, à la station très debout,
Hochent du nez pointu, aux assentiments des lèvres.
A chaque question au sphinx, leurs esprits ne vont nulle part.
Au bout du transept de l’Église, devait se terrer la fourmilière,
Des colonies d’animaux à la destination lointaine, et grise, mentent.

Des officines au fond se déroulent sans âmes, ni personnes,
Juste deux, trois faux-prêtres aux robes rouges et aux motifs de rente.
Les voix graves, lentes, au roulement à biles noires,
Sont venues plier des visages d’humains,
Et crier des électricités froides par leurs yeux, jusqu’à l’aube,

Dans les cheveux des jeunes filles, belles étrangères,
Des âmes nouvelles s’étaient trouvées sur le trottoir,
Des corps de fantôme que la ville désincarne,
Qui remontent la vision, à la surface, et saignent encore.
Les murs hurlèrent des noms muets sans caractères,

Milles taches, corps et flèches dénués de signaux,
Des indics bien mis dont l’abandon faisait carrière,
Du vaste silence qui dévoraient les astres du soir,
Naquit le ciel opaque d’une vaste étendue noire,
Des noms aussi vides et transparents que des miroirs,
Meurent aux abords de la beauté du Sphinx.

MP – 23/06/2020

Une réflexion sur « Le Sphinx »

  1. Bonjour Mathieu, j’ai ajouté ton site à mon ecran d’accueil après avoir parcouru quelques textes. Je m’y plongerai de temps à autres. Bien à toi. Jacques Lemaire, compagnon de route à L’URCA

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