Enfants des étoiles


Il y avait des pains blancs.
Plus
que d’étoiles.
Des petits
et pourtant d’une livre.
Mais vous,
vous étiez clandestins,
préparant la révolte de la faim.
On vivait, on bouffait bruyamment.
Le monde :
des hôtels grimpant à l’assaut du ciel,
des ascenseurs pleins d’élégantes,
vissés aux étages tranquilles.»

Vladimir Maïakovski, À pleine voix : Anthologie poétique 1915-1930, p.195, Gallimard, 2005.

Des enfants-promeneurs s’engouffrent dans nos lignes d’horizons,
Des masses de silhouettes divines et si maigres aux corps de cristaux liquides,
Bavardent, crient et s’agitent, seuls et surgissent dans les eaux froides du calcul,
Tandis que tourne, inlassable, l’unique montre vitrée aux doubles fonds d’argile,
Dressés impeccables, aux habits rouges cintrés d’étoiles, d’or et de velours,
Qui regardent la terminale direction, et s’empilent signes-joyeux pour attendre,
la révolution des étoiles, glissantes dans l’ombre des chefs,

L’avenue rouge-sang longe des bâtiments aux angles-tordus,
Des maisons de ruines partout logeant des hommes-chiens aux visages fermés,
Dont les arêtes tranchantes coupent les impasses dures, sans bouger.
Ils marchent ces foules d’enfants, vers le port d’attache unique et le lieu rêvé sans nom,
Et les spectres hurlent, dressés et brûlants devant les gaz rouges,
Dévalent en masses les grands objets de marbre blanc, à très vive allure,
Regardent les paroles mortes du pouvoir par milliers ; livres et halos dans le crépuscule du jour,

Lumières éclatées, divines, allumées dans le cœur des nuages, et si tremblantes,
Que passent enfin les grands vaisseaux de signes muets, et les emmènent loin, mourir,
Sortis du rêve d’êtres eaux, feux, terres, airs et créateurs que rien ne peut ni rejeter, ni fuir.
Les signes diffusés, en masse, se savent derniers d’entre les forces, et fuyants,
Croyant passer l’heure dernière sans rien, ni personnes, sans opposants, ni violence.
Ils viennent nombreux percer la feuille blanche par les symboles et tout dévorer,

Ces enfants-signes font le tour des horizons que leurs patiences mûrissent,
Dans les vacarmes sourds des orages que produisent la fin des jours,
Il est encore temps de dire, crier, lier et montrer et revenir après toutes ces saisons,
Auprès des autres ciels, et des astres liquides dans la chaleur de nos gestes,
Qui nagent plus loin, en groupes signaux fidèles tout près du lointain de la côte.
Sur l’étendue d’eau huileuse, nagent ensemble, les enfants des étoiles,

Blanches et ocres, aussi grands que les orages du kaléidoscope espace,
Qu’ont lâchés à leurs trousses, les veilleurs âpres des nuits rouges-sangs,
Gardiens aux hauts visages et à la voix maigre veillant à ces nuits rachitiques,
Postés en contrebas, attendant que sur les murs s’échappent les indices,
Au déclic brutal des paupières ; ces silhouettes larges et sombres,
dégoulinantes de sons, de corps et de signaux.

MP – 09072020

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