Armature des combats

La préparation des armes conceptuelles et des techniques de description les plus ajustées aux modalités d’exercice du pouvoir impérial à l’intérieur même des zones d’encerclement médiatique, exige une forte mobilisation croisée et simultanée en même temps qu’une attention constante aux effets de la lutte contre le psycho-pouvoir. La nature de ce pouvoir, nous l’avons établie en détaillant les caractéristiques des sociétés de contrôle à haute intensité dont le fonctionnement est basé sur la psychodynamique de la peur et les mécanismes psychosociologiques du repli sur soi. Au travers de l’enfermement égotique, se trouve reliée les aires de contacts entre l’Individu comme unité marchandise, le Groupe a socialisé, comme force pénétrante de conditionnement culturel, économique et naturel, la Médiacratie comme modalités de contrôle absolu des moyens d’expression, et la Société comme vieux halo fantastique, absence cruelle ou présence à soi, rare, échappée ou disparue. L’espèce de technique d’emprise de toutes les réactions (in)humaines ou encore survivantes par l’emprise psychique collective des groupes sociaux aboutit à un face à face intérieur fermé de l’individu chosifié en unité de calcul stratégique pour le meilleur exercice du pouvoir. Le combat des dissidences cognitives, affectives, la lutte avec les armes symboliques et culturelles à l’intérieur des Empires contre la technique d’emprise par propagande numérique massive (la Russie ici est un acteur clé en Europe des cyberattaques, du cracking, des technologies d’infos-guerres, et de déstabilisation des mouvements collectifs nationaux) peuvent se faire en déclinant les éléments tactiques qui vont composer un plan d’ensemble stratégique de résistances et de critiques.

D’abord (1) éprouver la force du conditionnement doit être se mesurer aux limites du cercle d’enfermement égotique et dramatique ; là le psycho-pouvoir est parvenu à fermer les accès à la dimension extérieure et expressive de l’être vivant au bénéfice d’un conditionnement parfait de ses réponses adaptées aux réponses du Tyran et des oligarchies symboliques et financières. D’abord, (2) ressentir l’emprise psychique par l’implication de la notion orwellienne de « solipsisme collectif » extraite de la description du monde totalitaire de « 1984 » ; sa pertinence situationnelle exceptionnelle – ici et maintenant – provient de l’impossibilité de sortir de la supervision du pouvoir médiacratique qui construit à la mesure des événements, le récit officiel de la société – la version officielle du monde – de tout ce qui arrive, de tous les faits et leurs discours sensés, univoques, transparents, imposés ou comme avalés par les meutes réactionnaires. D’abord (3), percer la couche physique symbolique du psycho-pouvoir, quand tous les gestes des individus sont pris dans une techno-logique cellulaire de l’interaction groupe/individu, au sens d’une perte de contacts avec la réalité sociale, organique et extérieure, sous l’effet d’une numérisation massive et d’une colonisation de la logique capitaliste de prédation des ressources, de toutes les sphères de la vie humaine (rencontres, amour, deuil, maladie, résistance ..). Ensuite (4) détruire l’ordre communicant global par des inter-actes ajustés, multiples, variés et la perpétuation dans la forme de vie capitaliste autoritaire des moyens de subversion critique traditionnels ou avancés (manifestations, désobéissances civiles et refus massif de lois iniques, évitement de la censure, lecture de livres, spectacles vivants, musique industrielle et cinéma indépendant, arts sociaux numériques …) dont les masses s’emparent pour protester contre l’illégalité des pouvoirs. Ensuite (5), travailler dans les modalités d’expériences du monde de la vie, faire de ses modalités d’expression de l’expérience vivante, des outils de métabolisation qui transforment le monde et les savoirs du monde pendant que le monde transforme l’humain qui le recréé. L’évolution plastique et formelle de la vie et de l’Esprit comme forme avancée de la culture humaine, accroît cette part d’organisation sociale et normative à l’intérieur de l’être humain comme force de transformation réaliste et pragmatiste de l’Empire.

Si les sociétés de contrôle à haute intensité peuvent découler du choc des Empires (Chinois, Russe, Américains trumpistes et MAGA) sous l’espèce de la radicalité libertarienne, de l’anarcho-capitalisme et des réflexes de défense liés dans nos futurs, pour introduire le monde encore libre, aux modèles de sociétés de contrôle à la chinoise, les gouvernements des monstres actuels en Russie et aux États-Unis qui consistent en une xénophobie et une censure d’État, une lutte contre les progrès scientifiques, une économie militarisée, une kleptocratie et une oligarchie financière, font craindre l’export, par la propagande culturelle et économique zélée et les techniques de déstabilisation des élections européennes et nationales, d’une forme de vie reliée à une régression fondamentale des droits humains, de nos capacités à vivre et de l’exercice même des libertés démocratiques. Enfin (6), n’être plus empêché par un désintérêt traditionnel envers la choses publique et l’action politique dés lors que c’est votre vie, c’est le milieu vivant dont il s’agit (nature, arbres, océans, montagnes, déserts, cités humaines …), ce sont les animaux, la biodiversité et les espèces elles-mêmes qui sont abandonnés par les Empire au profit, dans l’hyper-capitalisme de prédation d’une extraction continue, féroce, des ressources minières, pétrolières, gazières partout où c’est possible, partout où l’aire d’influence de l’Empire peut s’accroître. Enfin (7), redescendre vers l’ordinaire du langage et de la vie des mots en retravaillant les matières de nos liens sociaux, en réfléchissant à nouveau dans les gestes que nous faisions quand nous étions enfants, libres et aux contacts du monde physique symbolique dans l’expérience sensible de la forme de vie humaine.

Enfin (8), être poussé par la nécessité des crises énergétiques, terrestres et climatiques, au milieu du XXI° siècle ; la finitude des ressources en eaux, en métaux rares, critiques pour l’industrie informatique (avec le développement des datas center), la pollution massive des sols par des techniques d’extraction violente de la ressource (gaz et pétrole de schiste par la fracturation hydraulique), être poussé à inventer une forme de vie nouvelle qui prend en compte les vulnérabilités multiples des êtres vivants, c’est à dire refonder une société humaine historique, refaire la constitution politique même des communs de la Terre au travers des évidences terminales (naissance, sexualité, joie, colère, peur, mort) et du seuil critique de conscientisation du fait même de l’implacable nécessité sociale, économique et politique de la transition climatique. Cette implacable nécessité peut-elle être de taille à lutter contre ce que nous appelons l’argument de la forteresse ou l’espace logique de déclinaison politique et psychologique du solipsisme à l’échelle de groupes humains entiers qui se murent à l’intérieur de l’Empire par des frontières symboliques qui progressivement s’épaississent et rendent tous les regards vers l’extérieur-critique, les limites de la Médiacratie, et les conséquences réelles de l’action du pouvoir, impossibles à comprendre, à décrire et à faire contenir. « Flood the Zone » ; diffuser massivement de fausses informations pour les MAGA, casser les techniques de construction de l’information sur l’Internet pour les Empires (censurer quand c’est possible techniquement ou rendre illisible le message), en venir à un capitalisme sémio-linguistique, c’est à dire retraduire le monde dans un nov-langage économique, totalement isolé et coupé de l’ordinaire de la vie. Enfin (9) en découle directement la capacité de l’Empire au travers de la Médiacratie à invisibiliser des territoires entiers comme territoires devenus négatifs desquels ne sortiront plus aucunes informations crédibles sur les situations de vie des populations. (Iran, Gaza, Russie ..)

Les sens du rêve de la puissance impériale comme cauchemars de masse techno-sécuritaire, cauchemar médiatique, abandon des organismes inférieurs, malades ou pauvres, destruction des régimes de vérité, exclusion des étrangers et des différences qui pèsent sur les richesses nationales et la sécurité en eaux, oxygènes, énergies et aliments doivent pénétrer chaque citoyen, chaque citoyenne et tous les enfants du monde libre. Cette relative apathie est le fruit aussi d’un repli sur soi forcé par la violence des mondes économiques – en ce sens l’art du désobéir, du refus de l’assujettissement peut se faire dans des échelles collectives pour des Institutions qui résistent à la prédation capitaliste ou totalitaire, et à l’emprise psychique impériale, cela signifie la possibilité de la coexistence interne aux Empires de formes de vies différentes, hétérogènes, immanentes, dans cette mesure d’une résistance intime, sociale et publique – institutionnelle, associative, gouvernementale – à la violence des psycho-pouvoirs. Ici le modèle politique d’un social-fédéralisme complexe poussé jusqu’à ses fins de délégations des pouvoirs à un niveau micro statutaire – quartiers, villes, états, régions …- peut rendre de l’espoir à celles et ceux qui pensent à l’effondrement de la forme de vie démocratique. Aussi bien la promotion d’un revenu universel d’existence comme seule mesure adaptée à la transformation multi-scalaire et écologique du monde comme possibilité d’engagements réels et massive à la maintenance de la vie sur Terre, que la résistance critique et la subversion des psycho-pouvoirs à l’intérieur même des Empires, accompagnent ce qui maintenant doit être évident ; ou redevenir cette expérience de l’obvie ; nous ne pouvons pas vivre décemment en étant assujettit à la force du conditionnement impérial ; cela n’est pas possible à l’évidence et en ce sens (10 – comme une mémoire sociale neuve et alerte et la naissance d’un nouveau discours critique) le pouvoir des masses est un pouvoir non pas seulement de renversement mais de transformation continue des centres d’équilibres des forces politiques et sociales et économiques des territoires. Défendre les formes de vie démocratique dans cette perspective réaliste et pragmatiste est le seul chemin de lumières, de libertés et d’émancipation pour les mondes humains et vivants.

Fragments d’un monde détruit – 193

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