«ô torse éveillé,
par le jour nouveau !
ô tiède lit,
baigné de larmes !
Une autre lumière
m’éveille et je pleure
les jours qui s’envolent
pareils à des ombres. »Pier Paolo Pasolini, « Aube », in Poèmes de jeunesse, Gallimard, 1995.
Un même toucher fragile, lent et aimé,
près de nos regards de pluie et de nos gestes de hasard,
Une douceur ferme, agile et la forme aimée du monde
pour ton visage sensible, noir et blond,
Ce visage de grâce où s’émerveillent les replis, les sons
et les feuilles de verre déjà pilées,
Dans des organes-peaux neurales,
ces corps fixés par les astres noirs rutilants.
Tu es la césure de neige ; femme aimée, si douce,
caressée dans cette enveloppe de nuit,
Ta frontière de peau, ce corps sensible, éclaté,
qui m’isole, m’entoure et réunit à la fois,
Nos gestes, nos voix, nos cheveux, ces jeux
et leurs signaux-morts libres enfin désincarnés,
dont les traces mnésiques surgissent
hors des forces fixes, hors de la feuille.
Le rythme syncopé et blanc qui s’unit
et permet la liaison de nos corps si humains,
Avec la force de l’intime, proviennent les musiques sérielles,
harmonies, brutales et technologiques,
Qui nous hantent partout, ici et toujours,
dans la saison du sang et la même raison.
Par là nous vivons sans les brûlés vif
et les esprits animaux par le feu atroce et l’asphyxie,
Quand les créateurs faméliques meurent
et ne sortent plus des noirs souterrains,
A l’illusion fétiche et au morne silence,
nous sommes perdus, révulsés et douloureux,
Quand ces créateurs de souffrances
ne sortent jamais plus de nos bouches,
Qu’ils surgissent seuls et sans contacts
dans les grands cimetières de signes ..
Remplis d’horizons et de rêves brûlés
et adorés, les solitaires sont si effrayants,
Pouvons-nous jeter dans leurs Esprits morts,
l’ancre noire de nos certitudes ?
Eux, visages et force, qui ont traversé les mers blanches
et le fond obscur du réflexe,
Nous diront-ils l’assurance d’être un seul corps vivant
et libre pour toujours ?
Venir chercher l’espérance du soin, de l’amour,
pour tous dans tes glaces pupilles,
Plonger ton regard bleu plus loin
et se fixer fier dans l’Éternité
hors cette masse de soleil brûlante,
Créer la défiance par le seul bien-être,
le soin et le désir du symbole de vie,
Les mouvements qui séparent, unissent, et isolent,
et font des êtres aimés les uniques et seuls,
Ce désir de mouvement et de grâce ;
hors des vitres brisées en morceaux,
Les âges de l’amour orientés,
vers l’obstination du libre mouvement,
Devenir enfin le seul symbole,
des ressources futures, libres et communes,
Ouvrant la dimension glacée, globale ; l’infini
des vivants, des bêtes et des morts,
Par les idiots sans visage, au cœur si mesquin,
remplis tout noirs de charbons et de peine,
les mêmes pantins cosmiques, sans faces,
sont dirigés par leurs ventres-bouches néants,
Par les déroulés de systèmes fixes de coordonnées
figées dans les spectres audio-visuels,
Seuls, multiples, agressifs et sans âme,
les corporations mutiques, dans l’espace, ré-agissent…
MP 31102019
