La nuit des masques

« Toute philosophie dissimule une autre philosophie, toute opinion est une cachette, toute parole peut être un masque. »
Friedrich Nietzsche, Par delà le bien et le mal , §289, 10/18, Aubier – Éditions MONTAIGNE, 1951.

Les mots-sang imprègnent le béton et pénètrent jusqu’aux chairs,
L’assignation morne et stupide du regard fixe et du corps à une place,
Une même dés-habituation du dire ; la doublure sanglée, muette,
Le verrouillage des tours d’écran et la morne vallée,
remplie des pestes de l’institué, débile et haineux pouvoir,
Des seul ego souffreteux, rampant authentiques dans les immeubles-couvercles,
communément les langues bavardent sans fards, preuves, ni utilités,

La destruction des libres et fantasques « je »
derrière le silence et la honte des sans normes,
Ne posséder l’original de rien, ni le symbole jamais adéquat,
Ces gestes marqués sur les grands pupitres noirs, oubliés,
Les hauts tableaux d’écume néant ne consultent fébrile,
que les pages vierges, autorisées pour les riches,
Déroulent leurs scénarios arides pour les corps mis en séries,
tout près des fétiches magiques, des bestiaux et des brutalités,
Le destin prison logé frappe de nouveau les machines à lire,
grammaticales terreurs, masques et liquidité du même sang,

Toute proche est encore la sortie près des natures vives,
toutes près de nous, la libération des esprits sauvages,
Déterminante et sérieuse dans la saveur du fer,
la libre expression non valide et cette mort des sans faces,
fait chanter le même cristal, vibre des scènes difformes,
les corps surnaturels colorés par d’immenses et libres paysages,

Qu’il faille dire ou ne pas dire, se lever et répondre,
remerciant l’agent du pouvoir, à la monnaie frappée des imbéciles,
Rompre l’insubordination du langage-fétiche en lui-même,
Violence fondatrice, liberté d’être un centre extra, décentré,
un milieu d’extrêmes, devenir cet autre désir, l’étranger,
Briser les souffreteuses et ennuyeuses identités,

Libre ! Devient enfin libre, et promet la fin du néant,
Détruire pour les sans lieux, les sans temps,
et construire des « nous » difformes, pleins, joyeux,
Visages incorporés, un à un, à la bouche des masses,
recréent déchirantes les derniers longs rivages,
là ou marchent fiers, les grands spectres blancs,
par leurs divers chants d’écumes, sirènes, surmontés,
beaux et sans buts, l’air de cette musique désirable.
L’horizon fragile des cités désintégrées, machines si neuves,
dés-aliénées de la substance, du mortelle silence.

M.P.
27112020

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *