2025 – 2040 : les possibilités que disparaissent sous les propagandes massives des Empires Russes et Chinois, mêlées aux pensées ultra-orthodoxes, catholiques intégristes et Islamiques radicales avec le modèle d’un islam politique en Arabie Saoudite, en Afghanistan et en Iran, une sorte d’esprit appelé esprit libéral héritier des lumières française, anglaises, écossaises et hollandaises du XVIII° siècle, sont devenues des possibilités décisives d’une certaine vision réactionnaire et totalitaire du monde humain. La mentalité totalitaire versus l’esprit libéral est celle qui lutte contre l’occidentalisation des mouvements de l’esprit et la corruption des âmes et des corps provoquée par le capitalisme anglo-saxon, la faiblesse et la sensibilité féminine, le mondialisme, le multiculturalisme, le pluralisme politique, la démocratie, les déviations sexuelles des LGBT+, la pornographie et la liberté d’expression ; toute cette décadence morale de l’Europe et des États-Unis. Une idée russe est l’idée de l’Empire héritier de la grande guerre patriotique, et de l’orient nouveau ; une certaine intégrité de l’âme nationale qui doit s’imposer dans les frontières de l’Empire russe, en Ukraine et dans les états qui culturellement appartiennent à la Russie. Les ennemis idéologiques sont légions, mais les ennemis sont moralement pourris ou faibles, leurs pouvoirs déclinent sûrement ; ils sont aliénés aux marchandises et aux spectacles dégradants diffusés massivement par Hollywood ; et l’intégrité de l’âme russe ou chinoise répond à une logique d’Esprit totalitaire. Par un « Rework » historique impressionnant, au sortir de la libération culturelle et politique issue des mouvements contestataires des années 1960-1970, traversant ensuite le durcissement des politiques néo-libérales avec Thatcher et Reagan en 1980-1990 et la massification des processus psychopolitiques de contrôle des citoyens, puis l’effondrement de l’URSS en 1991, l’enjeu idéologique qui domine en 2025 demeure cette formidable réaction morale, guerrière, religieuse ou paternaliste – contre la liberté et la démocratie libérale -, qui consiste à vouloir redresser moralement des comportements collectifs, lutter contre le supposé effondrement des sociétés, des pensées corrompues et des idées nationales ; toutes jugées soumises à une anarchie des corps, des pulsions, des croyances que provoquerait une expérience de vie autonome et libre en démocratie.
Le corpus idéologique russe ou chinois répond au même souci d’un contrôle du pouvoir absolu, à la tête d’un État fort, dont les déclinaisons de puissance s’opèrent à l’intérieur de frontières mouvantes, au delà des frontières juridiques, l’ordre d’imposition de la force impériale se faisant au nom de l’idéologie culturelle nationale contre l’ordre juridique international. Hong-Kong, Taïwan – Ukraine, Pays Baltes, considérés comme des parties organiques de la puissance de l’Empire doivent se plier à la ligne verticale de décisions et aux décisions du parti unique dans le corps du monstre État. L’enfermement et la déportation des dissident.es, l’emprisonnement de journalistes, le contrôle des métaux rares (Nickel, Lithium …) servant aux industries électriques et électroniques, la pénétration par une dynamique d’exportation capitalistique, du modèle social symbolique de la Chine est par exemple l’indice d’une augmentation de ses sphères d’influences culturelles et une habituation sélective des réponses organisées de nombreuses Institutions et sociétés privées internationales en faveur du pouvoir chinois ; il n’est ainsi par rare de constater avec désespoir qu’en Europe même, les propagandes chinoises et russes obtiennent des succès idéologiques et culturels considérables. Un jeune européen même avec un haut niveau d’études et sous prétextes de vouloir critiquer durement l’hyper-capitalisme et la corruption financière des élites, s’aligne sur le discours pro-russe ou prochinois, en arguant même cette consternante évolution que l’on dit réaliste ; que peut-être la démocratie libérale ne serait pas le régime adapté à des logiques de puissances impériales. Nous ne pouvons que constater toute l’efficacité de ces relais d’influences dans l’opinion publique européenne, qui vont consister à retourner le discours anticapitaliste pour le greffer sur une vision hégémonique de la politique autoritaire et un âge totalitaire qui défend une soit disant « vérité historique » contre les falsificateurs du récit national. L’opération spéciale russe, et la dénazification de l’Ukraine, le retournement des discours antiracistes, l’affront qui consiste à manipuler le qualificatif d’antisémites par Israël dans sa guerre d’expansion nationaliste, la réécriture complexe de l’histoire que peuvent opérer des ministères de la vérité, comme la mise sous pression constante de l’île Taïwan, impliquent une certaine lecture des rapports de puissances et un rééchelonnement des relations d’influences avec intégration des pays – (souvent issus d’un mouvement dé colonial historique) au cœur du monde non aligné ou du sud global, l’espèce de volonté d’engager les relations internationales dans un ordre alternatif du monde occidental fait d’un assujettissement global aux tyrans Poutine, Trump et Xi Jinping.
L’exploitation du ressentiment comme force de dissémination négative de la terreur, comme les services politiques que vont rendre la mauvaise conscience et la redirection de la haine contre soi contre un autrui généralisé et idéalisé, la manipulation de l’antisémitisme et de la xénophobie au bénéfice du modèle impérial, demeurent ainsi des leviers en psychologie sociale du pouvoir totalitaire ; la psychologie même de l’Esprit totalitaire consiste à cercler tout un champs de réactions instinctives, affectives et intellectuelles, par l’entremise de langages totalitaires et de médias asociaux dont la force d’impact symbolique est de faire converger l’idéologie au cœur d’un centre de décisions, extra situationnel et a temporel ; le parti unique, l’Internet du pouvoir, ou l’assemblée de sous-fifres aliénés au pouvoir central. Combien de dirigeants chinois ont été éliminés physiquement sur ordre du Tyran ? Combien de déportation en Goulag, en camps de redressement d’opposant.es politiques et culturel.les ont été commandés par le Tyran ? Combien de femmes et d’homosexuels ont été martyrisés et assassinés par des fanatiques religieux ? La présence du pouvoir est une méta présence – une sorte d’existence sous emprise -, elle vient pénétrer lentement mais sûrement le corps et l’esprit, et la mentalité libérale ou l’esprit libéral européen ou américain (celui de Tocqueville) est celui dont la résistance et l’expression consistent à exercer un esprit critique à tout moment, sans craindre la honte et l’opprobre, ni l’exclusion sociale psychologique et économique, car la puissance de l’Empire chinois par exemple provient à l’évidence aussi de la capacité de pression économique maximale sur les cadres, les ouvriers, les employés de grandes industries ou corporations soumises au pouvoir central ; tout le « soft-power » de la puissance.
Acquérir cette forme d’esprit de la démocratie, l’esprit libéral, c’est également soutenir une forme de délibération collective dans la résolution des problèmes sociaux politiques, comme l’éthique pragmatiste nous l’enseigne depuis John Dewey et G.H. Mead ; la résolution de situations de conflits moraux fait toujours appel à un examen des raisons et des fins de manière concrète et située, et tout le respect de procédures d’enquêtes et de délibérations complexes se fait dans le surgissement d’une perspective consensuelle supérieure ou réadaptée aux conséquences de la résolution du problème initial examiné, par des séries d’accords dégagées et renforcées au fil de la délibération ; le renforcement de croyances habitudes, la stabilité des règles d’interactions collectives et institutionnelles, la puissance d’agir en démocratie souligne ainsi toute la force d’une solidarité pendant l’enquête social et le soutien aux principaux acteurs du problème éthique examiné. Ce style de résolution de problème n’est pas si éloigné du style qu’il est possible d’appliquer en matière de relations internationales pour sortir des logiques de purs rapports de puissances et des mécanismes d’escalades symétriques et de chantages liés à cette vision de la domination puissance. Mais cet esprit libéral attaqué comme jamais aujourd’hui par les Empires et soumis à une vaste entreprise de récupération idéologique du discours anticapitaliste, doit montrer ses caractères humains, son profil social et psychologique particulier, sa décisive influence sur le bien vivre et l’humanité d’une forme de pensée.
L’esprit libéral comme forme de pensée de la démocratie contemporaine est donc lié à l’absence organisé d’un contrôle directif et puissant de la force étatique, i.e. la liberté de paroles et de pensées, la non concentration dans une Médiacratie autoritaire des vecteurs médiums de fabrication de l’opinion publique (sites Web, podcasts, sites d’influenceurs, médias officiels d’extrême droite ..) L’esprit libéral, c’est aussi le respect des droits humains fondamentaux (se nourrir, se loger, se déplacer, se lier, s’exprimer et penser par soi-même) contre la force brute et stupide des mâles alpha dominants ou ceux là qui comme les petits tyrans de réseaux masculinistes agitent la peur des femmes et annulent des années de conquêtes de droits (liberté sexuelle et reproductive, liberté politique et économique…) au nom de sacro-saints principes moraux et culturels, paternalistes et autoritaires. L’esprit libéral enfin se décline en variations infinies de traits de personnalités ; l’humour juif et l’ironie, la caricature des leaders, le refus de la compétition et du contrôle organisés par un pouvoir de monopole politique ou économique, qui au nom de la vérité historique ou de la réalité de nulle part ou l’autorité suprême incarnée et de ses funestes « anges rédempteurs » ici-bas (Poutine encensé par le patriarche ultra-orthodoxe Kirill), entend provoquer l’allégeance des foules emprisonnées par les mécanismes de contrôle et de surveillance algorithmique, subjuguées par le charisme d’un leader suprême (Xi Jinping) ou bien simplement soumises à la peur total de perdre sa vie et de voir sa famille biologique, morale ou intellectuelle détruite par l’État. Devenir libéral – et surtout le rester au fil du temps et des événements historiques et de la transformation climatique en 2025-2040 – est donc un chemin de l’esprit ardu, publique et complexe ; une exploration individuelle et collective d’un pour soi humain, qui doit mobiliser les bonnes volontés travaillant ensemble en soutien constant de la forme de pensée de la démocratie.
Fragments d’un monde détruit – 177
