L’appel aux ombres

« Quelque chose d’ex-
citant dans le cata-
clysme & l’ef
-fondrement d’empires.

Irrévocables, ir-
rémédiable,
Apocalypso
& ce vibrant
chaos bigarré

nous avions espéré
pouvoir
naviguer
plus bravement,
raisonnablement &
avec plus d’effi-
cacité, l’effort
d’être humain,
& « moral »
& « bon »
aboutissant,
finalement,
terriblement
& simplement
à
la Fin. »

Joyce Carol Oates, « Apocalypso », in « Mélancolie américaine » p.50, traduit de l’anglais par Claude Seban, Éditions Philippe Rey 2023.

Crédit Photo : Romuald Chilard

Derrière le soleil rouge flammes, au crépuscule, la ville,
de ses oraisons d’ombres fuyantes derrière leurs visions,
demeurent les froids silences embarqués, les beaux restes,
les alignements de tôles brûlantes, personne ne survit là,
claquemurés dans les zones à clim, l’air froid circule,
dans les gaines des bâtiments, dernier cri, pour le luxe,
la lumière blanche des néons, le flash et le sexe-mortel en direct,
les individus numérotés marquent leur exacte présence,
par eux-mêmes, chacun prouvant à l’autre son acceptabilité,
à la surface des zones valides, des esprits frappeurs et des corps-mutants, catalogués, nettoyés, par la science d’une gestion du « rare », de l’inattendu, de l’imprévisible ; ils traînent, miséreux et vagabondent, les invalides groupés en meutes de faim et de rêves …

L’infoguerre transite dans les veines des écho systèmes,
câblées sur l’horreur primitive, la mathématique bleue, digitale,
les masses de corps agencés dans les quartiers de surveillances,
reçoivent des codes vitaux à durée temporaire, qu’ils avalent sans bruits, on peut rentrer et se nourrir à l’intérieur des grands supermarchés, en se munissant des codes aux cartes cryptées ; l’inscription secrète, avec nos mémoires mortes, figées dans sa lumière ; nos langages sont des ruines projetées ; des déchets, des absences, rien de nous mêmes ne peut filtrer ici, maintenant, et leurs procédures d’alertes, aux détails ésotériques et très seuls, trônent dans l’œil cyclope, la supervision de toutes traces.
Notre bien aimée télévision est la seule vision programmée des futurs … Et les ombres remontent comme des proies de lumières ..

Les ombres ont criblées les voiles de grammaires, par les songes,
un éventail ouvert de possibles, de directions froides, d’espérances,
la transparence prônée par les maîtres est ici le mot d’ordre, le nœud gordien, d’un réseau de traits fixes, d’attitudes, de récits, de déplacements, mais cette prétendue ouverture à soi, est un faux passage en trompe l’œil, tout est percuté aux seules marques du contrôle ; signes, sons, souvenirs, promesses … Les linéaments, les vagues illusoires, les déclinaisons des forces, sont là pour creuser des angles pratiques, des coins de faiblesses, du faciès facile, mais rien ne sort de la prison mentale ; que la lumière flash qui pulse, et le bruit omniscient et omnivore, l’espèce d’écrasement par le bruit. Le fétiche est le code alpha de la ville, qui crypte et exclut de soi-même, le fétiche du mental inerte, un processus à sens unique, terminal, et les automates de tri continuent leurs fabrications morbides ..

Il faut voir les nombreux spectres figures, l’absence de matières,
venir empêcher les ombres de se mouvoir, d’étancher les soifs de l’existant, sur chaque site d’expériences disparu, placées sous les graphes des terreurs, les prescriptions du rien, l’absence de vies déjà partout présente, ils veulent supprimer les mémoires des mondes, l’Histoire, et se rendre univoque en contrôlant l’air, l’eau et la nourriture, la voix de son maître dégouline à la surface mienne ; téléviseurs, et les spectateurs mutiques payent le prix de son silence,
ah dieu du vacarme, des mondes terrifiés, qu’arrive t-il …
N’abandonne pas les enfants des signes, de l’eau et du soleil ;
voir les défilés d’objets monochromes métalliques, les phares et les moteurs, aux capots brûlants, voir le soleil se coucher à l’horizon.
Que reste t-il des traces digits, des ordres du mental froid et bleu,
sous le règne infini des fétiches monnaies ..
Des cryptes du silence intime ; des signes fantômes du vide qui les hante …

MP – 23052025

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