Fabriquer la haine

Si des convictions démocratiques fortes, des vertus d’admiration pour l’idéal des biens communs ne sont pas cultivées et enseignées dans les ensemble de réponses éducatives, les lieux de délibération collective, et ne font pas partie intégrante des politiques publiques et des éthiques de la décision sociale, nous nous retrouverons à deux lignes de fuites et de pertes d’un modèle social mondialement pulvérisé, dans ses grandes déterminations internes ; solidarité transgénérationnelle, aides publiques aux plus pauvres et soins aux malades, élévation culturelle et sociale, tolérance laïque et respect du libre rapport à soi. La destruction de ce modèle social qui peut être un modèle social européen, demeure un enjeu majeur du futur des sociétés humaines ; un possible changement de conception de l’Esprit de la société, quand à la possibilité de vivre libre et en sécurité i.e c’est à dire de vivre sans dépendre du bon vouloir de puissances économiques et super prédatrices qui n’ont que la norme générale du profit et la conquête de territoires comme logiciel d’actions privées et publiques. L’espèce de transformation actuelle de conduites et de croyances en la vertu ou la dangerosité supposée de ce modèle de solidarité dépend de l’action d’hommes politiques parmi les plus dangereux, qui font partie d’une internationale réactionnaire ou de la droite globale (un néofascisme) ; leurs seules préoccupations d’abord électoralistes et court-termismes est de saper l’idéal de l’État de droit, moraliser le débat publique en instillant l’idée dangereuse d’une guerre de civilisations et d’une supposée destination naturelle des êtres vivants (chacun devant occuper une fonction conforme à sa nature) et d’un rejet féroce et xénophobe des étrangers et des migrants.

En matière de liberté reproductive et sexuelle, la droite globale et ses versants chrétiens ultraconservateurs (MAGA, Civitas, Agenda Europe, Ordo Luris, Némésis, Manif pour Tous …), soutiennent des positions pas si éloignées (finalement et honteusement) d’islamistes ou de juifs radicaux pour lesquels, le corps d’une femme est une sorte de maison de dieu ou un espace de pêchés de chair toujours dangereux, corps dont la libre disposition n’appartient plus au sujet de droit et de volonté – une femme vivante et libre – , mais reste la propriété de dieu, de ses représentants masculins et de ses institutions. Tous les désirs naturels seront orientés voire réprimés par un dressage du corps vers sa soumission à l’homme et une utilisation des parures, des pensées, de maquillages et de beaux vêtements en direction de l’homme et du père placé au centre du foyer. L’identité rêvée d’une jeune femme ainsi fragilisée ou brisée par des obligations morales très strictes, un risque pour sa propre vie ; elle demeure livrée à son espace intérieur – sa seule liberté quand elle peut encore vivre son intériorité – et ne peut compter que sur le courage de la révolte sociale et culturelle de tous ses autres, – la sororité politique et artistique comme en Iran.

Dans l’extrémisme terroriste en Afghanistan ou en Iran par exemple, la critique de l’occident mêlé à une sorte de confusion entre l’islam, le musulman persécuté et un prolétariat victime du capitalisme de prédation – une tactique de paravents, de brouillage et de masquage idéologique – , s’accompagne de lois abjectes qui exigent par la violence de la désensibilisation sociale – la perte de contacts entre les humains – que les femmes soient couvertes intégralement, qu’elles n’attirent plus les regards et déclenchent les faiblesses instinctives chez l’homme, qu’elles ne puissent pas exercer certains métiers, ni suivre des cours à l’école et à l’Université. Et le mensonge politique terrible des mouvements de la droite globale est de nous faire croire qu’ils luttent contre ces positions abjectes et fascistes de l’Islamisme radical qu’eux mêmes attisent par l’adoption d’une vue artificielle et purement imaginaire, faite d’une opposition fausse entre une supposée civilisation judéo-chrétienne luttant contre des arabo-musulmans ; ce fantasme terrifiant de la guerre de civilisations est une arme idéologique très efficace – un exemple de la fabrication du faux et de la haine par l’idéologie réactionnaire – pour monter des groupes humains les uns contre les autres, promouvoir la xénophobie comme principe d’actions politiques et instrumentaliser l’Histoire des peuples et des cultures.

L’autre exemple de fabrication du faux et de la haine dans l’histoire politique récente et qui a constituée une arme rhétorique décisive dans la montée en puissance des États autoritaires au sein des Empires (Russes, Américains, Hongrois, Roumains, Slovaques, Italiens ..), est l’arme du « Wokisme », la supposée idéologie « Woke » ou la guerre culturelle menée par la droite réactionnaire – enfin un épouvantail culturel crédible avec lequel instaurer un règne de confusion médiatique pour désorienter les masses – identifier un ennemi, rassembler ses langages, forcer sa culture, remporter ses jugements) – qui tout en se servant de la faiblesse et de la fragilité extrême des convictions démocratiques, médiatiques et sociales depuis l’attentat de septembre 2001, instaurent l’illusion forte et hallucinante d’un combat culturel supposé (que la droite ne fait que malheureusement gagner à chaque conversation médiatique, puisque 1) ce combat est purement fantasmatique et imaginaire et 2) étant imaginaire, tout interlocuteur qui impose ce combat en détient seul les clés, dans une sorte de monde parallèle), à mener contre une supposée « Cancel culture » ou une culture de l’annulation venue des États-Unis.

Ici ceux qui sont visés sont des boucs émissaires faciles d’une supposée idéologie anti universaliste, et communautariste qui violent les biosécurités et les normativités des États, remettent en cause la hiérarchie naturelle du juste et de l’injuste, prétendent mettre en questions l’empire de la Raison mythique et universelle. Le tronc central de ce discours halluciné est le suivant ; « On va vous aider à y voir plus clair, vous êtes manipulés par les gauchistes, les idéologues marxistes, les écologistes (ces fameux khmers verts qui manipulent la perception collective d’une supposée crise climatique et énergétique !), les mouvements féministes (Me’Too …) Vous ne détenez pas l’information juste et si vous souhaitez que votre famille, vos pères et vos propres enfants puissent obtenir de bons emplois, une bonne situation sociale et gagner de la force économique, une capacité d’influence réelle chez les puissants, une hiérarchie de valeurs et enfin du respect culturel et symbolique , alors votez pour « Nous » (MAGA, Fidesz en Hongrie, Fratelli d’Italia, Rassemblement National …) Votez pour nous, c’est à dire succombez au chantage de la puissance), faites le choix de la vie forte, de la famille, de l’ordre et de la sécurité, de la vie culturelle supérieure, et de la performance contre les dégénérés culturels, les détraqués sexuels et la capture du sens de vos vies par des masses de pauvres, de différences incompréhensibles et de malades ».

Ici, une non différence de mondes – un « solipsisme collectif » (G. Orwell) – est remarquable de la possible incommensurabilité qui va tenir l’entrechoc sidérant entre deux êtres humains, deux vies, deux systèmes de jugements presque parallèles – deux régimes de discours et de croyances – et qui lorsque ils ne sont plus parallèles lors d’événements terrifiants ou dramatiques (attentats, catastrophes climatiques, guerres …) qui les font pencher et se briser sur la nécessaire solidarité humaine envers les plus vulnérables, les victimes de la vie peuvent se rencontrer et apprécier leurs luttes communes – ce Kairos ou cet instant critique du drame – pour restaurer la vie mutilée. Deux cercles croisés dans un entre cercle social, un nouveau milieu culturel symbolique ; un espace-temps de contacts sensibles et qui va apparaître au fil de la succession des événements extrêmes comme un lieu de travail et de soin et un moment d’attentions à la vulnérabilité de la vie elle-même. Car il s’agit bien là effectivement d’une pacification de nos liens sociaux dans cette mesure de l’existence d’une série d’évidences terminales qui frappe depuis toujours la conscience humaine ; la naissance, l’amour, la haine, la maladie et la mort … Mais cette pacification de nos liens par la vulnérabilité comme condition existentielle de l’humain peut échouer à se faire voir, à se montrer, à devenir un autre sens dans nos vies ordinaires car ici, et toujours, l’influence globale des médiacraties est majeure (réseaux asociaux, télévisions gouvernementales, censures culturelles et journalistiques, coupures Internet …) en tant qu’elles sont en capacité de masquer les faits historiques, de fabriquer ce que l’on peut appeler du « territoire négatif » (par exemple occulter la situation terrible à Gaza), zone de non perception collective, zone d’aveuglement idéologique majeur. « Tout ce qui existe n’est pas ce qui existe pour moi » ; je ne vis pas dans ton monde et je souhaite férocement vivre dans leur monde, car j’ai peur de toi et j’ai mal … »

Fragments d’un monde détruit – 164

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