« Le domaine de la mémoire offre trois thèmes essentiels à l’attention des psychologues. Ces trois thèmes sont a) l’éducation et la formation des traces qui nous permettent ensuite de procéder à l’évocation ; b) le sort des traces entre les moments de l’éducation et de l’évocation ; c) le processus d’évocation lui même. […] Un ensemble de stimuli peut ne pas causer d’évocation non seulement lorsqu’il est séparé d’autres stimuli auxquels il se combinait à l’origine, mais encore lorsqu’il est uni à des stimuli qui n’existaient pas au moment de la première présentation. Cette condition peut aussi conduire à des expériences à quoi rien ne correspond dans la trace. Nous constatons une fois de plus que ce n’est pas seulement l’organisation donnée au moment de l’association donnée qui importe, mais également l’organisation au moment de l’évocation (éventuelle). »
Wolfgang Köhler, « L’évocation » in « Psychologie de la forme : introduction à de nouveaux concepts en psychologie » p.285-324, [« Gestalt Psychology », 1929], Gallimard, 1964, 2000.
– Stéréotypie, hommes-preuves et images naturelles –
Parmi les figures insérées à l’ensemble froid, rectiligne,
se tiennent les ombres faciles et les spectres,
glissant doucement à la faveur du rien,
figés sur les pierres que déposent les textes humains,
dans des couloirs de signaux rigides, opaques,
le noir puissant a grandit à l’intérieur des corps,
l’incendie du noir qui happe l’œil dans ses visions,
les aplats lisses, numérisés ; l’espace et le temps vides,
font pâles figures transpercées de couleurs obscènes,
Une stéréotypie lente, mécanisant tous les passages,
et l’œil ne voit rien d’organique, de chairs, de sensibles,
le voir comme ceci comme cela est perdu, la variation d’aspects,
le mouvement qui comprend la structure figure sur fond,
a été codé en des vecteurs d’images et de déplacements,
et la traduction inerte du prompt est l’absence d’œuvre,
la fuite de concepts nouveaux, de récits et de films originaux,
la folie collective gagne et fait place nette ou hybride,
aucune expérience sensible, n’a été mobilisée ni vécue,
pour produire en masse, ces complexes d’objets morts,
l’arithmétique du néant, la prévision horriblement exacte,
les trucs qui varient dans le paysage, morne et sans vie,
chaque enclencheur de rien, soumis à la requête,
est un piège pour la perception normale,
le grain et la texture de l’image ont été éliminés,
les graphismes deviennent des outils mathématiques,
pour ne rien fabriquer mais générer « ex nihilo »,
un pur produit consommable, un artefact technoïde,
dans les formes hybrides et les morpho synthèses,
survivent des morceaux de conscience, des rêves mutilés,
et l’on n’expérimente rien quand on regarde le résultat machine,
aucun corps n’a investit les lieux, et la présence froide du xénolithe,
la pure étrangeté d’une syntaxe inerte et monstrueuse,
l’humeur inhumaine et hostile des exploitants du prompt,
agents autonomes combinés en réseaux d’interactivités,
leurs missions programmées s’avèrent utiles ou commandées.
Je suis pilote d’agents artificiels, mon sur-travail continue sans fins,
dans des absences de lieux, de sons, de voix incarnées,
par des corps agissants, réfléchissant les sens de la vie.
Je prends la forme pensée du xénolithique ; j’archive, je classe et je trie, des humanités jugées utiles à la production des résultats futurs,
ah vivre le bonheur des machines : je suis programmé pour superviser et le scan par code-barres tatoué sur la peau permet ma bonne traçabilité, le combat dans la zone informationnelle, l’exclusivité.
Le contrôle biotechnique est partout dans la présence du rien ;
de l’arrogance des maîtres et des montreurs d’automates ;
il faut dire qu’elle suinte entre leurs murs des décisions,
faut-il enseigner l’art du prompt comme un sous-produit,
d’une sorte d’activités de loisirs, carbonés, d’un intellect borné,
entendre et lire les compacts des monstres, exacts et vides,
ces résultats finaux, excessivement polis et bien faciles,
détruire les expériences vécues, innombrables, des écrivain.es, des peintres, des musicien.nes, des architectes, des milliers d’artistes sans bénéfices, ni preuves.
MP – 13042025
